Ordinations diaconales 2011

  • Mise en ligne : 21/10/2011
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Dimanche 23 octobre 2011, homélie de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, en la Cathédrale Notre-Dame de la Treille.

C’est la troisième de fois de suite dans cet évangile de saint Matthieu, dans ce même chapitre, que Jésus est conduit dans un piège. Nous avons entendu la semaine dernière la question posée à propos de l’impôt, nous n’avons pas entendu le piège suivant concernant la résurrection des morts, et nous entendons celui-ci. La réponse que Jésus donne, aimer Dieu et aimer son frère d’un seul mouvement, nous la connaissons, elle nous paraît une réponse presque naturelle, bien que nous sachions qu’elle ne l’est pas tout à fait. C’est une réponse qui fait appel à la grâce de Dieu même.

Cette réponse nous paraît naturelle et pourtant elle est difficile à vivre, et pourtant elle suscite d’autres interrogations, elle appelle des discernements dans une vie, parce que nous savons bien que aimer, ça n’est pas simplement se laisser emporter par un emballement affectif, même si l’affection a rapport avec l’amour, mais ne le recouvre pas tout à fait. Aimer c’est agir, c’est faire quelque chose, c’est se laisser transformer pour que l’action que l’on a soit porteuse de plus grand que nous.
Cette réponse que Jésus donne à une question qui était habituellement posée aux rabbins de son époque et probablement de toutes les époques pour savoir se repérer et découvrir quel est le plus important parmi les six cent treize préceptes de la loi judaïque, bien sûr, on peut entendre toute réponse à ce sujet donnée par un rabbin - et celle même donnée par Jésus considéré comme un Maître, comme un rabbin -, comme une réponse laxiste ou libérale, c’est-à-dire, « Il y a l’un ou l’autre commandement qui est vraiment supérieur à tous les autres, et puis il y a des commandements secondaires dont on peut s’accommoder d’une façon ou d’une autre… Mais non, la réponse de Jésus n’est pas laxiste, n’est pas libérale, c’est une réponse au contraire radicale ! Et comment est-elle radicale ? Elle est radicale comme la tradition spirituelle va l’interpréter, en général à la suite, et la résumer, j’aime ce résumé personnellement qu’à donné saint François de Sales : « Tout par amour, rien par force » ou par violence. Vous pouvez avoir d’autres références dans l’histoire spirituelle - pensez à la « petite voie d’amour» de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et vous dire approximativement comme elle – peu importe le détail exact- : que ce soit lorsque je fais la vaisselle, que ce soit – et je fais référence aux lectures que nous venons d’entendre, le texte de l’Exode ou la lettre aux Thessaloniciens à l’instant – que ce soit lorsque je rends service aux plus pauvres, aux migrants – vous voyez que l’histoire n’est pas neuve ! – et à tous ceux qui seraient sans domicile par exemple, ou bien lorsque je m’occupe d’argent en considérant qu’il y a un usage juste de l’argent, ou d’économie en considérant que l’économie est au service de l’homme, que ce soit même, et ça c’est la lettre aux Thessaloniciens, lorsque je suis dans la méditation de la Parole de Dieu, dans la prière, dans le désir de l’écouter, tout cela, je suis invité à le faire comme un acte d’amour. Je précise, cela veut dire, si je fais la vaisselle, ce n’est pas pour me faire bien considérer de mon entourage familial, si je sers les plus pauvres, les migrants, les sans domicile ou tous ceux qui sont dans une situation de pauvreté matérielle ou de manque de considération humaine de la part de l’entourage et de la société, ce n’est pas pour me mettre du bon côté de la politique ou du social. Si je m’occupe d’argent et d’économie, ce n’est pas non plus pour me mettre dans une sorte de bienséance et de pensée adaptée à notre époque. Si je vis la méditation, l’écoute de la parole de Dieu, ce n’est pas pour me faire considérer comme un homme pieux et fidèle ! C’est pour me mettre à l’école de l’amour et à l’école du Christ parce qu’il est celui qui vit, lui seul, à la perfection, l’amour de Dieu et l’amour des frères dans un seul et même mouvement. Il ne distingue pas l’un de l’autre. Quand il est à l’écoute de ses frères, c’est par amour de Dieu. Quand il est à l’écoute de Dieu dans la prière, c’est pour être conduit à l’amour de ses frères.

Arnaud, Franck, Jérôme et Nicolas, il est bien clair que vous êtes conviés à cela ! Vous n’êtes pas conviés à vous montrer et à donner de vous une image avantageuse. Vous n’êtes même pas conviés à donner de l’Eglise une image avantageuse ! Vous êtes uniquement appelés à vous mettre à l’école du Christ et à nous aider à nous y mettre, avec vous !
Dans quelques instants vous allez ensemble, puis l’un après l’autre répondre à des questions que je vais vous adresser, concernant le service des pauvres, le service de l’Eglise, le service de la prière, le service de l’eucharistie, l’écoute de la Parole de Dieu et sa distribution autour de vous, l’accueil du don du Christ dans son eucharistie et sa distribution autour de vous. Vos réponses, ce ne sont pas des préceptes qui vous sont imposés ! Ce ne sont pas des lois extérieures que l’Eglise vous rajouterait, ce ne sont pas des engagements légaux ou canoniques qui vous sont demandés, suggérés, et auxquels vous allez répondre… ce sont des indications sur le chemin de votre vie par lequel vous désirez devenir davantage disciples de celui qui aime Dieu en aimant ses frères, de celui qui aime ses frères en aimant Dieu. C’est bien cela que nous sommes venus célébrer avec vous cette après-midi. C’est bien à cela que vous vous engagez véritablement. Si vous avez entendu un jour l’appel du Seigneur, si vous considérez aujourd’hui que c’est la réponse publique à l’appel du Seigneur devant l’Eglise, si vous voyez que aujourd’hui se termine un certain chemin qui vous a conduit jusqu’à cette réponse, et qu’aujourd’hui s’ouvre la suite du même chemin, qui vous conduit à vivre la perfection à travers le ministère de diacre, ça n’est évidemment pas pour être ou paraître mieux aux yeux des autres, mais c’est pour vivre ce service là, parce que, avec vous, nous croyons que c’est le Christ qui nous entraîne, que c’est le Christ qui nous montre le chemin, que c’est le Christ qui nous apprend à aimer Dieu en aimant nos frères et à aimer nos frères en aimant Dieu.
Alors l’ordination que nous vivons aujourd’hui avec vous, l’ordination que vous recevez est, pour l’ensemble de l’Eglise, pour vos familles et vos amis qui sont là, pour tous ceux que vous allez désormais servir, un signe qu’il y a au milieu des hommes Celui qui est capable d’aimer vraiment et qui nous permet de vivre le mieux possible, chacun à notre place, chacun dans notre situation, de croyant, de mal croyant, de baptisé, peut-être de non -baptisé parmi nous, de prêtre, d’évêque, de diacre et de serviteur de l’évangile de bien des façons. Nous savons que en Christ nous avons trouvé celui dont nous voulons être avec vous les témoins jour après jour.

+Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

 

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