Parole de l'Archevêque

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VISAGE ET LIBERTE

Pour la Revue ALLIANCE de septembre 2021

Au moment où j’écris, au début de l’été, nous ôtons les masques qui ont fermé nos visages, nous retrouvons la pleine liberté des mouvements, je pense à ces deux mots que je viens d’écrire : visage et liberté.

Le premier m’évoque le philosophe Emmanuel Levinas d’illustre mémoire. Le visage n’est pas seulement l’image extérieure de chacun de nous, et ne se borne pas à traduire des sentiments intérieurs, à extérioriser des attitudes, des réactions. Il est surtout le lieu…

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VISAGE ET LIBERTE

Pour la Revue ALLIANCE de septembre 2021

Au moment où j’écris, au début de l’été, nous ôtons les masques qui ont fermé nos visages, nous retrouvons la pleine liberté des mouvements, je pense à ces deux mots que je viens d’écrire : visage et liberté.

Le premier m’évoque le philosophe Emmanuel Levinas d’illustre mémoire. Le visage n’est pas seulement l’image extérieure de chacun de nous, et ne se borne pas à traduire des sentiments intérieurs, à extérioriser des attitudes, des réactions. Il est surtout le lieu de la rencontre des personnes ; par le visage, chacun est disponible pour la rencontre. Demeure pourtant une distance irréductible entre l’un et l’autre. Levinas souligne ainsi que l’autre se tient toujours hors de ma portée : au contraire, la violence est ce mouvement par lequel chacun, qui ne peut s’approprier l’autre, veut le réduire.

Alors le visage de l’autre m’interpelle, m’introduit dans l’expérience de cette rencontre qui m’invite au respect absolu de la vie, de la différence, de la dignité de l’autre. Dans cette relation des visages naît une expérience éthique à laquelle nous aspirons.

Ce long épisode masqué a révélé chez nous ce désir de nous retrouver dans une expérience plus forte de la rencontre. Le masque a été justifié par un désir éthique, lui aussi, de se respecter mutuellement, de ne pas être l’un pour l’autre cause de maladie.

Pourvu que cette sorte de mutilation provisoire soit à la source d’un plus vif désir de respect et de paix entre les hommes et les communautés.

Mais il y a aussi la liberté. Elle a été contrainte par des restrictions de certaines libertés publiques. Nous avons consenti librement à respecter les consignes et à renoncer à des mouvements, à des sorties, à des initiatives. Il nous a fallu inventer d’autres modes d’action, de relation, de projet. À bon droit pourtant, nous avons veillé à ce que ces restrictions n’anesthésient pas notre esprit d’examen, ne fassent pas reculer la capacité de chacun à conduire sa propre vie, ne nous assujettissent par à la force des slogans ni à la fatalité des prévisions scientifiques qui demeurent toujours en débat !

Nous garderons l’esprit éveillé, à la fois pour ne pas nous abstraire des obligations fraternelles – je veux parler de la prudence dans les comportements – mais aussi pour ne pas nous laisser dominer par des peurs que nourrissent tant de communications !

Que l’année nouvelle vous soit bonne.

† Laurent Ulrich, Archevêque de Lille