DAMIEN, NOTRE MAGE
Ne rangeons pas trop vite les mages de nos crèches familiales et paroissiales.
Ne les réduisons pas à des personnages dont on ferait la sortie solennelle des placards, juste quelques jours par an.
Ils ont tant à nous dire !
Tant à nous enseigner pour assumer 2026, autrement que dans la résignation inquiète.
Tant à nous partager pour vivre une « bonne année » selon le cœur de Dieu.
Ils nous transmettent une triple posture humaine et spirituelle.
Ils nous exhortent à être chercheurs, adorateurs, et libres dans le Christ.
En premier lieu, leur fibre de chercheurs est exemplaire.
Ils ne se limitent pas à des conjectures dans leurs tours d’ivoire.
Ils ne se contentent pas de consulter la tradition multi séculaire convoquée à Jérusalem.
Leur recherche est un mouvement.
Une sortie d’eux-mêmes
L’étoile devient mobilisatrice de leur quête.
Le nouvel astre christique les affranchit d’une astrologie païenne.
Ils nous enseignent, en second lieu, comment adorer en esprit et en vérité.
Ici, leur feuille de route est d’une simplicité bouleversante.
Lisons la « notice » de St Mathieu :
Tomber à genoux.
Éprouver une très grande joie.
Vénérer en cet enfant, Dieu en l’homme, l’homme en Dieu.
Quitter toute adoration de dieux archaïques et éthérés.
Refuser toute prosternation devant l’humain.
Troisièmement, ils nous éveillent à la liberté.
Avertis en songe, prenant un autre chemin, ils ne rejoignent pas Hérode. Ils se démarquent de lui doublement. En ne cautionnant pas son hypocrite intention de se rendre à Bethléem.
Et en ne faisant pas allégeance à ses desseins funestes.
Cette triple attitude n’est pas une merveille biblique du passé.
Elle s’incarne en nous, si nous y consentons.
« La naissance dans la chair du Verbe de Dieu n’a eu lieu qu’une seule fois, précise Maxime le Confesseur. Mais sa naissance selon l’Esprit se produit sans cesse. Ainsi qu’il le désire. Chez ceux qui, eux aussi, le désirent. À cause de sa bonté envers les hommes ».
Le témoignage des mages est d’une actualité lumineuse pour les défis du monde.
Est-il besoin d’énumérer les domaines où nos solidarités sont attendues ?
Est-il besoin de nommer les sujets où l’évangile ne pourra être mis sous le boisseau ?
Les mages de St Matthieu sont pour nous des maîtres en intégrité, fidélité, rayonnement, créativité.
Avec eux l’annonce de l’évangile ne peut être étriquée.
Tout ceci n’est pas « gentil éditorial ».
Tout ceci n’est pas mièvrerie de janvier.
Des choix citoyens et pastoraux sont devant nous.
Des discernements d’avenir engageront nos générations.
Ils seront cruciaux. Nécessaires. Impliquants.
Les mages nous communiquent une science si humble qu’elle rend clairvoyants.
Un ami orthodoxe me dit : « J’aime, à l’Epiphanie, la manifestation précoce de ce que sera la pleine lumière pascale du Christ ».
C’est en ce sens que la route des mages a tant à convertir en nous.
Ne les reléguons pas à une statuaire figée.
Déjouant l’arbitraire du faux ou du blindé, cherchons Celui qui nous a tant aimés.
Aux récupérations idolâtres, répondons par un cœur priant.
Aux débats attendus, osons assumer nos responsabilités éthiques et croyantes.
Le diocèse de Lille, en cette orée 2026, pleure un ami des hommes, un prêtre fervent en la personne du jeune Père Damien Bindault.
La soudaineté du départ terrestre de quelqu’un de si simple et liant, nous fait spontanément interroger le Dieu d’amour…
Ne pensez-vous pas que le Seigneur, accueillant Damien en pleine vigile d’Epiphanie, le missionne comme « quatrième mage » de notre route humaine et spirituelle ?
Les humbles de Bethléem ressentent déjà la puissance de son intercession !
Mgr Bernard PODVIN
Missionnaire de la Miséricorde