Solennité de l’Immaculée Conception, 8 décembre 2017

  • Mise en ligne : 11/12/2017
8dec

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Cathédrale Notre-Dame de la Treille


 Frères et sœurs, ce soir, je vous invite à nous laisser interpeller, interroger par cette parole que nous venons d’entendre dans la lettre de saint Paul aux Ephésiens : « En Jésus-Christ nous sommes le domaine particulier de Dieu » : Voilà une expression étonnante qui apparaît dans cette nouvelle – encore nouvelle – traduction de la Bible pour la liturgie, on disait avant « sa part », nous sommes « sa part ». Le « domaine particulier », cela évoque probablement quelque chose de plus concret, un domaine, une propriété, nous sommes la propriété particulière de Dieu…

 Dès le récit de la chute d’Adam, au chapitre troisième de la Genèse que nous avons lu en première lecture il est question de cela : Dieu est à la recherche de l’homme qui se cache, parce que Dieu veut montrer à l’homme qu’il est proche de lui, et, instruits par cette parole de Paul, nous pouvons dire : parce que Dieu veut montrer à l’homme qu’il est son domaine, le domaine de Dieu. Et la condamnation qui termine le passage que nous venons d’entendre, c’est la condamnation du serpent. Cela signifie que Dieu continue, après la chute, la faute, à garder l’homme et la femme dans son amour. Pour lui, Dieu, l’homme et la femme sont toujours de son domaine. Il y aura toujours du combat contre le mal dans la vie, c’est ce que signifie cette présence maligne du serpent, mais il y aura toujours l’amour de Dieu qui veille sur l’humanité tout entière.

 Et voilà pourquoi dans le passage de saint Paul que nous avons entendu il y a cette action de grâce : « Béni soit Dieu ! Béni soit Dieu qui nous a comblés en Jésus-Christ de toutes les bénédictions de l’Esprit ! » Bien sûr l’apôtre Paul s’adressant aux chrétiens d’Ephèse veut les conforter dans leur foi d’être le peuple aimé de Dieu, parce que leur foi est déjà mise à l’épreuve : dans la société où ils vivent ils sont un tout petit peuple, ils pourraient se décourager. Mais nous avons entendu cette hymne dans la lettre aux Ephésiens, premier chapitre, cette hymne concerne l’univers entier ; l’action de grâce que Paul adresse devant les chrétiens d’Ephèse est une action de grâce qui concerne non seulement les croyants, non seulement l’humanité, mais le monde tout entier, l’univers. Vous relirez cela dans la lecture. C’est l’univers tout entier qui est le domaine particulier de Dieu, c’est-à-dire le domaine que Dieu aime, la part, et c'est tout cet univers dans lequel nous sommes qui est "la part" de l’amour de Dieu.

 Alors il n’est pas étonnant qu’au milieu de ce monde qui est le domaine particulier de Dieu, Dieu soit capable de faire signe, particulièrement à quelques uns, pour manifester d’autant plus vigoureusement cet amour et cette relation privilégiée. Marie est évidemment la première d’entre nous, d’entre les hommes et les femmes, la première en Jésus-Christ. Et Dieu a voulu la choisir pour qu’elle soit posée devant nous comme notre mère, notre mère, la gardienne de l’humanité, la nouvelle mère de tous les hommes… Posée en face d’Eve, dont on disait déjà dans ces premières pages de la Genèse qu’elle était la mère de tous les hommes. Mais voilà, cette nouvelle mère, cette nouvelle mère conçue sans péché comme nous le disons maintenant, elle est là pour nous, mais c’est l’une d’entre nous, c’est une femme de notre peuple, de notre humanité, nous ressemblant, et si elle a ce titre glorieux, c’est pour manifester que l’une d’entre nous, une femme de l’humanité est capable de susciter en Dieu cet appel : il est possible pour un homme ou une femme de notre humanité d’être ainsi remarqué à la suite de Marie.

