Pâques 2017

  • Mise en ligne : 16/04/2017
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Homélie de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille

Messe du jour de Pâques, 16 avril 2017

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 

Marie-Madeleine, quand elle se rend au tombeau, elle s’aperçoit que la pierre qui le fermait avait été roulée, et elle est tout affolée qu’on ait pu voler le corps de celui dans lequel elle mettait toute sa confiance, parce qu’il lui avait redonné confiance en elle. Les deux disciples qui accourent au tombeau sont là un peu bouche bée, ils ne disent rien, ils ne proclament pas la résurrection eux-mêmes tout de suite. Les signes que nous pouvons donner de la foi en la résurrection de Jésus sont toujours ténus. Ils commencent par le silence, et ils reposent sur des témoignages que nous accueillons. Mais la foi est déjà logée au fond du cœur et de l’expérience de ces trois disciples, de ces trois qui ont été proches de Jésus avant sa mort et qui le demeurent aujourd’hui, après sa résurrection.

   L’apôtre, dans la deuxième lecture que nous avons entendue, dit que nous pouvons regarder les réalités d’en-haut avec les pieds bien sur la terre « parce que notre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu. C’est dire là encore que les signes de la résurrection que nous portons, le témoignage que nous donnons est tout caché à l’intérieur de nos existences et de temps en temps révélé par des mots qui ne disent pas toujours tout de ce que nous vivons. Il se trouve que vivre déjà les réalités d’en-haut alors que nous avons les pieds sur terre c’est le statut même de ce que nous avons à vivre dans un corps qui est le nôtre. Nous disons que la vie qui nous a été donnée par amour, elle est bien plus que la vie d’un corps agité de paroles et de mouvements, qui disparaît au moment de la mort corporelle. Nous savons que notre vie va bien au-delà, parce qu’elle est une histoire partagée avec l’invisible qui est en Dieu, qui est dans le Christ. Notre vie est beaucoup plus que notre vie corporelle, mais notre vie corporelle est bien importante pour découvrir ce que Dieu nous réserve dans son amour. Un corps, un corps humain, ça n’est pas seulement une enveloppe qui disparaît un jour. C’est une vie tissée de relations multiples, de souffrances et d’épreuves, d’épreuves surmontées bien souvent, d’espérances partagées, d’histoire faite avec les autres et de construction patiente de nous-même et du monde que Dieu nous a donné et qu’il nous invite à aimer comme il l’aime.

  A quoi se reconnaissent ceux qui vivent cette espérance ? D’abord il y en a, et qui sont nombreux à travers le monde, qui ne connaissent pas le Christ, qui n’ont peut-être pas entendu parler de la résurrection, qui peut-être même ont rejeté le message de l’Eglise, mais ils sont porteurs d’une certaine façon de vivre qui croit qu’il y a toujours une espérance possible dans l’existence, qui croient que la vie n’est pas simplement la vie passagère d’un corps fragile et d’une humanité vouée au néant. Non, ils pensent, ils croient, ils agissent avec la certitude que la vie traversée de l’amour, traversée des combats, traversée de l’espérance est une vie qui ne saurait s’arrêter au terme de l’existence terrestre. Ils savent, confusément peut-être, mais ils savent qu’il y a une espérance qui n’en finit jamais de faire vivre le monde et de le conduire certainement à une autre vie, à une vie meilleure, à une réconciliation définitive avec soi-même, avec les autres, et avec le monde tout entier. Ceux là sont déjà porteurs de cette espérance. Cette façon de vivre elle est le signe que le Christ se répand dans l’humanité tout entière, même auprès de ceux qui ne le connaissent pas.

  Mais il est deux façons particulières dont nous, croyant dans le Christ mort et ressuscité, deux façons particulières d’être dans le monde qui témoignent de cette espérance d’une façon toujours modeste, toujours fragile, mais certaine. La première, c’est d’être assemblé dans l’Eglise, une Eglise qui n’est pas une Société des nations et qui n’est pas une association des anciens, mais le corps vivant du Christ dans le monde d’aujourd’hui, dans le monde de chaque époque, le corps qui permet de rendre visible le fait que le Christ est le contemporain de tout homme, un corps qui vit, un corps qui aime, un corps qui souffre, un corps qui lutte, qui combat les combats des hommes, avec eux, un corps qui est parfois rejeté, maltraité, mais un corps qui ne cesse d’espérer en raison du Christ qui l’anime, qui l’habite, qui le transforme. Nous ne sommes pas membres d’une Eglise simplement pour notre satisfaction, pour notre usage personnel, mais parce que nous avons été baptisés et incorporés par un corps vivant. Nous sommes d’une Eglise parce que nous partageons cette foi dans le fait que ce que Dieu donne il ne le retirera jamais. La vie et l’amour qu’il porte à l’humanité sont des dons sans repentance. Ces hommes et ces femmes que nous sommes, partageant avec d’autres l’espérance que je décrivais à l’instant témoignent par leur fidélité dans le corps du Christ que le Christ est bien vivant. Nous sommes son corps.

  Et deuxièmement les croyants que nous sommes témoignent parce qu’ils se rassemblent pour recevoir de lui sa vie dans les sacrements et particulièrement dans l’eucharistie. Les sacrements qui sont tous les signes vivants d’un corps vivant. L’eau, l’huile et le pain sont ces signes qui nous sont donnés parce que le Christ  nous les a partagés. Nous ne venons pas simplement prendre des objets pour nous, des produits, mais nous venons recevoir à travers les sacrements ce que le Christ nous donne, qui est cette vie faite de relations multiples, de luttes pour l’amour et pour la justice, d’espérance partagée, parfois déçue – nous ne sommes pas parfaits – mais d’une foi qui traverse et transforme nos existences, nos cœurs, et nos corps.

  Frères et sœurs n’oubliez jamais cela, soyez des témoins de la résurrection par l’espérance que vous manifestez au quotidien dans toutes les situations que vous vivez, et cela ensemble nous le partageons avec beaucoup d’hommes et de femmes qui ne connaissent pas le Christ même.

  Frères et sœurs, n’oubliez pas que cette espérance que nous partageons avec beaucoup, nous savons lui donner un nom, c’est Jésus vivant qui nous rassemble dans son corps qui est l’Eglise. N’abandonnons pas l’Eglise ! N’abandonnons pas le témoignage que nous donnons ensemble, collectivement, communautairement. Il est essentiel qu’il soit porté dans le monde d’aujourd’hui, par l’Eglise d’aujourd’hui.

 Frères et sœurs, n’oubliez jamais la vie des sacrements, qui n’est pas simplement faite pour vous, pour vous nourrir et pour vous augmenter vous mais pour donner le témoignage de tout ce qui se vit dans notre corps qui est l’Eglise et le signe de Jésus vivant aujourd’hui dans la vie du monde et accompagnant nos démarches, nos façons de vivre, nos façons de parler. C’est cette foi là que nous allons dans un instant redire. La profession de foi pascale, c’est cette foi là que nous allons partager ans l’eucharistie à l’instant.

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