Veillée Pascale, 31 mars 2018

  • Mise en ligne : 06/04/2018
bougies

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

 Nous aimons cette nuit dans laquelle nous nous rappelons l’histoire du salut à travers ces lectures que nous venons de faire. Nous en avons eu un petit commentaire entre chacune, c’est vrai ; il ne s’agit pas de les commenter dans le détail, mais de voir la signification globale de cet ensemble pour comprendre ce qui est dit dans la résurrection de Jésus et dans l’annonce que les apôtres en font.

 Nous avons entendu – et je vais reparcourir rapidement cet itinéraire – le récit de la Genèse de la création du monde, et nous savons ce que cela signifie : ce grand poème, c’est une déclaration d’amour de Dieu pour sa création, déclaration d’amour du poète inspiré pour dire l’amour de Dieu. Nous avons été créés par amour. Nous avons été créés pour vivre, nous avons été créés pour le bonheur.

 C’est appuyé du récit suivant, le sacrifice d’Isaac : Dieu ne veut pas de sacrifice humain. Dans les cultures voisines cela se pratiquait à l’époque où on écrit ce récit, mais on écrit que Dieu n’en veut pas. Il est dit que Dieu demande à l’homme simplement de savoir se donner, se donner aux autres, se donner à lui, dans sa liberté, par amour.

 Puis le récit de l’Exode, la passage de la mer : Voilà que Dieu a permis à son peuple d’être délivré d’un esclavage, celui des Egyptiens, d’être délivré de la terreur de la mer, qui risque de les engloutir. Et voilà qu’on découvre, - c’est la troisième fois – qu’il y a là une alliance : le dieu est un Dieu d’Alliance, un Dieu qui aime, un Dieu qui aime se mettre en relations, se montrer proche des hommes, capable de faire que leur vie difficile ne soit jamais une vie définitivement soumise à tous les périls de l’histoire humaine, mais toujours capable de se relever.

 Alors les prophètes, Isaïe, Baruch, Ezéchiel, disent cela et le rappellent, d’abord pour poser, en Isaïe, le signe de Jérusalem. Jérusalem que Dieu veut magnifique… Un signe : bien sûr nous savons dans l’histoire qu’elle ne va pas être toujours, qu’elle n’est pas aujourd’hui un signe évident de la paix, mais c’est un signe que Dieu met au milieu des nations pour dire : « Cherchez la paix ! Je veux fonder la paix dans une ville! Je veux et je désire que les hommes vivent dans la paix. »

 Ensuite, le texte suivant d’Isaïe dit : cela se fera parce que votre cœur humain sera peu à peu imbibé de mon amour, comme la terre est imbibée par l’eau de la pluie et de la neige, et est capable de produire de bons fruits quand elle est bien irriguée. Ainsi votre cœur !

 Baruch alors énonce les lois de l’amour, rappelant les Dix Paroles, les Commandements du Seigneur, qui font vivre, parce que ces Commandements disent le respect de Dieu et le respect des hommes, le respect des autres, le respect de la vie. Et cela, c’est indéracinable, ce respect, qu’il soit vécu et qu’il soit grand signe de l’amour de Dieu pour tous les hommes et de l’amour que les hommes peuvent se porter les uns aux autres.

 Et enfin le récit d’Ezéchiel qui annonce la cité future, la cité qui réalisera cet amour, cette paix définitive, et le moment où le cœur de l’homme sera pleinement converti et transformé.


 Voilà cette grande fresque, voilà toute la catéchèse biblique qui permet de comprendre que Jésus vient dans ce monde traversé de beaucoup de contradictions, et qu’il suit ce chemin qui mène jusqu’à cette conversion du cœur, jusqu’à ce désir à cette réalisation de la cité future ; Jésus suit le bon chemin qui mène à la Vie que nous célébrons en cette nuit. Les apôtres, ils ont été nourris de toute cette histoire. Et quoi qu’ils soient complètement ébahis de la possibilité que cet homme avec lequel ils ont vécu, qui est mort sous leurs yeux, soit aujourd’hui ressuscité et vivant, ils savent interpréter tout ce qu’ils ont dans le cœur, dans l’esprit, toute la catéchèse qu’ils ont entendue et pratiquée, ils savent interpréter cela : le geste de la résurrection de Jésus est la prolongation et l’épanouissement de toute la promesse de Dieu à l’humanité telle que l’enseignement biblique le rapporte.

