Pentecôte 2014, confirmation des lycéens de Marcq

  • Mise en ligne : 07/06/2014
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Samedi 7 juin 2014, homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille, en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

Le récit de la Pentecôte que nous avons entendu dans la première lecture attire notre attention sur la grande diversité des gens qui étaient réunis à Jérusalem en ce jour où se manifeste l’Esprit de Dieu qui fait que chacun entend la Bonne Nouvelle de Jésus Seigneur et ressuscité dans sa propre langue. C’est un grand mystère en effet que dès le début de l’Eglise, dès le début de l’annonce de l’évangile, il soit ainsi fait pour tous, dans toutes les langues, dans toutes les cultures, pour les gens de toutes origines et de toute histoire personnelle. Et la deuxième lecture le dit d’une autre façon. Tirée de l’apôtre s’adressant aux Corinthiens, il dit : « Nous sommes un seul corps, même si nous sommes chacun des membres différents de ce corps ». Cette parabole du corps que forme l’Eglise, l’Eglise du Christ, l’Eglise de Dieu, l’Eglise qui proclame l’évangile, cette parabole du corps est une parabole bien connue et utilisée souvent dans la théologie chrétienne depuis saint Paul, et elle rappelle que chaque membre de ce corps, quel qu’il soit, quelle que soit sa fonction, quelle que soit sa situation, chaque membre de ce corps est fait pour être témoin de l’évangile de Dieu à sa façon. Cette diversité n’empêche pas l’unité de l’expérience spirituelle qui est faite par les chrétiens. Elle est faite de façon symbolique et forte en ce jour de Pentecôte où chacun entend la Bonne Nouvelle dans sa langue et perçoit et comprend que la Bonne Nouvelle de l’évangile concerne tout homme, mais cette unité de l’expérience spirituelle, celle qui est rapportée dans l’évangile, c'est ceci : tout vient de ce que nous sommes attachés au Christ. Tout vient de ce que Jésus est le maître de chacune de nos vies. Tout vient de ce que par Lui nous entrons en relation avec le Père, et que c’est son Esprit, celui dont vous allez être marqués, qui nous permet de vivre ce chemin.

 

  Vous-mêmes qui êtes ici, vous êtes tous, pour la plupart en tout cas de cette région, vous avez bien sûr des apparences qui vous assemblent les uns aux autres, vous êtes tous de ce même lycée, mais derrière cette unité d’apparence, il y a bien des diversités que j’ai pu comprendre et repérer et que vos parents et vos éducateurs, et les éducateurs de la foi, qui ont suivi votre chemin connaissent bien. Il y a des diversités dans le groupe que vous formez, des diversités d’histoires personnelles bien sûr, des diversités de situations familiales, des diversités dans l’histoire même de la foi – certains d’entre vous ont grandi dans des familles chrétiennes, pratiquantes, habituées à la vie de l’Eglise et capables d’entendre ainsi régulièrement la parole de Dieu à l’eucharistie du dimanche, d’autres reconnaissent vivre dans des familles habituellement non pratiquantes, d’autres parmi vous disent que le chemin de foi a subi une éclipse pendant quelques mois ou quelques années, et même dans certains cas des refus. Il y a donc cette diversité.

  Mais vous avez vécu une expérience forte dans votre préparation à la confirmation. Cette expérience, le chef d’établissement Monsieur Quiniou nous l’a rappelé au début de cette célébration, elle est passée par l’expérience des fraternités que vous avez vécues, jeunes et parents ensemble. Et plusieurs d’entre vous aussi ont vécu le fait d’accompagner quelques jeunes 5èmes en profession de foi, et cela aussi a été marquant. C’est un signe de la fraternité à laquelle nous sommes tous appelés et qui est marquante de l’évangile. Nous ne pouvons pas oublier que ce mot de fraternité est un beau mot de notre tradition chrétienne. Il est même si beau qu’il figure dans la devise républicaine de notre pays, et ça n’est pas sans importance.

