Ordinations diaconales 2016

  • Mise en ligne : 23/10/2016
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Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Pour les ordinations au diaconat permanent
Arnaud Lot, Dominique Cochelard, Laurent d'Azémar de Fabrègues et Philippe Plichon

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 

   Vous avez peut-être déjà retenu cette phrase que nous avons entendue dans la première lecture : « la prière du pauvre traverse les nuées, tant qu’elle n’a pas atteint son but, il demeure inconsolable. » Cette phrase qui est – je l’ai vérifié – plus courte qu’un tweet mériterait d’être postée parce qu’elle est un commentaire très important de l’évangile que nous avons pu entendre dimanche dernier, c’était l’histoire de la veuve qui finit par obtenir justice du juge injuste et méprisant. La prière de la veuve avait traversé les nuées. Tant qu’elle n’avait pas atteint son objectif cette veuve demeurait inconsolable.

  Mais c’est aussi un beau commentaire de l’évangile que nous venons d’entendre à l’instant, l’évangile du pharisien et du publicain. Comment se fait-il que la prière du pauvre soit bien accueillie par Dieu, soit même préférée par Dieu ?

  Jésus l’explique en opposant de façon caricaturale deux types d’humanité, deux types d’hommes, qui sont évidemment présents tous les deux en chacun d’entre nous. Il y a d’abord celui qui est rigoureux dans sa vie, rigoureux dans l’application de ses principes religieux et des préceptes charitables : il partage dix pour cent de ce qu’il a. C’est donc un homme sérieux, c’est un homme qui fait bien, mais c’est un homme qui sait qu’il fait bien, qui se regarde dans le miroir et qui est content de lui. Il n’a pas besoin que sa prière monte vers le Seigneur. Sa prière, elle est auto-satisfaite. Il sait pourquoi il est content de lui. Il ne compte pas ni sur les autres - il les méprise – ni sur Dieu. Ce qu’il fait il le fait bien, et c’est cela être pharisien, respectueux de la loi de Dieu.

 De l’autre côté le publicain, le collecteur d’impôts, lui, il sait qu’il a mauvaise réputation ; il sait qu’on l’accuse d’être un voleur, puisqu’il collecte davantage d’argent, du moins c’est sa réputation, que ce dont il a besoin pour le donner à l'autorité supérieure, il en garde pour lui, et on l’accuse d’être un malfaiteur, on le regarde de travers, il ne peut compter sur personne, il n’a que Dieu sur lequel il puisse compter ! Il n’a que Dieu sur lequel il puisse compter parce qu’il sait que personne n’a confiance en lui. Et voilà pourquoi sa prière est une prière qui peut traverser les nuées, puisqu’il est un pauvre homme, même s’il est riche financièrement. Il est un pauvre homme, et sa seule richesse vraiment, c’est de faire confiance au Seigneur pour ne pas être jugé, mal jugé. C’est dans l’évangile de Luc que l’on trouvera un peu plus loin l’histoire de Zachée.

   Et puis dans les passages qui suivent l’évangile d’aujourd’hui, qu’on ne lira pas dans les dimanches qui suivent, dans les passages qui suivent Jésus continue cette comparaison. Il met en avant les enfants et il dit : « Soyez comme des enfants, parce que les enfants, eux, ils comptent sur les autres pour grandir, ils comptent sur les adultes pour les faire grandir. Et puis il dialogue avec un riche, et il lui dit : « Débarrasse-toi de tout ce que tu as, débarrasse-toi de toi-même pour pouvoir vivre dans la confiance, pour pouvoir vivre dans un régime différent d’humanité dans lequel on fait confiance aux autres, dans lequel on peut faire confiance à Dieu. »

    Vous quatre, futurs diacres, avec chacun votre épouse, vous avez partagé sur ces lectures d’aujourd’hui. Et vous avez compris et exprimé devant moi qu’il y a bien dans vos vies à vous et dans les vies de beaucoup de ceux qui vous entourent, que vous connaissez, que vous aimez, que vous rencontrez d’une façon ou d’une autre, il y a bien des situations où des hommes ou des femmes sont dans le gouffre, dans le gouffre de la douleur, dans le gouffre de la souffrance, dans le gouffre de l’incompréhension, dans le gouffre d’une misère physique, psychique. Et alors dans le gouffre on fait l’expérience qu’on ne peut que compter sur l’amitié des autres, et aussi sur Dieu lui-même. Vous savez qu’à travers les expériences douloureuses de l’existence, - mais pas seulement ! aussi dans les expériences riches, profondes, et heureuses, - le Christ est capable de donner à chacun d’entre nous cette possibilité d’une rencontre avec lui, et que cette rencontre-là est capable de changer l’existence, de la rendre profondément joyeuse, l’existence, parce que tout d’un coup on a perçu que malgré les solitudes inhérentes à l’existence, même si on est marié, même si on a des enfants, même si on est aimé et qu’on le sait, il y a des moments où on sent la solitude, eh bien il y a la possibilité d’expérimenter la présence du Christ qui rend joyeux !

