Veillée pascale 2017

  • Mise en ligne : 15/04/2017
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Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Veillée pascale, 15 avril 2017

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 Ce soir, cette nuit, c’est le jour, c’est le moment de la profusion, la profusion des lumières, la profusion des textes que nous avons entendus. C’était peut-être un peu long, ces textes qui se succèdent, mais c’est comme on est entre nous et on a envie de se rappeler ceci, et puis encore ceci, et puis encore cela avec, et encore cette parole, cet événement et cette histoire. On a envie de redire tout ce que l’on sait déjà, de ce que l’on a déjà entendu, mille et une fois de l’histoire sainte, de l’histoire de Dieu avec les hommes. Mais il faut le faire une fois de temps en temps, et se redire tout cela, pour comprendre la profondeur de l’amour de Dieu qui nous ouvre ses secrets.

Il y a d’abord le récit de la création, Dieu qui donne la vie, et puis le récit du sacrifice d’Abraham, Dieu qui refuse qu’Abraham lui livre son fils, - comment pourrait-il retirer la vie, lui qui l’a donnée ? – et on rappelle aussi l’histoire un peu plus loin dans les paroles des prophètes, que c’est arrivé aussi au temps de Noé, Dieu avait donné la vie, comment aurait-il pu la retirer avec le déluge ? Et puis on comprend que toute cette histoire de Dieu créateur, c’est Dieu qui met de l’ordre dans le monde. Il sépare les eaux du dessus des eaux du dessous, il sépare la lumière et les ténèbres, le jour et la nuit, le monde végétal et le monde animal, le monde animal et le monde humain. Il met un peu d’ordre pour qu’on y voie clair, pour qu’on comprenne ce que l’on vit. Voilà ce que Dieu fait en créant : il met de l’ordre en ce monde.

  Ensuite il y a le récit de l’Exode. Alors dans l’exode, Dieu donne une direction. Il dit là où il faut aller, ou peut-être par là où il faut passer et on n’y va pas toujours, c’est pourquoi ça dure un certain temps… Là où il faut aller pour sortir de la domination et de l’oppression. Dieu ne veut pas que les hommes vivent sous l’oppression. Mais Dieu ne veut pas non plus qu’il y ait des hommes oppresseurs des autres ! Il indique le chemin. Il dit qu’il y a une voie pour sortir de l’esclavage.

  Nous avons entendu des promesses de Dieu à travers les prophètes, ces grandes paroles prophétiques qui disent : pour réaliser cela, la libération, la fin de la domination des hommes sur les autres, pour réaliser cela, il faut du temps. La parole, disent-ils, elle fait toujours ce qu’elle veut, mais elle prend son temps, elle est comme l’eau qui tombe du ciel, qui arrose la terre, et qui permet à la terre de porter les fleurs, les feuilles, les fruits. Peu à peu cela vient, cela grandit, mais cela prend son temps. Et quand l’homme se fourvoie, quand l’homme se trompe de route, alors il faut lui rappeler, et c’est ça la longueur du chemin que l’homme doit suivre pour que les promesses de Dieu prennent vraiment corps en lui, peu à peu. Et ces grandes promesses, elles comportent d’une part une ouverture lointaine, c’est le monde complètement transformé, le monde magnifique que Dieu prépare, le monde de la paix que Dieu veut, le monde du rassemblement de toutes les nations, voilà ce que Dieu prépare. Il prend son temps pour le faire mais il le prépare.

  Et puis enfin, ce que Dieu veut, ce que Dieu fait par sa parole, c’est le changement du cœur. Non seulement il y a un monde qui est bien en ordre, non seulement il y a un monde qui se libère peu à peu des tentations de la domination, non seulement il y a un monde qui prend patience, et qui avance peu à peu, non seulement il y a un monde qui sera rassemblé, unifié, mais surtout les hommes auront un cœur de chair, un cœur pour aimer, un cœur pour pardonner, un cœur pour s’ouvrir aux autres, un cœur pour croire que les promesses peuvent se réaliser, un cœur capable de s’attendrir sur cette gestation d’un monde pas tout à fait fini, jamais vraiment fini, mais toujours en construction. Voilà le Dieu créateur, le Dieu libérateur, et le Dieu sauveur. Le Dieu créateur, il met de l’ordre, le Dieu libérateur, il indique un chemin à suivre, et le Dieu sauveur, il change le cœur. Le Dieu sauveur, il change le cœur !

   Tout cela pour pouvoir reconnaître enfin Dieu fait homme, au milieu de nous. Dieu prenant ce chemin-là. Dieu, allant jusqu’au don de lui-même, au milieu de nous. Dieu donnant son fils, et le Fils donnant sa vie pour nous, et nous voilà vivants, ressuscités tels que nous le proclamons. Il est allé jusqu’au bout du chemin annoncé. Mais il fallait, pour le reconnaître, il fallait que l’on ait fait tout ce chemin là, que l’on soit passé par tous ces passages là, pour reconnaître le Christ ressuscité, le Christ qui fait entrer dans le Royaume, don suprême de Dieu, le Christ qui fait passer de la mort à la vie… C’est le dernier passage que nous ayons à vivre. Cela, c’est le chemin de l’humanité, c’est le chemin du peuple de Dieu, c’est le chemin de l’Eglise, et c’est le chemin que Dieu propose à chacun de nous, personnellement.

Nous qui avons été baptisés enfant peut-être que nous oublions ce mouvement qui se fait en nous, mais les catéchumènes nous le rappellent. Ils savent bien qu’il a fallu, pour trouver le Christ, même s’ils ont pu être saisis par un coup de foudre, mais il a fallu pour qu’ils le reconnaissent comme le maître de leur vie qu’ils acceptent de passer par ces passages là, des passages où l’on met de l’ordre dans sa vie, et où on découvre que la vie, elle est faite pour être belle et bonne, et que si elle est difficile, elle peut quand même sous le regard de l’amour, être une vie dans laquelle il y a un ordre, dans laquelle il y a aussi un chemin, un chemin possible pour se changer, un chemin possible pour être changé, pour être transformé, un chemin possible pour être sorti de toutes les possessions, les dominations, et les oppressions qui peuvent marquer une vie.

Il faut ce chemin, il faut aussi cette patience, et les catéchumènes savent bien que, quand ils entrent dans leur chemin vers le baptême, ils voudraient déjà être au bout, mais quand le baptême s’approche, ils se disent : « J’avais bien besoin de tout ce temps là, de cette patience là pour que mon cœur s’habitue à comprendre combien Dieu qui m’a créé, qui m’aime, qui veut que ma vie soit belle et bonne, qui veut que ma vie sorte des emprises mauvaises qui l’empêchent d’être ma vie belle et bonne, il fallait bien ce temps pour que je puisse découvrir la puissance de l’amour et que je puisse espérer être réuni aux autres dans l’Eglise, dans le peuple de Dieu et dans l’humanité, pour que je puisse aussi grandir et que mon cœur devienne un cœur capable d’aimer.

Ce chemin est un chemin personnel. C’est un chemin que chacun d’entre nous peut vivre. Ce sont des passages pour chacun, pour découvrir la puissance et la splendeur du ressuscité. Et c’est dans cette lumière et dans cette splendeur que dans un instant je vais baptiser deux d’entre nous.
 

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