Critique de film : La prière

  • Mise en ligne : 19/04/2018
priere

L'équipe du Festival du Film vous propose de plonger un peu plus dans l'univers cinématographique à travers des critiques de films.

La prière

Date de sortie  21 mars 2018
Durée              1h47
Réalisé par      Cédric Kahn
Avec                 Anthony Bajon, Damien Chapelle, Alex Brendemühl
Genre               Relèvement
Nationalité       France

Pour sortir de la dépendance, Thomas, 22 ans, rejoint une communauté isolée dans la montagne regroupant d’anciens drogués qui se soignent par la prière. Il va y découvrir la règle, le travail, l’amitié, l’amour et la foi…

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Dans la foulée du dernier film de Xavier Giannoli, Cédric Kahn vient rejoindre le groupe encore bien clairsemé des auteurs agnostiques interrogeant la foi avec objectivité, libres de tout préjugé – ou de compte à régler avec « la religion » et tout ce qui la représente. Il s’inspire ici de l’expérience des communautés type Cenacolo, alliant fraternité, travail et prière pour reconstruire des jeunes à la dérive. La reconstitution en est convaincante, à quelques détails près (Bible de Jérusalem utilisée comme lectionnaire…). Le choix du focus permanent sur le personnage central semble ici se conformer à l’une des règles centrales de la communauté : l’interdiction de l’isolement. Tout le poids du film va donc reposer sur le râble heureusement solide du jeune Anthony Bajon, dont on ne dira jamais assez combien son Ours d’Argent d’interprétation est mérité.

Thomas, dont nous ne pouvons au début que deviner le passé rugueux de toxico, intègre pour son salut ce cadre strict, sous l’aile d’un « ange gardien », ex-drogué comme lui, qui le veille aussi bien dans ses travaux que dans ses crises de manque. L’accueil au centre, quasi carcéral avec le dépouillement et la mise sous clé des quelques biens personnels du garçon, a d’emblée donné le ton – et à ce stade du film, le protagoniste nous a déjà conquis. Quand rapidement vient le point de rupture où Thomas, à court de soupape de décompression, envoie tout balader, tout nous porte à partager son opinion sur ce qui peut ressembler à première vue à une petite secte (et Dieu sait si le « marché » de la réhabilitation a pu attirer de tels acteurs !). Or Cédric Kahn n’a pas pour habitude de nous imposer des jugements tout faits ; il nous le prouvait encore dans son admirable Vie sauvage (2014). Les principes austères du centre – prière, discipline, travail – loin de décerveler, structurent pour mieux reconstruire. Thomas finit par s’épanouir, devient ange gardien à son tour, trouve la foi lors d’une épreuve en montagne, envisage même une vocation. Le chemin vers la maturité nécessitera cependant de surmonter quelques tentations, échecs et illusions.

Un atout revendiqué du film est ce regard distancié permettant à chacun, croyant ou non, d’adhérer au parcours du jeune homme – la foi restant optionnelle. Le revers de la médaille est qu’à trop s’en tenir à une prudente neutralité, il laisse peu de champ à la grâce. La prière, si fervente soit-elle, ne transfigure pas son acteur comme dans L’Apparition de Giannoli. À ce compte-là, elle devient même facilement réductible en simple technique de bien-être personnel, occultant la dimension proprement divine. Combien parmi ces jeunes (Thomas inclus) auront vraiment rencontré le Christ ? Si La prière de Cédric Kahn pèche ainsi par sécheresse spirituelle, elle bénéficie heureusement de toute notre indulgence pour la chaleureuse illustration d’une fraternité authentiquement vécue, et surtout pour le magnifique relèvement d’un être blessé. En plein temps pascal, on ne pourrait souhaiter mieux !  

Christophe 

 

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