JE NE SUIS QUE CENDRE ENCORE !
JE NE SUIS QUE CENDRE ENCORE !
« Tout cet honneur ? Puis, plus rien ! ».
Ainsi parle, avec pudeur, cet adjoint municipal chargé des cimetières. Il commente la situation préoccupante des très nombreuses concessions à l’abandon.
Cet élu, ayant en mémoire quelque réminiscence religieuse, ajoute : « Souviens-toi que tu es poussière. Tu retourneras en poussière ».
Comme Monsieur Jourdain, faisant de la prose sans le savoir, ce discret serviteur de collectivité locale est en plein livre de la Genèse ! (Chap 3)
Il faut être Abraham, père de notre foi, pour comprendre à quel point ce mystère nous dépasse.
« J’ose encore parler à mon Seigneur. Moi qui suis poussière et cendre » (Gn 18)
Il faut cette humilité d’Abraham pour sentir de quel « humus » nous naissons. Et à quel humus nous retournons.
Tu crânes avec ton IA ? Comme, hier, tu crânais avec tes châteaux forts ?
Souviens-toi que tu es poussière…
Tu t’emportes contre ton voisin ? Tu refuses un partage ? « Tu es fou ! Cette nuit même on va te redemander ta vie ! » Luc 12
Souviens-toi que tu es poussière..
Ainsi est la force décapante du Carême.
Nous y entrons, piteusement drapés des oripeaux de notre vanité.
Nous y entrons nombreux, plus nombreux, très nombreux, depuis quelque temps.
Le sociologue et le théologien se pencheront sur la signification de cette attractivité.
Ils auront beau dire :
Tu es poussière !
Ils auront beau analyser l’impact des réseaux sociaux sur la fréquentation des célébrations.
Tu es poussière !
Tu auras beau disserter.
Le Carême consiste fondamentalement d’abord, à consentir à cette finitude. Didier Rimaud fait monter son hymne :
« Je ne suis que Cendre encore ! »..
Alors, de ton cœur priant et dépouillé, jaillira le filial étonnement :
« Mes cendres diront-elles ta louange ? » (Psaume 29)
Alors, prendra sens la réception liturgique des cendres inaugurales des quarante jours de conversion.
« Cendres, à partir de rameaux d’olivier, ou d’autres arbres bénis l’année précédente » précise notre Missel Romain.
Cendres des Rameaux !
Vanité d’un pouvoir temporel qu’a refusé Jésus lors de son entrée, pourtant triomphale, à Jérusalem.
Pouvoir en cendre.
Sa Royauté n’est pas d’ici. (Jn 18)
Entendras-tu le célébrant t’imposant la poudre résiduelle sur le front de tes certitudes ? : « Convertis toi, et crois à l’évangile ! »
Catherine Ternynck, grande écoutante de l’humain, note avec finesse : « Nous sommes tour à tour immortels, et affolés de finitude. Nous sommes ailés et boiteux ».
J’entends, en ce moment même, des parlementaires confier que « leur main tremble » à légiférer sur l’essentiel.
« Boiteux » sur tant de dossiers polémiques, se croiraient-ils orgueilleusement « ailés » à disposer de la fin de vie ?
Humilité ! Humilité !
« Entendre les besoins spirituels d’une personne, dit encore Catherine, c’est toujours lui conférer de la dignité. C’est aussi, à ses côtés, se rendre digne ».
Entre en Carême !
Lâche prise.
Déleste-toi de l’ombre de toi même.
Quitte ce fichu portable.
Reporte à jamais tes velléités.
Prie le Dieu d’amour qui suscite réponse en toi.
Vis le sacrement de Réconciliation.
Jeûne, là où ça te fait réellement grandir.
Partage ta vie.
Tu n’es que cendre encore !
Mgr Bernard Podvin
Missionnaire de la Miséricorde