Si ton frère est transi de froid

  • Mise en ligne : 01/03/2018
sdf rue

Newsletter diocésaine de mars 2018

Je voyais, un de ces soirs de grand froid, quelques jeunes insister auprès d’un sans domicile fixe afin qu'il consente à se protéger du danger sibérien.
La scène était belle. Le dialogue sonnait très juste.
Lui n'avait de cesse de vouloir être libre de toute structure, fût-elle salvatrice en ce soir cruel. Eux n'avaient de cesse de le respecter dans ses choix "marginaux", mais de tant désirer qu'il vive!
On entendait, de part et d'autre, comme une affection se partager pudiquement. Ces jeunes et cet aîné découvraient la réciprocité d'un attachement.

Le SDF n'était plus un anonyme.
Il était quelqu'un dont la cherté relationnelle grandissait à la mesure de sa précarité.
Cruel dilemme, en effet. Être "libre" de rester dans la rue par froid polaire, mais au risque de présumer de sa capacité de résistance thermique? Respecter autrui dans ce choix, mais jusqu'à quel franchissement inacceptable de la non-assistance à personne en danger?
Le bourgmestre d'une cité belge a pris décision d'imposer aux sans domiciles, présents sur son territoire communal, d'être abrités le temps de la température rigoureuse. Une polémique s'en est suivie. Nous ne l'alimenterons certainement pas, tant semble dérisoire ce genre de débat devant le devenir d'un frère!
Quels commentaires entendrait-on hélas si l’on découvrait matinalement un corps gisant dans l'embrasure d'un immeuble ou d'un jardin public?

Merci à ceux qui, sans discours, veillent sur les personnes les plus fragiles dans la nuit de nos rues, et qui le font avec humanité et dignité. La ligne de crête n'est pas évidente à tenir entre fermeté, au motif du bien d'autrui, et respect de sa conscience. Le salarié et le bénévole formés au lien social ont l'art de conjuguer délicatesse et décision.
Les moments hivernaux sont des circonstances où la fraternité humaine prend un sens aigu. Il ne faut surtout pas que ce degré de bienveillance retombe et ne dure que le temps d'un "épisode" météorologique. Nous avons tant besoin les uns des autres !
Le grand spirituel qu'était le jésuite Prosper Monier disait aux étudiants : "Surpasse-toi continuellement ! Là où commande l'amour, le devoir ne finit jamais. Tu as l'envergure du don que tu fais de toi-même. Aime, et tu verras!"... 

Mgr Bernard Podvin
Missionnaire de la Miséricorde.

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