Pentecôte 2014, confirmation des adultes

  • Mise en ligne : 08/06/2014
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Dimanche 8 juin 2014, homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille, en la cathédrale Notre-Dame de la Treille.

    Voilà ! Dans le récit des Actes des Apôtres et dans le récit de l’évangile selon saint Jean nous n’avons pas tout à fait la même situation.

    Dans l’évangile de saint Jean, c’est le soir de la Résurrection, le soir du premier jour de la semaine qui suivait la mort de Jésus, c’est Jésus qui vient lui-même ; alors que dans les Actes des Apôtres, c’est cinquante jours après Pâques. Pâques, c’est une fête juive, au moment de laquelle s’est déroulée la mort et la résurrection de Jésus. Cinquante jours après Pâques, c’est Pentecôte. C’est une fête juive au cours de laquelle nous voyons les apôtres complètement transformés.  Dans l’évangile, c’est Jésus qui souffle doucement sur ses apôtres, et dans le récit des actes des apôtres, c’est un violent coup de vent, des langues de feu qui se posent sur chacun des disciples qui sont réunis dans la salle.

    Mais dans les deux cas, dans les deux récits, les disciples ou les apôtres sont réunis dans la salle, dans le lieu où ils étaient. Et l’évangéliste saint Jean ajoute quelque chose, un détail qui devrait nous saisir : les apôtres avaient verrouillé le lieu où ils étaient par crainte des juifs, par crainte de l’entourage au milieu duquel ils se trouvaient, l’entourage qui donc les empêchait, croyaient-ils, de se montrer au grand jour.

     Dans les deux cas, que ce soit un grand souffle de vent, que ce soit la présence pacifiante de Jésus, tout d’un coup le verrou est levé ! Tout d’un coup Jésus donne par son esprit à ses disciples qui sont là une liberté nouvelle. Et cette liberté, c’est la liberté de quoi ? C’est la liberté de s’adresser, d’après le récit des Actes des apôtres, à toutes les cultures possibles. Tout d’un coup, eux qui étaient refermés sur eux-mêmes, les voilà capables de s’adresser à des gens d’origines et de cultures diverses. Dans l’évangile, la liberté c’est la liberté d’annoncer la miséricorde de Dieu qui est pour tous. Et c’est comme cela que nous avons entendu la dernière phrase de l’évangile : « Ceux à qui vous remettrez les péchés, ils seront remis, ceux à qui vous maintiendrez les péchés, ils seront maintenus ». Cela veut dire : on peut annoncer ! L’Eglise a ce devoir d’annoncer la miséricorde de Dieu, tout en manifestant aussi qu’il y a des choses qui empêchent d’être en relation avec le Seigneur, et qui coupent la relation. Et dans la deuxième lecture tirée de la lettre aux Romains, la liberté, c’est la liberté de croire que cet homme que nous avons vu mourir, celui-là est le Seigneur, c’est-à-dire le maître de l’univers, le maître de tout homme, le vrai maître qui les libère ! Voilà ce que les apôtres ont découvert, une force qui leur donne une capacité nouvelle de vivre, de parler, de s’exprimer, d’aimer la vie et de la faire aimer parce qu’elle est un don de Dieu.

    Cette liberté nouvelle que Dieu donne, nous pouvons la regarder, la contempler et la décrire. Ça n’est pas une liberté d’aller et venir, de vendre et d’acheter, ça n’est même pas une liberté d’expression et d’opinion, tout cela ce sont des libertés publiques que le droit peu à peu a établies dans nos sociétés et dont on espère qu’elles puissent s’installer vraiment dans toutes les sociétés du monde. Ces libertés publiques sont évidemment des conditions importantes pour la vie des hommes, et il est bien probable que la liberté de l’évangile va donner le goût de ces libertés publiques. Elles doivent être sauvegardées et il est bien probable aussi que la liberté de croire par exemple est, comme disaient le pape Jean-Paul  II et le pape Benoît XVI une pierre de touche. C’est-à-dire si la liberté de croire est bien respectée dans une société, on peut présumer que les autres libertés publiques seront, elles aussi, promues et protégées.

 

    Mais la liberté dont il s’agit, c’est bien plus que cela ! C’est la liberté de penser qu’il y a du nouveau dans nos existences, dont nous pouvons témoigner. Vous qui vous approchez aujourd’hui du sacrement de la confirmation, vous le savez bien. Tout d’un coup dans vos existences, vous avez pris conscience qu’il y avait quelque chose de nouveau qui se passait. Peut-être cela a t-il cheminé souterrainement dans vos vies sans que vous vous en aperceviez. Peut-être cela est-il arrivé d’une façon soudaine, comme au jour de la Pentecôte suivant le récit des Actes des Apôtres : un violent coup de vent vous a agités et mis en route. Mais dans tous les cas vous avez compris que la rencontre du Dieu vivant, la découverte passionnante que Jésus marche à vos côtés, l’assurance que l’Esprit de Dieu habite en vos cœurs, tout cela vous a apporté, dans vos vies, le sentiment que tout peut-être devenait possible désormais. Une nouvelle vie s’ouvrait pour vous quand vous avez découvert cela grâce parfois à un événement de votre existence, grâce parfois à une parole de quelqu’un et à la rencontre d’une personne, parfois tout simplement dans un cheminement qui tout d’un coup vient au jour. Vous avez perçu que l’Esprit vous donne la liberté de croire que quelque chose de nouveau vous est arrivé avec la certitude que le Christ est là et qu’il est celui qui montre le Père de tout homme.

