Hommage aux personnes migrantes

Dunkerque, 26 novembre 2021, Calvaire des marins
Temps de prière pour les 27 personnes migrantes péries en mer
† Laurent Ulrich, Archevêque de Lille

Nous sommes rassemblés ce soir pour honorer la mémoire de ces enfants, de ces femmes, de ces hommes décédés mercredi en mer. Au moins 27 personnes, le naufrage le plus meurtrier que la Manche ait connu ces dernières années.
Avec mes confrères des diocèses d’Arras et de Cambrai, nous voulons saluer leur courage. A l’instar de nombreux autres, ils ont tout quitté dans l’espoir d’une vie meilleure. Combien sont-ils à nous faire ces récits de vie, comme Brahim, qui vivait heureux en Afrique auprès des siens, insouciant, jusqu’à ce que les choses deviennent dangereuses dans son pays. Son père, ses frères, leurs amis ont été assassinés alors il est parti, parti pour l’inconnu. Vendre ce qu’il avait, faire des petits boulots pour gagner de quoi aller encore plus loin.

Et les traversées… Les terribles traversées

« La Mer semble bleue et calme mais la réalité est autrement noire, inconnue et effrayante. Parce qu’aucun de nous ne savait nager. Des gens sont tombés à l’eau, ils devenaient fous sur la mer… Nous savions les risques que nous prenions. Nous avions peur, mais pas peur de mourir : c’est si tu restes, que tu es en train de mourir. » Avec tristesse, nous observons le manque d’espoir qui pousse les personnes en détresse à se faire exploiter par les trafiquants et ainsi accroître les profits de leur commerce illégal.
Ces récits sont terribles, mais il nous faut les entendre, ECOUTER la voix des migrants qui demandent à être accueillis des deux côtés de chez nous. Ce qu’ils ont traversé et les raisons qui les ont poussés à le faire.
C’est un premier pas vers la compréhension qui mène à des actions et à de nouvelles actions constructives.
L’Europe peut relever ce défi : elle a les instruments pour mettre la dignité humaine au centre du débat et donner les moyens de cette solidarité internationale. Elle ne veut pas laisser la Méditerranée ni la Manche devenir un cimetière pour toutes ces personnes en exil.
Ils sont nos frères et sœurs en humanité et méritent d’être aidés pour trouver des lieux où ils peuvent vivre dignement et contribuer à la société civile.
Le pape François nous le rappelle souvent et particulièrement il a résumé son enseignement dans Fratelli Tutti 129. Lorsque le prochain est une personne migrante, des défis complexes s’entremêlent. Certes, l’idéal serait d’éviter les migrations inutiles et pour y arriver, il faudrait créer dans les pays d’origine la possibilité effective de vivre et de grandir dans la dignité, de sorte que sur place les conditions pour le développement intégral de chacun puissent se réunir. Mais quand des progrès notables dans ce sens manquent, il faut respecter le droit de tout être humain de trouver un lieu où il puisse non seulement répondre à ses besoins fondamentaux et à ceux de sa famille, mais aussi se réaliser intégralement comme personne. Nos efforts vis-à-vis des personnes migrantes qui arrivent peuvent se résumer en quatre verbes : accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En effet, « il ne s’agit pas d’imposer d’en haut des programmes d’assistance, mais d’accomplir ensemble un chemin à travers ces quatre actions, pour construire des villes et des pays qui, tout en conservant leurs identités culturelles et religieuses respectives, soient ouvertes aux différences et sachent les valoriser sous le signe de la fraternité humaine ».
Frères et sœurs, ensemble, nous prions pour ces personnes disparues, leurs familles, pour toutes les personnes en exil, que leur cri soit entendu et qu’avec elles nous construisions un monde plus fraternel.
Nous prions pour que tous ceux qui exercent au nom des peuples de lourdes responsabilités publiques et politiques, trouvent les voies les plus humaines devant ces enjeux si cruciaux pour la justice et la paix entre les nations.
Nous prions pour que chacun prenne ses propres résolutions pour sortir de l’indifférence, pour mettre en œuvre ce programme d’accueillir, de protéger, de promouvoir et d’intégrer les personnes qui sont réduites à ces départs de leur terre natale pour trouver un avenir.

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