Vigile Pascale 2012

  • Mise en ligne : 07/04/2012
Feu-pascal

Samedi 7 avril 2012, homélie de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

Essayons d'imaginer la scène, c'est d'ailleurs une très bonne façon habituellement pour entrer dans la prière à partir de l'évangile. Essayez d'imaginer la scène qui vient de nous être rapportée. Les femmes qui vont au tombeau et qui s'inquiètent parce qu'elles vont au tombeau pour embaumer le corps de Jésus, mais il y a une grosse pierre devant ce tombeau et donc elles s'inquiètent d'avoir à l'ouvrir pour approcher du corps de Jésus qu'elles veulent honorer. Mais imaginez la suite de la scène ! La porte du tombeau est ouverte… et quelqu'un est dedans… Pas étonnant que les femmes aient peur, qu'elles soient tremblantes, qu'elles se disent : « Qu'est-ce qui se passe ? »

N'allez pas croire que ceci est une histoire d'autrefois. N'allez pas croire que c'était simplement une histoire qui n'arrive qu'aux autres, il y a deux mille ans et ailleurs qu'ici. Non, il y a encore aujourd'hui des hommes et des femmes qui sont bouleversés dans leur existence, qui sont peut-être, à cause d'une parole, d'une rencontre, d'un témoignage, tellement bouleversés que leur vie en est complètement transformée. Ils peuvent passer par des moments d'inquiétude, des moments de peur en se disant : « Qu'est-ce qui m'arrive ? » C'est normal. Qu'est-ce qui leur arrive ? Leur vie est ainsi complètement transformée. Il y a bien sûr les catéchumènes dont deux parmi nous vont recevoir le baptême ce soir. Leur histoire à chacun de ceux qui reçoivent le baptême en cette nuit pascale, leur histoire est variée, leurs cheminements divers ; les rencontres qu'ils ont faites et qui les ont ouverts au Seigneur ne sont pas toutes de la même nature. Ils n'ont peut-être pas tous eu peur au sens où les femmes allant au tombeau ont eu peur. Mais il y a eu à un moment donné, une transformation, un bouleversement de leur existence. Il se trouve que quelqu'un a changé leur vie.
Ce sont les catéchumènes, mais ce sont aussi les baptisés parfois qui, après des années de vie ordinaire, bercés peut-être plus ou moins par l'évangile, par une famille chrétienne, par des habitudes chrétiennes, par des chants, par des prières, tout d'un coup sont réveillés, réveillés de ce qu'ils aperçoivent ensuite comme un sommeil spirituel, dont ils sont sortis un jour ou l'autre. Et c'est la même chose qui leur arrive, la même chose parce que tout d'un coup des rencontres, des paroles, des événements ont fait qu'ils ont la certitude d'avoir été mis en contact proche avec quelqu'un qui les a sauvés, qui les a fait vivre, qui les a ouverts.

