Témoignage

  • Mise en ligne : 23/01/2018
mosquee algerie

Frère Dominique Motte, dominicain, a passé dix ans en Algérie.

"Que vive le dialogue avec des musulmans"
 

“Je ne suis ni un expert de l’islam ni un chevronné du dialogue avec de nombreux musulmans. Hélas. Mais bien avec quelques convictions. En voici une qui n’a rien de très original, mais je la dois à une profonde admiration pour l’Église en Algérie, c’est-àdire pour les baptisés les plus divers qui là-bas ont misé sur l’avènement d’une “Église
de la rencontre”.

L’urgence du long terme, c’est ce que je veux rappeler avant tout. Je m’appuie là sur un propos “d’après le café” du père Chenu, il y a déjà quelque soixante ans, et cité librement : “Cela fait quatorze siècles qu’on se tape dessus, n’en faudra-t-il pas autant pour inverser la tendance ?”

Les vociférations et les abominations de minorités extrémistes aujourd’hui de par le monde, ne doivent pas nous cacher la forêt. Tout n’est pas que “culturel” ou historique derrière l’instrumentalisation violente de leur religion par certains. Un regard pacifique sur Dieu, un autre regard sur le même et unique Dieu, est discernable aussi, chez l’immense majorité.

Et même si les échanges à thèmes spécifiquement religieux tournent court bien souvent, toute l’expérience de l’Église en Algérie nous dicte de commencer par l’amitié, sous toutes ses formes, en se donnant d’abord la preuve qu’on peut vivre ensemble, côte à côte, en Algérie ou en France.

"Même si les échanges à thèmes spécifiquement religieux tournent court bien souvent, toute l’expérience de l’Église en Algérie nous dicte de commencer par l’amitié."

Place, face à l’âme musulmane, aux coureurs de fond, à des nageurs au long cours. Oui, semble devoir rester très minoritaire le dialogue proprement religieux (connaissance réciproque des textes, essai de prière commune…) ; j’y pensais encore en marchant dans les rues de Paris la semaine dernière entre Notre-Dame et la Grande Mosquée, combien étions-nous, cent vingt ? cent cinquante ? Comment, par contre, ne pas être stupéfaits par le fait si expérimenté en Algérie, que les soubresauts de l’histoire les plus humiliants sinon les plus sanglants n’ont pas laissé chez les Algériens que plaies ouvertes et ressentiment, mais bien aussi affinité et complicité avec les Français. Là aussi que les mille djihadistes partis de France vers le Moyen-Orient ne nous cachent pas la forêt. La France, le Nord, l’agglomération roubaisienne, offrent un chemin d’exception, comme espace d’hospitalité, d’amitié, de reconnaissance réciproque, où ensemencer vraiment de l’avenir. Un avenir d’illusion ou de naïveté, comme  l’accusent des forcenés de la conversion, des deux côtés ? Ou bien chantier de réconciliation où, au nom de l’Évangile cette fois, nous reconnaissions l’irrésistible patience de l’Esprit ?”

Fr. Dominique Motte
 

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