NOTRE ÉTÉ : UNIS LES UNS AUX AUTRES

NOTRE ETE : UNIS LES UNS AUX AUTRES

Je le pressentais dès le début du confinement : la Covid, et toute la crise qui s’y réfère, ont considérablement altéré les personnes. Les gens ne sont pas sortis du confinement comme ils y étaient entrés. Au-delà de la lutte contre le virus requérant les précautions sanitaires spécifiques, c’est un tout autre soin de l’homme qui nous attend !
Et ici, ce n’est plus débattre de la chloroquine  qui comptera.
Ici,  ce n’est plus disserter sur des mesures barrières qui importera.
Oui, l’humain est énormément touché dans son affectivité, sa psychologie, son relationnel, son intériorité. Cela va sans dire parce que frappe et frappera la crise socioéconomique. Mais plus profondément encore parce que le confinement a, en quelque sorte, « tout mis à nu ». La sortie chaotique de ces semaines exacerbe la prise de conscience de cette nudité. Chacun éprouve une sensation mêlée de passion et d’impuissance, de joie et de rage, de précipitation et d’attachement, de projet et de lassitude, de désirs de renouer et de tout recommencer… Contradictions  inhérentes à la nature humaine certes, mais démultipliées et mises en exergue de façon plus aigüe par la conjugaison de l’arrêt brutal imposé, puis de la reprise incertaine. Beaucoup de relations humaines se sont tendues ou distanciées. « Il ou elle n’est plus celui que je connaissais » est le leitmotiv, entendu comme une plainte, par qui exerce l’écoute psychique ou spirituelle. La Covid a certes parfois « bon dos » pour que passent,  hélas, par pertes et profits, l’engagement pris ou la réflexion à peine commencée.

La communauté chrétienne a, me semble-t-il, un grand rendez-vous d’humanité et d’évangélisation  à honorer. Prendre soin de tout ce relationnel blessé, aider à relativiser les registres de gravité, réconcilier ce qui peut l’être, revivifier le meilleur qui est en chacun. Cela tient parfois à un fil. Un exemple parmi tant d’autres :  « mon couple est foutu, il s’est brisé sur le rocher de la Covid  » s’énerve-t-elle. « Et si vous attendiez un peu avant de conclure dans la précipitation. Si vous apaisiez votre être d’abord ? » risque petitement l’interlocuteur pastoral. « Vous croyez ? » répond celle qui consent à se calmer,  à regarder autrement le réel écorché.
Je dis souvent aux gens et aux communautés  depuis le déconfinement : « Ayez  à la fois la simplicité évangélique du verre d’eau fraîche, et la ferveur capable de déplacer la montagne ».
Le verre d’eau donne de reconnaître Dieu dans le frère et le frère en Dieu. L’ardeur communicative devient propagatrice  d’un amour plus grand que soi.

Le Pape François nous tient en éveil : « A quoi serviraient toutes ces souffrances si nous ne construisons pas un monde plus juste et fraternel ». Nous avons devant nous un été à partager dans cette prise de soin mutuelle. Elle ne doit être ni inconsciente du danger viral, ni abêtissante de la personne humaine.
Nous confondons protection et immunité. Nous rendons contradictoires soin et audace.
Bernard-Henri Lévy a raison de dire : « A tous ceux qui rêvent d’une humanité mise sous cloche, je dis que la volonté de pureté peut devenir une forme de virus ».

Les semaines à venir doivent être ravivées de fraternité. Les historiens nous rappellent qu’entre le 13e et le 20e siècle, le territoire actuel des Hauts de France a enduré quinze graves épidémies dont l’une d’elles fut dévastatrice de Lille aux trois quarts. S’inscrire dans cette histoire, c’est communier à tous nos aînés. C’est recevoir d’eux ce que nous aurons à transmettre.

L’Organisation Mondiale de la Santé ne cache pas son discernement particulièrement grave. « Nous voudrions tous reprendre nos vies. La dure réalité est que c’est loin d’être fini » déclare son Directeur.
Pour traverser le réel et y mettre le baume de la fraternité dans la joie de croire, deux exigences concomitantes devront habiter notre cœur. Dans nos villages et villes, nos paroisses et mouvements. Dans les rencontres spontanées et les initiatives communautaires. Bernard de Clairvaux les résume très bien. La première : « Donne toujours autorité à tes paroles, c’est-à-dire, que tes œuvres répondent à tes propos, c’est-à-dire prêche d’exemple avant de prêcher de ta bouche ».
La seconde : « Ce qui manque en toi, puise le hardiment dans les entrailles du Seigneur ».
Je souhaite aux communautés du diocèse d’avancer en cette fraternité renouvelée. Capable de gestes parlants au sens où l’entend Saint Bernard. Puisant toujours en Dieu la capacité d’aimer.
Pour affronter les temps avec gravité et sérénité, la mesure véritable  d’aimer sera celle de Dieu !

Mgr Bernard Podvin Missionnaire de la Miséricorde