 

    Cette liberté nous en avons quelques exemples à travers l’histoire de l’Eglise et encore aujourd’hui. Aujourd’hui précisément, 8 juin, le Pape invite le Président israélien et le Président palestinien dans sa maison, comme il a dit, pour prier et intercéder, pour que l’Esprit de la paix vienne sur la terre de Palestine, pour que les hommes qui sont engagés dans un conflit qui semble sans fin, tout d’un coup, semblent ouverts à l’Esprit de la paix. C’est la liberté nouvelle de l’Esprit Saint qui a suggéré au pape François d’inviter ces deux hommes avec le patriarche des orthodoxes, Bartholomée, qu’il a rencontrés il y a quinze jours à Jérusalem. L’unité des chrétiens et la paix dans le monde ont rendez-vous. Et c’est cette grande liberté que donne l’Esprit Saint de penser que quand toutes les réserves de la diplomatie semblent épuisées, que toutes les réserves de la vie politique semblent sans espoir désormais, il reste la possibilité d’inviter des hommes à se tourner vers le Seigneur pour qu’il change notre cœur et le dispose à envisager l’avenir autrement. Ça c’est un immense exemple. Le pape Jean-Paul II nous avait donné un autre exemple en 1986 à Assise.

    Alors nous pouvons penser qu’il y a vraiment du nouveau dans la vie de notre monde et qu’il est possible. Nous pouvons penser qu’il y a du nouveau dans la vie de nos Eglises, et que c’est possible. Nous pouvons penser qu’il y a du nouveau dans nos vies personnelles, et qu’il est possible que tout d’un coup, nous sortions de nous-mêmes pour nous ouvrir aux autres et être simplement témoins de la rencontre merveilleuse que nous avons faite avec le Seigneur qui marche à nos côtés, qui nous montre la route du Père et qui nous donne la force de supporter, au jour le jour, les difficultés, les contraintes, les exils intérieurs, et toutes sortes de complications qui empêchent de vivre. Nous pouvons passer les frontières de nos propres peurs, de nos angoisses.

  Et je voudrais dire puisque vous êtes diocésains de Lille, (peut-être pour certains diocésains de Lille pour quelques mois ou quelques années seulement, je le sais) mais puisque nos trois Eglises diocésaines de Lille, Arras et Cambrai sont en synode, puisque les représentants de chacune de ces Eglises se réunissent régulièrement tout au cours de cette année et essaient de réfléchir à l’avenir de nos Eglises, de nos diocèses, de nos paroisses, nous pouvons croire qu’il y a du possible aussi !

 

   Nous pouvons croire que à travers la vie de nos paroisses, - et vous allez en être des acteurs, vous en êtes déjà des acteurs ! – il sera possible que nous devenions de plus en plus proches de tous les hommes et de toutes les femmes, de tous les enfants, de tous les vieillards, des gens bien portants et des malades de notre entourage paroissial. Simplement être proche et montrer que l’Eglise est ouverte à tous ceux qui veulent y rencontrer le Seigneur.

   Il est possible aussi que nous nous disions que nos Eglises paroissiales, nos paroisses peuvent être prises en charge non pas simplement par quelques uns qui ont reçu mission et ministère, mais aussi par chacun des chrétiens qui les composent, ces communautés, pour qu’elles soient réellement animées par le souffle de l’Esprit.

    Nous pouvons espérer que vraiment dans nos communautés chrétiennes, c’est l’Esprit de la paix et de la communion les uns avec les autres qui nous fait marcher, plutôt que l’esprit de clocher et la division qui souvent traverse nos communautés.

    Nous pouvons espérer que l’esprit le plus fort sera l’esprit de la mission, c’est-à-dire la certitude que si nous avons reçu l’évangile ce n’est pas seulement pour nous, mais nous l’avons reçu pour le transmettre, pur l’annoncer joyeusement, pour ne pas avoir peur de dire dans une société complexe et pluraliste : «Oui, chacun suit son chemin, mais nous, nous pouvons dire simplement que c’est le Christ et son Esprit qui dirige nos existences. »

 

    Voila le nouveau que l’Esprit est capable de faire dans nos vies : il y a un avenir pour chacun de nous dans une vie nouvelle ; il y a un avenir pour nos Eglises, il y a un avenir pour notre monde qui n’est pas encore pacifié.

 


  

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