Noël 2017

  • Mise en ligne : 02/01/2018
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Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 24 décembre 2017, minuit.

 Voilà ce Fils que nous attendons, que nous attendions, que nous attendrons, tous les jours de notre vie… Ce Fils qui nous parle d’un Père étonnant. Vous permettrez que, alors que l’Eglise nous a invités à dire la prière du Notre Père avec une légère correction à la sixième demande de cette prière, que je médite devant vous ce soir sur la paternité de Dieu, « Notre Père qui es aux cieux ». Il est question du Fils, il est question du Père, il est question des fils et des filles que nous sommes. Lorsque nous disons « Notre Père » nous devons nous laisser étonner de parler de Dieu de la sorte. Saint Cyprien, évêque de Carthage au 3ème siècle, dans la Tunisie actuelle, disait : « Personne n’oserait jamais parler de Dieu comme un « Père » si Dieu lui-même ne nous avait enseigné à le faire ». On voit bien le retournement extraordinaire que c’est par rapport aux pensées spontanées sur Dieu et aux pensées entretenues par les philosophies et les religions. Voici un Dieu qui n’est pas lointain, voici un Dieu qui n’est pas terrible, voici un Dieu qui n’est pas inaccessible, mais qui au contraire se rend proche et désire être appelé « Père ». Vous vous souvenez de la méditation que le pape François nous a fait faire tout au long de l’année précédente sur la miséricorde de Dieu qu’il définissait comme le mouvement par lequel Dieu s’approche de l’homme. Appeler Dieu « Père » c’est avoir de Lui une image extraordinaire et vraiment nouvelle par rapport à tout ce que l’homme est capable de produire lui-même sur l’image qu’il a de Dieu.

 Ce Père par ailleurs, Jésus lui-même nous enseigne de l’appeler « Notre Père », c’est-à-dire le Père de lui, Jésus, et de nous, ensemble. Voilà que ce Père veut faire de nous ses enfants. Et voilà que ce Père trouve ce moyen étonnant de se faire connaître en envoyant un Fils, son Fils unique, son Fils qui est pour nous l’aîné, son Fils dont Il veut que nous devenions des frères. Il faut s’étonner de cela aussi : un Fils unique et pourtant une multitude de frères. Saint Augustin – c’est cent cinquante ans à peu près après saint Cyprien – dit : « Devant ce Père, le riche et le pauvre sont frères, le maître et l’esclave sont frères, le général et le simple soldat sont frères ». J’ai envie d’ajouter : les parents et les enfants deviennent aussi des frères, à la façon dont Charles Péguy disait : « Et les fils deviendront des hommes mûrs », c’est-à-dire qu’ils rejoindront leurs pères. Les fils et les filles deviennent des égaux de leurs parents parce qu’ils sont ensemble des frères de Jésus Christ et les enfants de Dieu. Par la naissance tout simplement ils sont des frères et des sœurs.

Mais plus encore cette humanité tout entière fraternelle ou appelée à le devenir, Dieu choisit en son sein comme une famille particulière, de ceux qui le croient, qui accueillent cette filiation ; ce sont les croyants qui savent qu’ils peuvent dire à Dieu « Père ». Ce sont les croyants qui savent que tout homme pourrait dire à Dieu « Père ». Ce sont les croyants qui, lorsqu’ils disent : « Notre Père » font une belle profession de foi. Quand nous disons « Notre Père », nous ne disons pas simplement une prière que comme croyants nous adressons à Dieu, mais nous faisons devant nos frères une profession de foi. Nous énonçons que nous croyons que Dieu est l’unique source de toute l’humanité, que Dieu a le grand désir de transformer une humanité éparse et diverse en une famille unique, ouverte à la réconciliation, alors qu’elle sait se diviser, capable de construire alors qu’elle sait détruire.

