ORDINATIONS DIACONALES

  • Mise en ligne : 30/10/2017
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28 oct : homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Samedi 28 octobre 2017

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 

Lectures : Exode 22, 20-26 ; Psaume 17(18) ; 1 Th 1, 5c-10 ; Lc 6, 12-19.

 

   La liturgie de ce jour d’ordinations diaconales est celle du dimanche, le 30ème, dans l’année, dans le temps de l’Eglise et nous avons cependant choisi d’entendre l’évangile du jour, 28 octobre, fête des saints apôtres, Simon et Jude, bien sûr à cause de l’envoi, du choix des douze, et de l’envoi en mission. Aujourd’hui, ordinations diaconales, le choix des douze n’est pas le même que le choix des sept dans le livre des actes des Apôtres. Mais le geste est semblable, pour vous qui êtes là devant moi, qui allez recevoir dans un instant l’ordination de mes mains.

  Retenons premièrement qu’avant de choisir ses apôtres, le Seigneur Jésus monte sur la montagne, qui est une expression traditionnelle pour désigner le lieu de la rencontre avec Dieu, pour prier. Et c’est en sortant de ce moment de prière qu’il désigne ces douze premiers disciples, devenus apôtres. Ceci signifie qu’avant de prendre une décision lourde de conséquences – les douze vont être à l’origine de l’expansion toute première de l’Eglise – Jésus  se tourne vers son Père et prie, ce que fait un chrétien dans sa vie courante et tout spécialement quand il doit choisir, ce que vous avez fait vous-mêmes. Il se met à se tourner vers le Seigneur, son Père, et il prie.

 Mais ça signifie aussi que vous cinq, vous êtes dans la prière de Jésus. Vous êtes portés par cette prière, la prière de l’évêque qui bien sûr, sur la présentation qui lui en a été faite, les a choisis, la prière de toute l’Eglise, tous ceux qui sont là aujourd’hui avec vous, la prière du Seigneur lui-même. C’est évidemment réconfortant, c’est évidemment une assurance forte qui peut vous habiter aujourd’hui et tous les jours de votre vie, d’être dans la prière du Seigneur. C’est d’ailleurs une espérance et une assurance qui peut réconforter chacun d’entre nous. Nous sommes dans la prière du Seigneur.

        Ensuite Jésus, avec ces douze, redescend de la montagne, « dans un endroit plat », dit l’évangile, dans une version qui peut nous paraître curieuse : qu’est-ce que c’est qu’un « endroit plat » ? Mais c’est un endroit où tout le monde peut aller. Cela veut dire bien sûr, c’est un endroit facilement accessible, à tous ceux pour qui la marche est difficile, au propre et au figuré, tous ceux qui portent quelque handicap, qui leur rend difficile de se déplacer, difficile de s’approcher, mais qui ont pourtant le désir d’aller à la rencontre de ce Jésus qu’ils voudraient pouvoir toucher, approcher. C’est aussi se rendre disponible, aller sur cet endroit plat, à une foule tout entière qui justement va être là, à la rencontre du Seigneur. C’est aussi se mettre à la portée de ceux qui ne montent pas sur la montagne pour aller prier, parce qu’ils ne savent pas, parce qu’on ne leur a pas appris, parce que ce n’est pas spontané, parce qu’ils ont du mal à faire cet effort. A nous de les rejoindre, parce que le Seigneur a le désir de les rejoindre, ceux-là aussi. Voilà ce deuxième enseignement que nous allons retenir.

      Et le troisième c’est ce désir que ces personnes qui font foule, autour de Jésus et des apôtres, ont le désir de toucher Jésus - on voit à d’autres moments de l’évangile, de toucher simplement la frange de son manteau, -toucher Jésus de qui émane une force extraordinaire, une puissance et une présence qui apporte et fait du bien.

      Voilà les trois enseignements que nous retenons.

 

      Ce Jésus, justement, il vous a attirés, comme celui qui dégage cette puissance qui lui vient de Dieu, qui lui vient de son Père, qui lui vient de sa relation avec son Père… Puissance capable de faire du bien, à tous ceux qui l’approchent. C’est lui qui vous a attirés et qui fait de vous aujourd’hui de serviteurs.

       Des serviteurs comme nous l’avons entendu dans les deux premières lectures, des pauvres, des étrangers, des serviteurs du Seigneur, des serviteurs de sa Parole, des serviteurs de la prière.

