Gouvernance et innovation

 

Conseil diocésain de pastorale « Gouvernance et innovation »

14 novembre 2019

« Ce que j’attends de cette rencontre »

Dans la suite du précédent conseil diocésain de pastorale, exceptionnel, sur les abus sexuels, notre démarche continue : il s’agit de lutter contre toute forme d’abus, les abus de conscience et aujourd’hui particulièrement des abus de pouvoir …

Plus qu’auparavant, depuis 50 ans, il y a une histoire synodale et conciliaire de l’Église qui retrouve et désire retrouver une pratique antique, qui avait fini par devenir formelle : « en réalité Église et synode sont synonymes ». (St Jean Chrysostome)

Tout cela peut nous paraître bien long à venir : il y a eu le vent bienfaisant du Concile Vatican II ; il y a eu le vent de synodes diocésains (et chez nous du concile provincial) ; celui de la coresponsabilité prêtres-laïcs, des conseils et EAP … qui parfois s’essoufflent, voire se vident de leur contenu, oublient leur mission d’être signe du Christ ! J’ai dit : qui parfois s’essoufflent, je n’ai pas dit : qui désormais sont toutes « en état de mort cérébrale » !

Mais cela ne nous a pas épargné le cléricalisme, selon le Pape François, de prêtres et d’équipes de chrétiens qui parfois imposent dans leurs communautés des pratiques non justifiées :

  • de (certains) curés qui se passent trop facilement de réunir leur EAP, leur CEP et font tout d’après leurs impulsions propres, spontanées ou calculées ;
  • de (certaines) équipes de liturgie qui ne se renouvellent pas, ne laissent jamais les jeunes prendre leur part, avec leur mode d’animation ;
  • de (certaines) équipes de funérailles qui imposent l’absence de prêtre ou d’eucharistie aux célébrations dans l’indifférence aux demandes de familles ;
  • de (certains) responsables, prêtres et laïcs, qui recourent à des programmes de catéchèse qui ne sont pas recommandés par le diocèse : l’évêque, s’appuyant sur le travail et la compétence du service diocésain de catéchèse (et aussi de sa propre connaissance de nombreux documents, étudiés de près) en a promulgué plusieurs pour vivre une certaine forme de la communion dans l’annonce de la foi.
  • Etc…

Attention ! En disant cela, j’oublie tous les cas particuliers et je ne cherche pas à accuser individuellement des personnes, parmi nous ou ailleurs dans le diocèse ; je suis seulement malheureux que cela arrive réellement et que cela blesse des personnes, des familles qui, dès lors, nous approchent avec crainte.

Et je voudrais qu’ensemble nous soyons capables d’autres attitudes. L’écoute mutuelle n’est pas seulement une pratique de l’accompagnement individuel ou d’équipes (mouvements et associations), mais aussi une pratique nécessaire dans l’animation et la gouvernance de l’Église.

Le Pape François a dit, dans un grand discours sur la pratique synodale (17 octobre 2015) : « Chacun à l’écoute des autres, et tous ensemble à l’écoute de l’Esprit Saint. »

Pour chercher ensemble ce qui est bon pour  la mission de l’Église auprès des pauvres, des familles et des jeunes, à travers la proximité, la communion dans le Seigneur et la participation de tous (ce sont les axes du concile provincial conclu en 2015), j’attends donc de ce CDP :

  • Que nous cherchions les voies pour faire tomber les peurs d’être dépassés par des querelles de pouvoir, sous prétexte de bien tenir notre mission.
  • Autrement dit : que nous devenions de plus en plus lucides, chacun, sur les stratégies cachées, pour garder notre pouvoir, même au nom du service que nous avons à rendre.
  • Que nous nous souvenions du concile Vatican II, et du concile provincial au cours duquel j’ai rappelé à chaque session que nous avons besoin de dépasser les conflits de pouvoir pour être de vrais témoins d’un évangile de paix : nous ne sommes pas seuls au monde et  l’Église n’est pas seulement dans « ma » paroisse ou dans « notre » groupe chrétien.
  • Que jamais nous ne devenions, pour des raisons de pouvoir, des obstacles à la découverte de la vérité profonde de la vie de chacun, des obstacles à la rencontre du Christ : cette rencontre est la raison d’être de l’Église que nous sommes.
  • Autrement dit : que nous acceptions de compter sur les autres pour trouver, avec eux et jamais sans eux, les voies qui permettent à ceux qui cherchent le Seigneur ou, déjà, un sens à leur vie, d’être accueillis, écoutés, aidés, accompagnés.
  • Que l’on ne se contente jamais du point de vue des utilisateurs réguliers de l’Église (il s’agit de nous, ici), mais aussi de celui de ceux qui n’y sont pas (encore), parce que pour eux est faite l’annonce du salut que Dieu nous donne en Jésus-Christ.

† Laurent Ulrich, Archevêque de Lille