 « Notre Père qui es aux cieux » : Est-ce qu’il est judicieux de parler de Dieu comme d’un Père à des hommes et à des femmes qui n’auront pas vécu une expérience heureuse de la filiation et de la paternité ? Est-ce que c’est bien de dire à des hommes et à des femmes : Tu es aimé de Dieu comme d’un Père, à ceux qui ont vécu l’échec de la relation familiale, parentale, filiale ? Oui, c’est une espérance de leur annoncer un Dieu qui est ainsi paternel, parce que ce Dieu Père ne tient pas rigueur de tous les chemins de traverse que nous prenons, de toutes les divisions auxquelles nous nous laissons aller, de toutes les insuffisances d’amour qui marquent nos existences. Souvenez-vous de la parabole que nous appelons « l’enfant prodigue », le père qui ne cesse d’attendre, le père qui ne cesse de chercher, de regarder au loin, de faire revenir. Souvenez-vous de la toute petite parabole du père qui avait deux fils, l'un auquel il dit « va travailler à ma vigne » ; il dit oui mais il n’y va pas. L’autre auquel il dit : « Toi, va travailler à ma vigne » ; il dit « non » mais finalement se ravisant il y va. Le Père est toujours capable d’appeler, de faire revenir, de faire grandir. Voilà ce Père dont la volonté d’aimer est faite pour être aussi vive sur la terre qu’au ciel.

« Notre Père qui es aux cieux » : Il n’est pas loin de nous, mais Il nous attire vers Lui, Il nous fait monter sur un chemin et déjà nous avons un modèle dans son Fils qu’aujourd’hui nous accueillons, chantons et célébrons, ce Fils qui fait toujours ce qui plaît à son Père. Et ce qui plaît à son Père c’est de nous emmener aujourd’hui, dès maintenant de cette terre jusqu’au ciel où déjà nos chants – le chant du « Gloire à Dieu » tout à l’heure, le chant de l’alleluia, et le chant de l’évangile – nous ont emmenés.

 Que ce Père nous parle, à chacun d’entre nous, que ce Père soit visible à travers notre foi en son Fils, et que nous en témoignions jour après jour ! En l’appelant « Notre Père » nous professons devant les autres la foi qui est la nôtre et qu’Il nous a donnée : nous sommes ses fils, toute l’humanité, l’humanité tout entière !


Noël, messe de minuit, 25 décembre 2017

LITURGIE DE LA PAROLE

1ère lecture du livre d’Isaïe, 9, 1-6

 Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ; et sur les habitants du pays de l’ombre, une lumière a resplendi. Tu as prodigué la joie, tu as fait grandir l’allégresse : ils se réjouissent devant toi, comme on se réjouit de la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car le joug qui pesait sur lui, la barre qui meurtrissait son épaule, le bâton du tyran, tu les as brisés comme au jour de Madiane. Et les bottes qui frappaient le sol, et les manteaux couverts de sang, les voilà tous brûlés : le feu les a dévorés. Oui, un enfant nous est né, un fils nous a été donné ! Sur son épaule est le signe du pouvoir ; son nom est proclamé : « Conseiller-merveilleux, Dieu-Fort, Père-à-jamais, Prince-de-la-Paix. » Et le pouvoir s’étendra, et la paix sera sans fin pour le trône de David et pour son règne qu’il établira, qu’il affermira sur le droit et la justice dès maintenant et pour toujours. Il fera cela, l’amour jaloux du Seigneur de l’univers !

Psaume 95, Aujourd4hui un Sauveur nous est né, c’est le Christ, le Seigneur !

2ème lecture de la lettre de saint Paul à Tite, 2, 11-14

 Bien-aimé, la grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. Elle nous apprend à renoncer à l’impiété et aux convoitises de ce monde, et à vivre dans le temps présent de manière raisonnable, avec justice et piété, attendant que se réalise la bienheureuse espérance : la manifestation de la gloire de notre grand Dieu et Sauveur, Jésus Christ. Car il s’est donné pour nous afin de nous racheter de toutes nos fautes, et de nous purifier pour faire de nous son peuple, un peuple ardent à faire le bien.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc, 2, 1-14

 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre – ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie. Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine. Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David. Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli. Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune. Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux. L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte. Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur. Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. » Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »

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