   Je reprends ces rôles : serviteurs des étrangers. L’émigration est un fait, et c’est un fait qui n’est pas nouveau. Il est attesté dans toute la Bible, et dans ce passage du livre de l’Exode que nous venons d’entendre : « Puisque vous avez été vous-mêmes des étrangers, dit ce texte, ne méprisez pas les étrangers ! » Vous-mêmes vous savez accueillir des étrangers jusque dans votre famille ! Et cela est un geste fort, qui n’entend faire la leçon à personne, ni indiquer de politique à personne, mais apporter seulement du soin, de l’attention, de la présence aimante, remplie de la charité du Christ.

 Serviteurs des pauvres, parce que nous croyons ensemble que ceux qui ne sont pas regardés, ceux qui n’attirent pas l’attention et le respect de leur dignité, ceux qui sont mis sur le côté de la société, ils sont faits pour faire société avec nous ; parce que, nous le croyons, nous sommes tous fils et filles d’un même Père, capables de devenir une seule et même famille, à l’image de ce que Dieu lui-même veut. Et voilà pourquoi l’attention aux plus pauvres est pour nous un signe de la présence du Seigneur. Bien sûr il y a des hommes et des femmes capables de faire vivre cette dignité et cette attention qui ne partagent pas notre foi, mais ils le font eux aussi avec la même certitude que la société à construire est une humanité une.

  S’ajoutent, dans la vie que vous menez – ce n’était pas directement cité dans les Ecritures d’aujourd’hui – l’attention et le service de votre famille,  de la société dans laquelle nous sommes d‘une façon générale et assez particulièrement des entreprises où vous travaillez et de la vie professionnelle que vous servez. De vos familles, c’est clair, la vocation première qui est la vôtre, avant même d’être ordonnés diacres, est d’être attentifs ; aimants, on nous l’a dit tout à l’heure dans la présentation de chacun d’entre vous, de vos familles, épouse et enfants, et plus largement de tout le milieu qui entoure vos familles. Vous les aimez et c’est un signe du service que vous rendez au Seigneur. Et vous mettez en valeur le signe que nombreux ici vous rendez vous aussi à vos familles en les aimant, en les servant.

  Serviteurs dans la vie sociale, c’est parfois la vie associative dans laquelle vous êtes engagés qui va être le motif de votre mission particulière, à chacun d’entre vous. C’est peut-être quelque chose que nous sentons, de nouveau,  mais qui est lié aux formes actuelles de la vie sociale. Etre un serviteur particulièrement dans la vie associative, qu’elle soit sportive, culturelle, éducative, cela est important d’une façon ou d’une autre.

  Et puis serviteurs dans votre vie professionnelle, au nom de votre foi, au nom de l’engagement que vous prenez. Bien sûr les entreprises dans lesquelles vous travaillez ne sont pas faites pour être des lieux de prosélytisme, c’est trop clair ! Mais cela signifie que, pour l’Eglise et pour vous, la vie professionnelle est le lieu d’un service de l’humanité, le lieu d’un service du développement de l’humanité, le lieu d’un service du développement de toutes les personnes qui vivent dans les entreprises et dans leur environnement ; le service de toute une société qui se construit grâce à la vie professionnelle et à l’engagement de chacun.

  Voilà, vous êtes serviteurs des pauvres, des étrangers, de vos familles, de la société, de vos entreprises et de la vie économique.

 

       Vous êtes serviteurs, ai-je dit aussi, de la Parole de Dieu, à travers tout cela. La Parole de Dieu, vous l’aimez. Pour certains d’entre vous vous la fréquentiez déjà habituellement et vous en étiez émerveillés avant même d’entrer en formation au diaconat. D’autres, vous l’avez davantage découverte au cours de cette formation. Mais vous l’aimez parce qu’elle est la Parole, à travers l’Ecriture, d’un Vivant, le Christ, son Père, à des vivants que vous êtes et que nous sommes, et c’est comme cela qu’elle entre dans votre vie jour après jour, une Parole de Vivant adressée à des vivants. Puissiez-vous la faire goûter autour de vous, à beaucoup d’autres, qui ont besoin aussi d’entendre que ce Vivant à l’origine de toute la vie leur parle, leur dit quelque chose. Il les aime, Il les accompagne, Il les soutient !

      Et enfin serviteurs de l’offrande de soi-même, qui passe par la prière. Vous vivrez et vous avez déjà commencé à le faire, votre vie étant rythmée par la prière de l’Eglise. Cette vie de prière, elle signifie profondément que vous reconnaissez que tout ce que vous vivez s’achève toujours en action de grâce pour ce que le Seigneur fait dans la vie que vous vivez vous-mêmes et que vous rencontrez autour de vous. Tout s’achève en action de grâce et en intercession pour que tous ceux auprès desquels vous vous trouvez soient renforcés, ragaillardis et désireux de mener une vie qui soit belle, bonne, marquée par l’amour, remerciant de l’amour du Seigneur, et capable de le partager.

 

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