Dix pistes pour avancer sur : L’écologie, nouvel horizon de l’Église

Un CDP vécu à l’aube du confinement

12 Mars 2020 18h, le conseil diocésain de pastorale s’est réuni sur le thème de l’écologie intégrale, alors même que le président de la République s’adressait aux français à 20 h pour annoncer les mesures prises pour limiter la diffusion du Covid 19.

Depuis, le confinement a imprimé sa marque, et il l’a fait en temps de carême ! Les relations par téléphone, courrier électronique ou visioconférence suppléent à l’absence de rencontres physiques. Un grand silence enveloppe notre pays et une grande partie du monde, un silence propice à la redécouverte de l’essentiel et de la prière. Plus que jamais, nous mesurons combien le Ressuscité est aussi celui qui est mort sur la croix, celui qui a traversé la souffrance et pris sur lui le péché des hommes.

Nous pressentons déjà combien cette période inédite remet en cause notre manière de vivre, de produire, de commercer et de privilégier la course aux biens matériels à la qualité des relations entre les hommes et à l’attention aux plus fragiles. Dès lors, nous ne pouvons pas relire les échanges très riches de ce CDP sans penser à l’horizon dans lequel il s’inscrit. L’urgence d’une conversion écologique se fait pressante dans ce contexte d’interrogations sur la mondialisation et les modes de vie actuels. L’encyclique du pape François, Laudato Si’ dont nous fêtons les cinq ans révèle sa grande pertinence et son caractère prophétique. Saurons-nous en diocèse en tirer toutes les conséquences ? Pour le moment, je retiens de nos échanges :

  • La grande diversité de sensibilisation à l’écologie intégrale parmi les participants. Le 12 mars, certains semblaient découvrir ces questions tandis que d’autres, déjà engagés dans ce domaine, se réjouissaient de voir notre Eglise diocésaine se mobiliser. C’était notamment le cas des plus jeunes, nombreux à nous rejoindre ce soir-là. Chez tous, et d’abord chez notre invité Alexis Montaigne du CERDD (Centre de Ressources du Développement Durable, Hauts de France), j’ai observé la volonté de ne pas se prêter aux thèses catastrophistes mais à oeuvrer pour favoriser la transition écologique et laisser aux générations à venir une planète habitable : elle est la maison commune pour nous comme pour les générations à venir.
  • Un foisonnement d’initiatives rapportées dans les ateliers et de propositions collectées lors du « world café » (c’était l’un des moments d’expression de cette soirée). Rendons grâce pour la créativité de nos concitoyens. Réjouissons-nous que ces questions écologiques, notamment depuis Laudato Si’ rapprochent des chrétiens et des personnes sans référence chrétienne dans un même combat. Les éco-gestes, même modestes, sont importants. Ils contribuent au changement de mentalité et ont un réel impact sur le réchauffement climatique. Osons expérimenter de nouvelles manières de vivre plus cohérentes ; des jeunes disent : « pratiquons un art de vivre chrétien. »
  • L’importance du « tout est lié ». Quand on pense écologie, on pense spontanément au respect de la nature. Si important soit-il, intégrons ce que le pape François développe dans Laudato Si’ et qu’Elena Lasida1 résume bien : « Tout est lié, le rapport à la nature, à Dieu, à soi et aux autres. »
    Lors de nos échanges, j’ai noté l’importance que vous donniez au-delà du respect de la création, aux relations entre les hommes, aux initiatives qui créent ou récréent du lien social. J’ai entendu de nouveau une attente déjà formulée lors du concile provincial et du CDP de novembre 2019 sur la gouvernance dans l’Eglise, à savoir la promotion de la participation : participation citoyenne et pour nous en Eglise, participation de tous les baptisés à la vie ecclésiale, aux initiatives pastorales.
    L’attention particulière aux pauvres, aux exclus, à ceux qui souffrent d’isolement ou n’ont pas accès aux besoins élémentaires de tout homme sera une attitude chrétienne décisive pour notre sortie de crise ; et elle devra être durable. La période de confinement souligne la détresse des sans-domicile-fixe, des migrants, des familles dépendant de l’aide sociale ou des associations caritatives ; et ces détresses sont sources de violences. N’oublions pas non plus les inégalités à l’échelle de la planète. L’écologie intégrale nous invite à nous tourner vers l’autre, vers tous les autres. Elle nous invite à penser l’avenir autrement. Soyons-en convaincus : malgré ses prouesses, la technique seule ne sauvera pas l’humanité. Chacun de
    nous est appelé à prendre sa part pour tisser les liens d’une humanité renouvelée et plus fraternelle.
  • La conversion écologique mobilise notre vie spirituelle. C’est vrai pour chacun de nous et pour tous nos lieux d’Eglise. Nous sommes invités à nous émerveiller, à contempler la nature, à regarder les autres avec bienveillance, à cultiver la gratitude. Recevoir la nature comme un don, accueillir l’autre comme un présent, c’est déjà guérir de nos rapports de prédation et de nos attitudes de domination pour nous ouvrir au respect, à la tendresse et à la douceur. « Tout est donné, tout est fragile » disait Elena Lasida.
    La prière personnelle ou en famille est importante pour nourrir cette attitude à l’écoute de la Parole de Dieu, par l’appropriation des psaumes et l’entraînement à la louange. Nous le mesurons en ce moment ; et particulièrement, j’ai noté que dans nombre de familles (mais je ne saurais les compter !) on a su prendre du temps pour prier pendant ces semaines, et les services diocésains de la liturgie, de la catéchèse ont donné des indications utiles. À suivre !
    Nous avons pris l’habitude de courir, d’aller toujours plus vite. Nous sommes appelés à respecter notre corps, son besoin de repos, ses rythmes. Lorsque le confinement nous limite, nous mesurons l’importance des liens entre nous. Cultivons le goût de l’autre ! Rappelons nous notre vocation à l’amour mutuel. Il est bien plus durable que les biens matériels que nous accumulons ! « Moins de biens, plus de liens ! » dit encore E. Lasida.
  • La volonté d’aller de l’avant. Pour cela, nous ne manquons pas d’atouts :

    – La catéchèse, les mouvements d’enfants et de jeunes, les écoles et tout spécialement les établissements catholiques d’enseignement peuvent sensibiliser les enfants et à travers eux leurs parents. Les initiatives sont nombreuses. Nous ne pouvons que les encourager.