    Vivre la fraternité, qu’est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire vivre la certitude que malgré nos diversités, ou avec nos diversités, et grâce à nos diversités nous sommes sur le chemin d’une expérience spirituelle profonde qui nous lie. Elle est, cette expérience spirituelle profonde, d’une certaine façon unique. C’est la rencontre que nous faisons du Seigneur dans nos vies et la certitude qu’Il les accompagne, qu’il ne nous laisse jamais seuls, et qu’Il nous fait avancer sur le chemin de la vie avec Lui. Et cette expérience unique elle se conjugue, elle se décline de tant de façons différentes qui s’adaptent à chacun d’entre nous. Et elle nous fait, cette expérience, frères les uns avec les autres.

       Le mot de fraternité, je l’ai dit, figure dans notre devise républicaine. Mais finalement nous ne l’employons pas tant que cela, pour un certain nombre de raisons dont la plus forte est que ce mot nous engage. Ce mot nous oblige. Ce mot nous oblige à faire un chemin de rapprochement avec les autres. Ce mot nous oblige à supposer vrai que nous soyons, tous, enfants d’un même Père. Et peut-être bien que si, dans notre culture actuelle, nous préférons le mot de « vivre ensemble » au mot de fraternité, c’est que n’avons pas tant que cela envie de faire savoir que nous croyons que nous sommes fils et filles d’un unique Père, qui désire rassembler dans l’unité toute la famille humaine et d’abord la famille Eglise pour en être le signe.

      Et bien sûr aussi ce mot, dans notre tradition chrétienne, dans notre tradition théologique, mais aussi tout simplement notre habitude chrétienne, ce mot de fraternité fait que nous nous reconnaissons les uns et les autres frères du même frère aîné qui est Jésus Christ. Voilà pourquoi peut-être ce mot ne circule pas tant que cela dans la tradition civile et même républicaine. Nous sommes invités par ce mot à reconnaître que nous dépendons tous d’un unique Père, et que nous avons tous un grand frère, un frère aîné qui est le Christ, le seul maître de nos vies.

    Voilà l’expérience spirituelle à laquelle nous sommes invités, voilà l’expérience – j’ai utilisé le mot spirituelle pour dire l’expérience de l’Esprit Saint en nos vies. Il nous invite à cela, à croire ce que je viens de dire. Quand vous utiliserez désormais le mot de fraternité, mes chers amis que je vais confirmer dans un instant, n’oubliez jamais l’expérience que vous venez de vivre en fraternité dans cette préparation à la confirmation.

      Cette expérience de fraternité vous a rassemblés entre vous et avec des adultes qui ont marché sur le chemin avec vous. C’est une expérience d’inter génération si nécessaire dans le monde d’aujourd’hui. N’oubliez jamais cela de telle sorte que vous vous disiez dès maintenant que pour continuer sur le chemin de la foi il y a évidemment un certain nombre de moyens que vous connaissez, la prière, la lecture de l’évangile, la célébration de l’eucharistie et des autres sacrements, et le service des frères. Mais n’oubliez pas qu’il est nécessaire aussi que vous continuiez d’être participants à des équipes de chrétiens dans lesquelles on partage la foi, on échange sur les joies et les difficultés de la vie et de la foi, équipes dans lesquelles on prie ensemble.

      Quand vous utiliserez le mot de fraternité, n’oubliez jamais qu’il signifie que nous avons tous un seul Père ! N’oubliez jamais qu’il signifie que nous avons un frère aîné, qui est devant nous sur le chemin de la vie, et c’est Jésus-Christ ! N’oubliez jamais que si vous vous dites frères les uns avec les autres parce que vous vous connaissez, vous êtes invités à considérer tout homme, toute femme rencontrés comme votre frère et votre sœur ! N’oubliez jamais que c’est l’Esprit Saint qui vous inspire tout cela, soyez confiants et joyeux de cette expérience que vous venez de faire.

 

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