 C’est ce que vivent les saints que nous honorons. Et chacun d’entre eux, comme Marie, le découvre dans la contemplation, dans la méditation de la Parole de Dieu. Puisque Marie a reçu le message de l’ange, et la Parole de Dieu dans le message de l’ange, c’est que dans sa prière elle était toute ouverte à écouter la Parole de Dieu, elle était toute présente à ce que dit le Seigneur. En écho à cette présence de Marie, à la Parole de Dieu, nous croyons entendre de ces phrases que nous avons trouvées dans les textes mêmes de sainte Thérèse qui disait : « C’est en cherchant dans les livres saints – les « livres saints » c’est l’Ecriture biblique, c’est la Parole de Dieu, et sainte Thérèse était une grande lectrice notamment de saint Paul – c’est en cherchant dans les livres saints que j’ai recueilli ces paroles : ‘Celui qui se sent petit , qu’il vienne à moi ! » C’est une citation du livre des Proverbes. Ça, c’est dans les écrits de sainte Thérèse. Elle découvre dans la Parole de Dieu cette certitude de faire partie de ce peuple qui est le domaine particulier de Dieu. Elle découvre que femme humble comme elle est, simple, d’une de nos régions de France, sans particularité exposée devant tout le monde, elle est capable, elle si petite d’être portée comme par un ascenseur, dit-elle, puisqu’on venait d’inventer ce mode de transport, comme un ascenseur qui lui permet de monter jusque vers celui qui l’appelle et qui lui demande de lui ressembler. C’est dans la parole qu’elle médite en sa prière qu’elle découvre qu’elle peut ainsi monter jusque vers le Dieu qui l’appelle, jusque vers le Dieu qui a fait d’elle, parmi d’autres, son domaine particulier. Alors bien sûr elle a découvert cela en famille. Elle a compris par l’humilité de la vie de ses parents, tout ouverts à la Parole de Dieu, eux aussi, elle a découvert que dans l’humilité d’une vie ordinaire on pouvait être appelé à grandir jusqu’à la tête grâce au Christ, dans le Christ, avec la Vierge Marie. Et en ce jour où nous la fêtons, cette Vierge Marie, il est bon de relire ces quelques vers de la poésie 54 de Thérèse :

« Oh je voudrais chanter, Marie, pourquoi je t’aime,
Pourquoi ton nom si doux fait tressaillir mon cœur
Et pourquoi la pensée de ta grandeur suprême
Ne saurait à mon âme inspirer de frayeur.

Si je te contemplais dans ta sublime gloire
Et surpassant l’éclat de tous les bienheureux,
Que je suis ton enfant je ne pourrais le croire,
Ô Marie devant toi, je baisserais les yeux !…

Il faut pour qu’un enfant puisse chérir sa mère
Qu’elle pleure avec lui, partage ses douleurs,
Ô ma mère chérie, sur la rive étrangère,
Pour m’attirer à toi, que tu versas de pleurs !

En méditant ta vie dans le saint évangile,
J’ose te regarder et m’approcher de toi,
Me croire ton enfant ne m’est pas difficile,
Car je te vois mortelle et souffrant comme moi. »


LITURGIE DE LA PAROLE

1ère lecture du livre de la Genèse, 3, 9-15.20

Quand Adam eut mangé du fruit de l’arbre, le Seigneur Dieu l’appela et lui dit : « Où es-tu donc ? » L’homme répondit : « J’ai entendu ta voix dans le jardin, j’ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » Le Seigneur reprit : « Qui donc t’a dit que tu étais nu ? Aurais-tu mangé de l’arbre dont je t’avais interdit de manger ? » L’homme répondit : « La femme que tu m’as donnée, c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre, et j’en ai mangé. » Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m’a trompée, et j’ai mangé. » Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et sa descendance : celle-ci te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante), parce qu’elle fut la mère de tous les vivants.

2ème lecture de la lettre de saint Paul aux Ephésiens, 1, 3-6.11-12

Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ ! Il nous a bénis et comblés des bénédictions de l’Esprit, au ciel, dans le Christ. Il nous a choisis, dans le Christ, avant la fondation du monde, pour que nous soyons saints, immaculés devant lui, dans l’amour. Il nous a prédestinés à être, pour lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ. Ainsi l’a voulu sa bonté, à la louange de gloire de sa grâce, la grâce qu’il nous donne dans le Fils bien-aimé. En lui, nous sommes devenus le domaine particulier de Dieu, nous y avons été prédestinés selon le projet de celui qui réalise tout ce qu’il a décidé : il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc, 1, 26-38

En ce temps-là, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. » Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais pas d’homme ? » L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu. Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile. Car rien n’est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

 

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