    – Depuis l’été 2016, notre diocèse a la chance d’avoir une équipe dédiée à la promotion de l’écologie intégrale. Cette équipe s’est étoffée récemment. Je l’invite à soutenir les initiatives locales, et parfois à impulser selon la règle de la subsidiarité. Je lui demande de poursuivre une journée diocésaine de l’écologie intégrale en partenariat avec des entités ecclésiales diverses comme l’an dernier avec le centre spirituel du Hautmont et le doyenné Hauts-de-Lys. Le conseil diocésain de pastorale appelle de ses voeux d’autres initiatives locales du même genre. L’équipe diocésaine peut y apporter son expertise et son soutien. De même, l’équipe est attendue pour accompagner les démarches « Label Église verte » que je me réjouis de voir fleurir dans des paroisses, des maisons diocésaines, des écoles catholiques…

    – Le conseil diocésain de pastorale interroge nos modes de déplacement notamment pour des événements ecclésiaux comme les rassemblements et les pèlerinages. Il nous demande de privilégier les moyens de locomotion doux, à pied ou à vélo, si possible dans la région comme le font les camps de  jeunes. Il nous invite à favoriser le covoiturage.

    – De même, il nous demande d’intégrer les exigences de la transition écologique dans les projets immobiliers des paroisses, du diocèse, des établissements catholiques d’enseignement.

La crise que nous vivons actuellement avec le Covid 19 nous oblige à repenser nos modes de vie, nos loisirs, nos voyages, notre rapport à la consommation. Elle rend plus urgente la nécessité d’une véritable conversion écologique, qui pour nous chrétiens peut se nourrir dans une relation renouvelée au Dieu créateur qui nous sauve en Jésus Christ et nous appelle à accueillir le Royaume qui vient et que nous croyons tout proche. Puissions-nous prendre au sérieux cet appel et faire de nos communautés chrétiennes (paroisses, services, mouvements et associations de fidèles, écoles catholiques, communautés religieuses et tous les nouveaux lieux d’Église) des creusets où se pense une relation renouvelée à la Création et aux autres. Depuis Laudato Si’, beaucoup nous attendent sur ce front. Voilà une bonne occasion pour notre Eglise diocésaine d’être  missionnaire.

Dix pistes pour avancer

Quelques propositions concrètes, issues des ateliers du CDP du 12 mars.
Les six premières sont très pratiques, les quatre suivantes plus fondamentales.

  1. Se déplacer.
    Inciter aux déplacements de proximité à pied, préciser dans les invitations la possibilité d’accéder en transport en commun ou à vélo. Développer le co-voiturage.
  2. Pour l’immobilier du diocèse.
    Préférer restaurer, rénover, mutualiser les usages des salles, des bureaux.
  3. Contribuer au lien social.
    Faire du lien, des vrais liens, des liens entre chrétiens et non chrétiens, c’est bien notre souhait. Développer des tiers lieux comme repair-café, des espaces tenus par des chrétiens ouverts à tous.
  4. Label église verte en pratique.
    Sensibiliser les écoles au développement durable, faire connaître les initiatives du label. C’est en train d’être pensé au niveau national. Et toujours partir des plus pauvres et précaires.
    Voir les fiches : https://www.egliseverte.org/ressources-outils/
  5. Initiatives citoyennes.
    Là où des paroissiens s’engagent, inviter aussi d’autres paroissiens à agir dans ce sens. Développer, là où c’est possible, des jardins ecclésiaux qui créent du lien social.
  6. Consommation et modes de vie.
    Aider à organiser des journées paroissiales ou autres : troc, cuisine de produits de saison, ateliers de réparations.
  7. Jeunes et éducation
    Aider les enfants et les jeunes à s’émerveiller de la création et des initiatives positives plutôt que de cultiver une morosité déprimante devant des pratiques de consommation et d’exploitation outrancière de la nature. Développer une éducation réciproque des jeunes et des adultes à ce sujet.
  8. Le sens chrétien de l’écologie.
    Éviter les démarches descendantes développant une mauvaise conscience. Préférer une démarche participative qui fasse connaître l’enseignement de Laudato Si’ ; et ne pas se contenter de le faire seulement avec quelques proches, mais donner envie à beaucoup de le pratiquer.
  9. L’écologie dans la spiritualité chrétienne.
    Trouver des occasions de mettre en valeur les psaumes, faire connaître les textes de la doctrine sociale de l’Église qui se rapportent particulièrement à la protection de la maison commune.
  10. Encourager la conversion écologique
    Que cette dimension soit naturellement présente dans les célébrations et les rencontres que nous organisons.

Le 30 avril 2020
† Laurent Ulrich, Archevêque de Lille

 

1 Elena Lasida est professeur à l’Institut catholique de paris (ICP), docteur en sciences économiques et sociales, directeur du master « Économie solidaire et logique de marché ».