Mère Saint-Paul et sœur Irène Devos

Deux figures féminines marquantes de l’Université Catholique de Lille qui fête, cette année, ses 150 ans.
par FRANCOISE OBJOIS

 

 


Irène Devos, enseignante à l’Université Catholique de Lille et fondatrice de Magdala

« C’est bien la foi au Christ ressuscité qui nourrit en moi le désir de partager avec d’autres un peu de cette espérance qui m’habite ». Sœur Irène Devos
Née en 1938 et disparue en 2008, sœur Irène Devos qui a laissé le souvenir d’une femme exceptionnelle, a vécu dans sa chair la souffrance physique, victime à 6 ans d’une grave blessure due à l’explosion accidentelle d’un obus. On comprend mieux pourquoi la devise de Magdala, l’association d’aide aux plus démunis qu’elle a créée et qui est installée au cœur de Wazemmes est « Lève-toi et marche ». C’est d’ailleurs en sa mémoire qu’a été inauguré le Square Irène Devos, le 1er juillet 2024, à Wazemmes dont elle fut conseillère de quartier.
Très tôt attirée par la vie spirituelle et le mystère pascal, elle entra en 1962 chez les Sœurs de l’Éducation chrétienne et prononça ses vœux dans la nuit de Pâques 1971.

Une femme exceptionnelle
Sœur Irène Devos a marqué toutes les personnes qui l’ont connue que ce soit ses élèves à l’Université Catholique de Lille où elle mena une carrière de chercheuse en biologie et en géologie tout en enseignant 18 ans la biologie cellulaire avant de quitter son laboratoire, ou à l’association Magdala dont elle fut la fondatrice en 1986.
Caroline Bourel-Portois qui fut son élève en 1986/87 (1ère année de DEUG) à l’Université Catholique, témoigne de son « charisme et de son engagement ».

De l’enseignement à Magdala
« L’humain a parfois cette rugosité minérale, cette froideur du caillou que l’on rejetterait volontiers. Mais si, comme en laboratoire, on scrute l’invisible au microscope, chacun révèle de vraies surprises. Ce regard révèle en chacun cette beauté insoupçonnée ». Et voilà peut-être la clé du passage.
Fidèle à cet élan sacré qui la porte vers les autres et particulièrement les plus fragiles, Irène Devos l’humaniste, première femme aumônier de prison, s’est frayé un chemin de la recherche scientifique à celle de Dieu qui n’abandonne personne.
Jeanne-Marie Boulard qui lui succéda à la présidence de Magdala se souvient : « Elle avait un tempérament très fort, une intelligence vive, un regard original et pertinent sur les évènements. (…) On ressentait son attachement à ses trois familles : sa famille de sang, sa congrégation, et Magdala qu’elle a fondé avec d’autres, notamment des familles du Quart-Monde. Chacune de ces 3 familles était concernée par les deux autres ».

Association Magdala, 29, rue des Sarrazins, Lille

 

Mère Saint Paul ou la dimension sanitaire et sociale de l’Université Catholique de Lille

Religieuse dans la Congrégation franciscaine de la Propagation de la Foi fondée en 1836 à Couzon-au-Mont-d’Or, sœur Marie Saint Paul qui ne deviendra mère Saint Paul que quand elle sera nommée Supérieure de l’Asile des Cinq Plaies, vit le jour en 1835 dans l’Allier. Élevée chez les Visitandines de Montluçon elle est très tôt attirée par le soin aux malades. C’est à 33 ans qu’elle décida de rejoindre la communauté des Sœurs Franciscaines de la Propagation de la Foi tournée vers l’évangélisation et la recherche d’une plus grande justice sociale. Ce qui l’intéresse c’est le service aux malades et c’est dans ce but qu’elle prendra l’habit en 1870. La voilà religieuse infirmière confrontée à toutes les misères du monde et notamment aux femmes infirmes et aux filles atteintes de troubles mentaux que l’on appelaient à cette époque les « idiotes » et que les hôpitaux refusaient de prendre en charge tout comme leur famille.

C’est grâce à un miracle que fut fondé à Lille l’Asile des Cinq Plaies

Victime d’un accident de travail – dirait-on aujourd’hui – qui mis sa vie en danger, Sœur Marie Saint Paul guérit miraculeusement en appliquant sur sa plaie une croix bénie par le Pape Pie IX. C’est à ce moment qu’elle fit le vœu de fonder son établissement pour incurables si le Seigneur lui accorde la guérison. Instantanément la tumeur diagnostiquée cancéreuse disparaît.

Quand Sœur Saint Paul arrive à Lille en 1877, le monde catholique est en effervescence avec la création de l’Université Catholique, de la Faculté libre de Médecine, et de l’Institut catholique des Arts et Métiers. Grâce à un heureux concours de circonstances, elle rencontre Camille Feron-Vrau et son beau-frère, Philibert Vrau qui l’aideront à financer son projet.

Un lien avec l’Université Catholique

Soutenue par le Cardinal René-François Régnier, archevêque de Cambrai qui pose comme condition à la fondation de l’Asile : « Vous n’emploierez que les médecins de la Faculté catholique à qui vous vous rendrez utiles le plus possible. »,  sœur Saint Paul ouvrira un premier lieu d’accueil rue Gambetta. Très vite débordé par le nombre de malades qui va s’amplifiant, il fallait s’agrandir. La première pierre de l’Asile des Cinq Plaies, créé sous l’impulsion de Camille Féron-Vrau est donc posée boulevard Vallon, aujourd’hui 291 Boulevard Victor Hugo, le 20 mai 1879 et son histoire mouvementée appartient à celle de Lille et à son contexte sanitaire déplorable en cette fin du XIXe siècle où une importante mortalité infantile rendra plus que nécessaire la création en 1890 de l’hôpital pour enfants Saint Antoine de Padoue, dans le prolongement de l’Asile des Cinq Plaies. Dédiant sa vie aux malades et aux incurables dans un quartier très peuplé et pauvre, elle devint une figure populaire dans les milieux ouvriers lillois.

Mère Saint Paul est aujourd’hui enterrée au cimetière de Lille Sud et son cœur repose dans la chapelle du nouvel EHPAD Saint Antoine de Padoue construit en 2017 boulevard Victor Hugo sur l’emplacement de l’ancien hôpital pour enfants Saint Antoine, poursuivant ainsi l’héritage de mère Saint Paul.

Françoise Objois

Merci à Nathalie Mathis-Delobel, autrice de :  De l’Asile des Cinq Plaies à Iter Vitae (2018) pour la mise à disposition de ses recherches sur mère Saint-Paul.