Ce sont les catéchumènes, ce sont des chrétiens qui recommencent, mais je crois que c'est toute l'Eglise qui tout d'un coup est bouleversée depuis quelques années par ce qui lui arrive avec la force que l'Esprit lui donne. Bien sûr elle est peut-être troublée, de ce que le nombre de ses fidèles au moins dans nos pays d'occident semble diminuer, mais elle peut être aussi ravivée dans le souffle de l'Esprit, peut-être ravivée dans la nouveauté que le concile Vatican II lui a fait percevoir. Nous allons avoir les mois prochain l'occasion d'approfondir cette assurance que le Concile Vatican II a été une œuvre de l'Esprit qui a réveillé l'Eglise, qui a réveillé nos consciences et nos vies, qui a fait en sorte que l'appel que Dieu adresse aux hommes et aux femmes apparaisse dans un jour nouveau.
Je voudrais le dire ce soir en m'appuyant sur le texte d'Ezéchiel que nous venons d'entendre. Il s'agit de la profanation du Nom de Dieu. Et ce que je vais dire, tâchez de le mettre en rapport avec la demande du Notre Père que vous dites tous les jours : « Que ton nom soit sanctifié ! » De quoi s'agissait-il ? Le prophète dit « les hommes, le peuple des croyants, le peuple d'Israël avait oublié mon Nom, ils l'avaient profané ! » Comment l'avaient-ils profané ? Oh, peut-être dans un culte trop bien fait, mais qui était devenu répétitif, et tout simplement habitudinaire, sans vie. Ils avaient oublié le Nom de Dieu en maltraitant les plus pauvres, Ils avaient profané le Nom de Dieu en oubliant sa loi d'amour. Alors Dieu c'est ainsi que le prophète le comprend - a voulu les punir, leur faire une leçon. Il leur a dit : « Puisque vous n'êtes plus capables de vivre unis dans une communauté qui croit en moi, qui espère mon amour, qui veut le partager avec tous, alors je vais vous disperser, je vais vous envoyer chez les autres, vous allez sortir de chez vous, vous allez partir en déportation, vous mourrez peut-être, vous oublierez de vivre, vous n'aimerez pas être ainsi transplantés ».
Mais voilà que dans cet exil le peuple de Dieu n'a pas mieux agi. Il s'est trouvé au milieu d'autres peuples qui n'honoraient pas le Nom de Dieu, qui ne vivaient pas dans la justice, qui ne cherchaient pas l'amour, et ils se sont habitués. Alors Dieu a promis de faire autrement. Il a promis de changer leur cœur de pierre en un vrai cœur de chair, capable d'aimer. Et c'est son travail permanent à Dieu, faire dans l'homme un cœur de chair qui aime, un cœur qui désire se tourner vers lui, un cœur qui désire partager l'amour. C'est ce que Dieu fait !
C'est ce que Dieu fait sans cesse, c'est ce que Dieu fait tous les jours, c'est ce que Dieu fait dans le cœur des hommes de siècle en siècle : il nous a donné Jésus pour le vivre de plus en plus, pour le comprendre de mieux en mieux et nous avons vu la vie de Jésus donnée tout entière, la vie de Jésus qui lui a été retirée, et la vie de Jésus, parce qu'elle était don et amour, qui lui a été rendue en ce soir, en cette nuit pascale. Dans notre temps, comment donc le Nom de Dieu est-il oublié et profané? Certainement dans les injustices immenses qui se commettent à travers le monde, la souffrance infligée aux plus pauvres. Notre monde, tout préoccupé qu'il est d'avoir sans cesse des projets, des projets sociaux, économiques et politiques, d'avoir des succès techniques et sportifs, de développer des recherches de plus en plus performantes oh tout cela n'est pas mal, tout cela est même bien pour l'humanité ! mais notre monde tout préoccupé de cela, n'oublie-t-il pas l'amour, n'oublie-t-il pas le Nom éternel de Dieu, n'oublie-t-il pas l'amour créateur et recréateur sans cesse ? Voilà le chemin que nous avons à redécouvrir, et voilà ce que probablement les renouveaux spirituels auxquels nous assistons, les découvertes que font les catéchumènes, les chrétiens qui redécouvrent le sens de la vie chrétienne, et toute l'Eglise transformée, voilà probablement le signe de ce que nous vivons. Dieu nous donne, à travers ces signes-là l'ouverture nouvelle à la redécouverte de son Nom que nous essayons de faire connaître, de faire aimer, à travers nos vies, à travers la modestie, la simplicité de tous ces témoignages que nous recevons. A lui la gloire pour les siècles des siècles !

+ Mgr Laurent ULRICH



MESSE DE LA VIGILE PASCALE
Samedi 7 avril 2012
LITURGIE DE LA PAROLE


1ère lecture du livre de la Genèse, 1-2, 2, grand récit de la création

Cantique de la création, « Bénissez le Seigneur ! »

2ème lecture du livre de l'Exode, 14, 15,1a

Cantique de l'Exode,
Chantons le seigneur car il a fait éclater sa gloire…

3ème lecture du livre d'Ezechiel, 26, 16-17a.18-28

Cantique : « Donne-nous, Seigneur, un cœur nouveau… »

Lecture de la lettre de saint Paul aux Romains, 6, 3b-11

Evangile de Jésus-Christ selon saint Marc, 16, 1-8

Le sabbat terminé, Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au sépulcre au lever du soleil. Elles se disaient entre elles : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l'entrée du tombeau ? » Au premier regard, elles s'aperçoivent qu'on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande. En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de peur. Mais il leur dit : « N'ayez pas peur ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n'est pas ici. Voici l'endroit où on l'avait déposé. Et maintenant, allez dire à ses disciples et à Pierre : 'Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l'a dit.' » Elles sortirent et s'enfuirent du tombeau, parce qu'elles étaient toutes tremblantes et hors d'elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur.

A vivre aussi
avril 2019
mai 2019
juin 2019
juillet 2019
août 2019
septembre 2019
octobre 2019
novembre 2019
décembre 2019
janvier 2020
février 2020
mars 2020