Ordination de Mgr Antoine HEROUARD

  • Mise en ligne : 30/04/2017
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Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Dimanche 30 avril 2017,
3ème dimanche de Pâques

Ordination épiscopale de Mgr Antoine Hérouard,
nommé évêque auxiliaire de Lille

Cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille, Lille

 

Cher Antoine, chers amis venus l'entourer pour participer à ce moment capital de la vie de notre Église,

Nous sommes dans le temps de Pâques, nous sommes dans le temps des commencements de l'Église que la liturgie nous fait revivre chaque année et nous entendons l'apôtre Pierre nous remettre au cœur de l'aventure en disant : "Il s'agit de Jésus le Nazaréen, homme que Dieu a accrédité auprès de vous par des miracles, des prodiges et des signes …" Nous ne perdons jamais de vue que ce qui fait notre rassemblement d'aujourd'hui, comme n'importe quelle autre activité de l'Église, c'est ce Jésus qui habite au milieu de nous.

L'apôtre continue de commenter la situation jusqu'alors inédite, celle d'un homme qui était mort et qu'il déclare vivant, dans l'étonnement de la foi chantée déjà par le roi David : "Je voyais le Seigneur devant moi sans relâche, je suis inébranlable, mon cœur est en fête, ma langue exulte de joie." La souffrance, la mort et la résurrection de Jésus, c'est ce qui donne l'espérance d'un monde renouvelé, au milieu même des crises, des violences, des non-sens de l'histoire des hommes.

"Dieu a tellement aimé le monde qu'il a donné son fils unique", dit Saint Jean, et c'est cette phrase évangélique qu'Antoine Hérouard a choisie comme devise, pour donner sens à l'appel qu'il vient de recevoir d'exercer le ministère épiscopal avec moi et pour vous.

C'est le même témoignage, dans un récit qui a une tout autre couleur, que nous livre l'évangéliste Saint Luc. La rencontre improbable, ou simplement anecdotique, d'un voyageur sorti d'on ne sait où et de deux marcheurs désorientés qui quittent Jérusalem après des événements douloureux : le procès expéditif et la mort de leur héros, celui qui allait délivrer Israël de l'emprise politique étrangère, de l'imbroglio dans lequel le peuple était plongé. Pourquoi ces deux disciples ne pouvaient-ils pas reconnaître le souffrant et le crucifié dans l'homme qui s'était joint à eux sur le chemin d'Emmaüs ? Était-il physiquement méconnaissable ? Non, c'était eux qui ne pouvaient pas voir : "leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître", dit l'évangéliste. Leurs yeux étaient tournés vers l'intérieur, vers leur chagrin, vers leur incompréhension, vers l'échec de leur espoir, vers leur communauté blessée, vers leur projet anéanti. On ne dit même pas que leur avenir était bouché, le récit souligne que leur regard était fermé, leur intérêt focalisé sur eux-mêmes : un point c'est tout.

Qu'est-ce qui change la situation, qu'est-ce qui fait bouger ce récit, qu'est-ce qui va enflammer peu à peu le cœur des deux hommes ? C'est la façon de parler de cet inconnu – non pas ses intonations ou ses habitudes de langage – c'est sa façon de faire comprendre ces événements comme des signes de la présence bienveillante de Dieu, y compris dans les situations tragiques, dans la souffrance et la mort. C'est sa façon d'être qui ne s'impose pas : il est prêt à s'effacer, à continuer le chemin sans eux. Il leur faut insister : "reste avec nous !" car déjà nous n'y voyons plus clair quand tu nous quittes. Et c'est surtout sa façon de donner, de ne pas s'intéresser à lui, mais à Dieu et à eux. Son regard à lui n'est jamais tourné sur lui, sur son projet, sur son histoire, mais sur la promesse de Dieu : "comme votre cœur est lent à croire ce que les prophètes ont dit !" Et son attitude n'est pas de passer un bon moment avec eux, mais de leur partager ce qu'il a de meilleur à donner. "Alors leurs yeux s'ouvrirent." Et ils s'en retournent immédiatement à Jérusalem pour annoncer la nouvelle aux autres : ils l'ont reconnu, il est vivant. Il n'est plus question de nuit, comme quelques lignes plus haut. Ce n'est plus l'obscurité qui les entoure, mais la clarté de l'amour qui se donne. Ils peuvent regarder le monde en face, l'histoire qu'ils ont vécue a un sens, qui est dans l'ouverture à autre chose que soi, dans le don de soi-même, dans le relais de la promesse divine, dans l'espérance partagée. Au cœur des drames de l'histoire humaine, au milieu de l'ordinaire de la vie, gisent des puissances de vie, de joie, de construction commune, de pardon, qui ne demandent qu'à se relever, à ressusciter avec la force de l'Esprit de Dieu.

Alors que faisons-nous en ce jour où nous participons à l'ordination d'un évêque ? Nous sommes venus pour entendre de nouveau la proclamation de la résurrection de Jésus qui porte en elle cette espérance que je viens de décrire. Et nous sommes venus pour entendre Antoine, qui vient d'être appelé par le Saint-Père et par l'Église à l'épiscopat, renouveler devant nous cette foi qu'il désire avec nous faire connaître.