  Saint Paul l’exprime dans la deuxième lecture que nous avons entendue. Il dit que la rencontre du Christ l’a complètement transformé. Il dit que même quand il a eu la joie de servir le Christ dans le ministère qui lui était confié, il a été en butte à bien des contradictions, bien des oppositions, des soupçons, et que à certains moments – la première fois qu’il a présenté sa défense, dit-il, « personne ne m’a soutenu » - ça veut dire que même dans l’expérience religieuse de la rencontre du Christ il a vécu la solitude, l’isolement, l’opposition ; mais le Christ sera toujours là pour le sortir des griffes du lion, dit-il, pour faire en sorte que cette présence du Christ soit la vraie planche de salut, la vraie présence qui réconforte, qui fait grandir, qui fait avancer sur le chemin même quand il est difficile. Là est la mission de l’Eglise.

  Là est la mission que nous recevons tous, les uns et les autres, pas seulement les ministres, mais les ministres en premier la reçoivent. La mission de témoigner de la rencontre du Christ et de la proposer comme une source de joie. Vos missions diaconales, celles que j’exprimerai tout à l’heure à la fin de cette célébration, sont totalement branchées sur cette mission profonde de l’Eglise, cette mission unique de l’Eglise qui est de faire servir la rencontre avec le Christ comme source de joie pour chacun, parce qu’elle l’est pour vous-mêmes. Et donc, quand on est témoin de la joie, de la rencontre du Christ, on n’a pas beaucoup de moyens à proposer, simplement le témoignage de sa vie, la simplicité de la rencontre, et la capacité de la faire partager autour de nous.

  Témoigner de la rencontre du Christ, il n’y a pas non plus beaucoup d’éléments pour le faire comprendre, autres que ceux que lui-même nous propose. Dans la prière, et vous le vivez, et il n’est pas négligeable que les ministres de l’Eglise soient consacrés à la prière pour tous ceux qu’ils rencontrent, tous ceux avec qui ils cheminent, la prière partagée avec les autres.

La joie de la rencontre aussi à travers la parole de Dieu que vous aimez déjà faire partager à d’autres. Là est la mission qui est la vôtre, qui est la nôtre, et que vous déjà endossée, et que vous allez continuer de faire propager, parce que vous savez que cette parole vous dépasse et qu’elle est capable de toucher des hommes et des femmes indépendamment de vous. Ça n’est pas vous qui êtes l’objet de cette relation mais lui, le Christ à travers sa parole.

 Et puis le compagnonnage, le compagnonnage de service avec les hommes et les femmes que vous rencontrez qui fait que tout simplement parce qu’on est à côté de ceux qui ont vécu cette expérience de la rencontre avec le Christ on est capable de les interroger et de leur dire : « Dis-moi ce qui te fait vivre, dis-moi quel est celui que tu aimes, que tu connais, que tu sers, de telle sorte que je voie que tu es rempli de sa présence ».

 Le service aussi, le service simple, le service réel qui atteste qu’on ne se cherche plus soi-même, mais qu’on est mis à la disposition des autres.

  Et puis encore la vie sacramentelle, qui est une part de votre charge à travers le baptême et le sacrement de mariage notamment. La vie sacramentelle est proposée aux hommes et aux femmes que nous les ministres de l’Eglise nous rencontrons, comme un de ces chemins, et le chemin peut-être privilégié de la rencontre du Christ.

 Et enfin la vie en Eglise : votre ministère de diacre est fait pour vous mettre aux portes de l’Eglise, aux périphéries de la société, dans des milieux où peut-être l’Eglise et le message du Christ ne sont pas immédiatement présents, mais il s’agit de faire goûter que l’expérience de la vie en Eglise est une expérience qui ouvre à cette vraie rencontre. Rencontrer le Christ c’est effectivement avoir dans sa vie de nouveaux espaces, des espaces de liberté, des espaces de confiance, des espaces d’alliance avec lui. Que le ministère que vous allez remplir désormais soit marqué par cette certitude que la rencontre du Seigneur est bien le don le plus beau, le cadeau le plus fort que vous pouvez offrir à tous ceux que vous rencontrerez,  et le Seigneur lui-même fera le reste.

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