Ordinations diaconales 2012

  • Mise en ligne : 28/10/2012
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Dimanche 28 octobre 2012, homélie de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

Nous accueillons avec grande joie la proclamation prophétique que nous avons entendue dans la première lecture. « Poussez des cris de joie ! »  Nous savons que cette proclamation, cette annonce, se répercute de siècle en siècle dans l’histoire du peuple de Dieu. Nous l’avons entendue et nous l’entendons au livre d’Isaïe par exemple : « Consolez, consolez mon peuple ! » quand il est appelé à retourner, après le temps d’exil à Babylone, vers Jérusalem. Et nous l’avons chanté dans le psaume : « Quand le Seigneur ramena nos captifs à Sion, nous étions en grande joie !  » Et cette proclamation, elle continue de siècle en siècle, jusqu’à l’incarnation de son Fils Jésus, le Verbe fait chair, que nous célébrons au temps de Noël. « Le peuple de Dieu qui marchait dans les ténèbres a vu s’illuminer une grande lumière » et ça a été la cause pour lui d’une grande joie. Et cela continue de siècle en siècle après la venue du Sauveur avec la certitude qu’il est là, de telle sorte que le Concile de Vatican II il y a cinquante ans a pu écrire :« les joies et les espoirs, mais aussi les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, sont les joies et les espoirs et aussi les tristesses et les angoisses des fils de l’Eglise ». Ainsi soyez, soyons, tous ensemble, des témoins, des porteurs de la joie qui traverse depuis toujours le peuple de Dieu.

  Mais comment cela se fait-il, et d’où vient-elle, cette joie ? La deuxième lecture que nous avons entendue, tirée de la lettre aux Hébreux, nous le dit : C’est parce que nous sommes attachés par la foi à Jésus. Jésus n’est pas pour nous un grand homme. Jésus n’est pas pour nous un leader ou une idole telle que l’opinion est capable d’en faire, à notre époque particulièrement, mais à toutes les époques, bien sûr. Jésus est le Fils du Dieu qui est attentif à tout homme. Jésus est lui-même attentif à chacun d’entre nous et c’est la bonne nouvelle qu’il nous apporte, que nous recevons. Il est le Fils de Dieu et le Sauveur de tous. Voilà ce qui fonde uniquement, profondément et définitivement notre joie. Soyons donc des porteurs de la joie qui vient du Fils de Dieu qui donne sa vie pour que nous ayons la vie.

    Alors nous voyons comment cela se vit dans l’évangile que nous venons d’entendre, la guérison de l’aveugle. Parce que la joie n’est pas naïve, et que l’espérance n’est pas béate dans notre cœur ! Elle est lucide. Pour être joyeux et pour être rempli d’espérance selon l’évangile, il faut voir clair ! Et voilà pourquoi Bartimée demande à voir.

  Il y a un contraste : dimanche dernier, l’évangile faisait poser à Jésus la même question ; c’était aux fils de Zébédée. Jésus leur disait : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » Et ils voulaient la gloire et le succès. Aujourd’hui, quelques lignes plus loin dans le même évangile, Jésus dit à Bartimée, le fils de Timée, – entre parenthèses vous remarquez que l’on connaît le nom de celui-ci qui a été guéri, c’est assez rare dans l’évangile, c’est parce que manifestement il a été un membre connu des disciples du Seigneur, un membre connu de la première Eglise chrétienne ; voilà pourquoi on connaît son nom – Jésus donc dit à Bartimée : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? », la même question que la semaine dernière. Et lui, Bartimée, il répond : « Que je voie ! », que nous entendons bien sûr dans un premier sens : « Que j’aie les yeux de mon corps ouverts, alors que jusqu’à présent je ne vois pas ». Mais bien sûr nous entendons cette invitation et cette demande : « Que je sois lucide ! Que mes yeux soient ouverts sur le monde tel qu’il est, avec ses souffrances, ses peines, ses douleurs, avec ses beautés aussi, avec éventuellement une bonne vision pour s’apercevoir que même chez les disciples de Jésus on trouve même des obstacles à la proclamation de la bonne nouvelle ! Ce sont les disciples de Jésus qui faisaient taire Bartimée etqui l’empêchaient de s’exprimer. Voilà, Bartimée va devenir non seulement joyeux, mais lucide, capable de comprendre les douleurs de ce monde pour lui annoncer la bonté du Seigneur. Soyons donc des témoins lucides, soyons donc capables de regarder ce monde avec ses détresses, ses attentes, ses besoins, ses désirs pour que nous puissions lui annoncer la bonne nouvelle de celui qui est comme une oasis dans les déserts de nos vies.

Je cite là le message que les évêques réunis en synode à Rome ont écrit ces jours-ci et nous ont fait connaître au terme de trois semaines de réflexions partagées autour du Saint Père. Ils nous invitent à regarder lucidement ce monde et ils nous disent : Dans le monde, nous sommes, comme membres de l’Eglise, invités à vivre des expériences ecclésiales nouvelles, parce que le monde est nouveau, le monde est dans la nouveauté des transformations culturelles que parfois nous avons du mal à déchiffrer, des expériences ecclésiales nouvelles qui mèneront au Christ, lui qui est une oasis dans les déserts de cette vie, comme je viens de le rappeler. Voilà ce que nous devons regarder.

Et dans leur message ils citent un certain nombre des conditions et des lieux dans lesquels nous pouvons être témoins de la joie et de la bonté de Dieu au milieu de circonstances difficiles. Ils citent la famille qui a besoin d'être soutenue, ils citent le travail humain dont les conditions sont parfois difficiles, injustes même, douloureuses pour certains. Ils citent le domaine de la recherche scientifique, ils citent le domaine de la santé et l’attention aux malades et aux souffrants. Tous ces domaines et d’autres seront évidemment particulièrement sensibles aux quatre candidats au diaconat qui sont ici. Ils représentent à leur façon chacun de ces domaines que je viens de citer.Et la mission qu’ils recevront tout à l’heure évoquera avec discrétion et brièveté – mais on comprendra que c’est dans ce monde-là que nous devons nous impliquer – les lettres de mission que je lirai tout à l’heure donc, les impliqueront dans le monde où ils vivent comme des témoins de la joie et de la bonté du Seigneur, au nom de l’Eglise.

   Le message des évêques à la fin du synode dit encore ceci.S’adressant aux cinq continents, aux peuples des cinq continents de ce monde, et plus particulièrement à nous Européens, il dit : Nous vivons, vous vivez, vous Européens, dans un continent fortement marqué par la sécularisation, et le témoignage de la foi reçoit là des conditions particulièrement difficiles ; mais c'est ce monde dans lequel nous sommes, nous Européens et c’est dans ce contexte que nous avons à être porteurs d’une joie forte, lucide et capable d’apporter le signe du Sauveur.

A vous quatre qui allez recevoir dans un instant l’ordination de diacre, et à vous tous qui êtes ici, je le redis : « Soyez joyeux, soyez lucides, et soyez porteurs de la Bonne Nouvelle de Jésus et de la bonté du Seigneur ! »

+ Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

 

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