Dans un instant, devant vous tous, et à mon appel, il va dire qu'il accepte de recevoir cette charge qui lui est confiée. Car cet honneur qui lui est fait, et pour lequel vous avez eu raison de venir le féliciter, est une réelle charge ; une belle charge, mais une charge, mes frères évêques m'appuient sans réserve, et je sais que vous tous en êtes bien conscients. Beaucoup d'entre vous, vous nous le dites en nous assurant de votre prière. Le Pape François nous y a habitués en nous demandant de prier pour lui, ce n'est pas une formule : priez pour le Pape, priez pour nous, priez pour notre frère Antoine à qui nous allons imposer les mains.

Cette charge, c'est celle d'annoncer, avec beaucoup d'amour, de charité, la foi et l'espérance chrétiennes; elle se transmet fidèlement et d'âge en âge, non pas comme une théorie abstraite, mais comme une rencontre qu'il s'agit de pouvoir discerner. Ce n'est pas une illusion, un fantasme, c'est réel ; mais cela ne se fait pas à n'importe quelles conditions. Il s'agit d'ouvrir les yeux sur le monde tel qu'il est avec ses peines et ses joies, il s'agit de considérer et de faire connaître et aimer la bienveillance de Dieu qui est révélée dans les Écritures. Il s'agit de se laisser porter par un esprit de communion et non de division et de construire un peuple qui soit un vrai signe d'unité, autour du Pape et avec les autres évêques. Il s'agit de se porter à la rencontre des plus pauvres, des plus précaires. Il s'agit d'aller à la recherche de ceux qui vont et viennent, et parfois s'égarent, sur les chemins variés de l'existence. Il s'agit, vous l'entendrez aussi, de prier et d'intercéder pour tous, d'inviter à la prière de confiance, d'action de grâce et de demande.

C'est parce que nous aimons le peuple que Dieu nous confie que nous acceptons cette charge qui nous est faite de le servir en lui annonçant cette bonne nouvelle de la bienveillance de Dieu. Nous aimons ce peuple par amour de Jésus : je veux dire en raison de l'amour de Jésus pour ce peuple, et parce que nous aimons Jésus qui nous aime.

Ce peuple n'est pas tout entier contenu dans cette cathédrale, et ce peuple ce ne sont pas seulement ceux qui fréquentent les églises, régulièrement ou non ; ce ne sont pas seulement les baptisés, ce ne sont pas seulement ceux et celles qui manifestent un désir spirituel qui les apparentent à des chercheurs de Dieu. Parfois nous entendons ceci : oh ! cette personne, vous ne devez pas tellement la connaître, elle ne va pas à l'église … Mais cette personne a un cœur et des projets dans la vie, elle cherche un chemin, elle peut souffrir et se sentir rejetée, méprisée : en tout elle est aimée de Dieu, elle est connue du Christ, elle est aussi habitée par l'Esprit de Dieu. L'amour de Dieu nous presse, dit ailleurs l'apôtre Paul ; il nous presse d'aller rejoindre ceux et celles qui sont simplement sur les chemins. Avec la discrétion de Jésus qui ne s'impose pas, mais se tient toujours proche, toujours prêt à écouter, à soutenir, à encourager, à être en vis-à-vis : il sait s'effacer, il sait se rendre présent.

En ce moment, nous n'assistons pas au rite particulier d'une communauté qui ne s'intéresserait qu'à elle-même et chercherait des adhérents. Nous parlons de la vie de chacun et de l'humanité tout entière. L'évêque est l'évêque de tous, ce qu'il a à entendre, à apprendre et à dire, à faire voir concerne la vie humaine tout simplement. Le concile provincial que nous venons de vivre, dans les trois diocèses de Lille, Arras et Cambrai, nous a relancés dans le goût d'aller vers tous, de sortir de nous-mêmes et de nous porter à la rencontre, dans les lieux de vie et d'engagements. Il est bien dans la mission d'un évêque de susciter ce dynamisme de présence à tous, par la visite dans les quartiers et les villages, dans les familles, les associations et les entreprises. Il le fait parfois lui-même, mais surtout il choisit des baptisés et en fait des collaborateurs : des prêtres, des diacres, des laïcs en mission, des bénévoles ; ce sont des serviteurs de cette rencontre, et il les envoie en mission. Et il n'a de cesse que de jour en jour davantage de baptisés se découvrent disciples du Seigneur pour être missionnaires de l'évangile de la bienveillance de Dieu.

Il fait cela par la visite et l'écoute, par le dialogue et l'enseignement, par la réunion et le synode, par la liturgie et l'invitation à la prière. L'évêque n'est pas fait pour satisfaire une communauté constituée et qui se rassure, il est fait pour tous ; comme l'Église qu'il doit conduire sur ce chemin de toutes les rencontres.

Priez, frères et sœurs, pour qu'Antoine, le frère que Dieu me donne pour m'assister et pour vous servir, garde toujours vif en son cœur ce désir et qu'il ne cesse, avec moi, et avec tous les ministres et serviteurs de l'évangile sur cette terre du Nord aimée, de vous le communiquer.

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