 Alors cela s’applique à la vie des communautés chrétiennes, d’abord. Quand les communautés chrétiennes se font ce récit, depuis vingt siècles, elles se disent : rien jamais ne pourra déraciner cette bonne nouvelle dans le cœur des hommes. Les communautés chrétiennes elles ont toujours eu lieu depuis vingt siècles d’être inquiètes de leur avenir, et aujourd’hui encore, et de se dire qu’elles sont diminuées, qu’elles sont contrebattues par des expériences contraires, qu’elles sont toujours proches de ne plus exister… Et pourtant l’annonce même de la résurrection de Jésus, la vie qui triomphe de la mort, jamais elles le savent, jamais elles ne pourront être privées de l’annoncer ! Elles n’ont pas à avoir peur de l’avenir, elles peuvent continuer à être témoins et missionnaires, parce que le Christ a vaincu la mort !


 Cela s’applique aussi à la vie personnelle de chacun d’entre nous. Tant d’événements nous paraissent contradictoires avec notre foi : l’incroyance que nous voyons bien se développer au milieu du monde, l’indifférence et parfois le scepticisme à l’égard d’une attitude croyante qui a l’air aussi d’être si fréquente dans le monde où nous vivons, tout respect que nous ayons pour les incroyants et ceux qui sont éloignés de toutes manières de vivre dans la foi… Mais aussi les événements qui viennent contrecarrer nos vies, les souffrances diverses que nous affrontons, les peurs auxquelles nous sommes soumis, les divisions familiales, les soucis de santé, qui empêchent notre propre existence, les échecs que nous vivons dans des vies personnelles, dans des vies professionnelles, dans des engagements sociaux, tout ne marche pas comme nous le voudrions, et pourtant nous continuons de croire que le Christ qui est victorieux de la mort signifie par là que chacune de ces contradictions qui s’oppose à notre espérance, ne sont pas faites pour nous abattre définitivement, mais elles sont là, sur le chemin, et en les accueillant, en vivant avec elles, en dialoguant, nous pouvons continuer de croire, d’espérer, et de donner le témoignage de la foi dans le Christ qui a vaincu la mort.


 Et puis cela s’applique aussi aux grands enjeux de la vie de l’humanité. Cette année nous célébrons le centenaire de l’armistice de 1918. Certes les cent années qui se sont déroulées depuis n’ont pas été des années complètement pacifiées, il s’en faut ! Mais il y a eu tant de germes, de recherches d’une paix entre les hommes, que ce désir-là est capable aussi d’affronter tous les désirs de violence qui s’y opposent. A la suite de la Grande Guerre sont nées des institutions internationales qui cherchent à établir la paix. Dans tout le cours du XXème siècle se sont développés des mouvements œcuméniques, chrétiens qui ont soutenu ces recherches de la paix. Et les chrétiens, en se rapprochant les uns des autres, manifestent la victoire sur la mort et sur les désirs de vengeance. Les dialogues interreligieux de toute nature qui traversent notre monde aussi sont des sources d’espérance. Et puis toutes sortes d’initiatives, les couloirs humanitaires par ci, les accueils d’étrangers en situation de fuite de leurs pays en guerre, tout cela manifeste le désir que l’humanité veut dépasser les violences qui l’agitent. Ils font confiance à la vie plus forte que la mort. La foi chrétienne, la foi des chrétiens est un signe, parfois fragile, parfois ténu, une petite lumière comme celle que nous venons de porter… Mais elle continue de répandre la bonne nouvelle de l’œuvre de Dieu, du travail du Christ, de la force de l’Esprit qui ne se laisse pas abattre, mais qui croit que la victoire sur la mort, elle engendre en permanence chaque jour des petites victoires dans la vie des hommes de sorte que ne s’éteigne jamais la lumière que nous avons allumée au début de cette célébration.

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