Noël 2016

  • Mise en ligne : 25/12/2016
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Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 A la messe de minuit, Noël 2016

 

  Il en a fallu du temps pour que se réalise la promesse de la venue de cet enfant. Il a été annoncé depuis si longtemps, des siècles, il était attendu, l’enfant de la promesse, l’enfant qui, au milieu des meurtrissures du peuple de Dieu annonçait que l’amour jaloux du Seigneur tout-puissant allait s’occuper de ce peuple en lui envoyant un enfant qui régnerait avec l’amour, qui serait un conseiller, un prince de la paix.

   Et voilà que dans l’évangile de saint Luc cet enfant est ainsi accueilli. Il est là, on le reconnaît comme celui qui était annoncé. Il y avait la promesse de l’arrivée d’un enfant, et il y a maintenant l’enfant dont la vie sera de nouveau ou est de nouveau une promesse, la promesse de la lumière et de la paix. Déjà l’annonce de la naissance d’un enfant est une joie dans une famille. Et quand il peut arriver même que des circonstances assombrissent la vie de ces familles, la vie de telle famille, l’annonce de l’arrivée d’un enfant réjouit et remet de la lumière. Eh bien c’est ce qui arrive avec cet enfant qui arrive de la part de Dieu, qui vient au milieu d’eux.

  En entrant dans le monde, dans le monde de notre vie, le Fils de Dieu accepte les aléas de la vie. Il accepte le temps de notre vie. Il accepte les circonstances difficiles, douloureuses, les peines, mais évidemment aussi les joies, les accomplissements. Quand Dieu décide de venir au milieu des hommes, voilà ce qu’il endosse, le temps qui est nécessaire à la maturation. Il lui a fallu tout ce temps pour nous habituer, nous, les hommes, à cette idée qu’il pourrait venir, lui, Dieu, au milieu de nous, et quand il sera là, et maintenant qu’il est là il va suivre les méandres de l’existence humaine ; il va suivre les événements de l’existence avec tout ce qui la compose pour laisser mûrir le vin de l’amour comme dit le pape dans sa belle lettre sur les familles qu’il nous a donnée au cours de cette année 2016.

  Et pour comprendre cette patience même de Dieu on peut faire le parallèle avec nos propres vies, et nos vies de famille. Dans cette belle lettre le pape François – la lettre La joie de l’amour – insiste sur le temps qu’il faut pour faire grandir l’amour dans la vie des familles. Il parle de l’éducation des enfants comme d’un processus au long cours, vous le savez bien, ça n’est évidemment pas nouveau pour vous, mais ça vaut la peine de le redire, un processus au long cours… Il ne suffit pas de vouloir tout encadrer et tout vérifier dans la vie des enfants ! L’abandon n’est jamais sain, dit le pape, mais l’obsession n’éduque pas. Il ne s’agit pas de tout vérifier mais d’accompagner et d’être capable de vivre une relation profonde avec eux qui prend le temps d’accueillir les événements petits et grands qui jalonnent leur existence pour faire grandir l’amour, pour faire grandir la compréhension de la vie. Le pape prend un autre exemple, il dit : la préparation au mariage, ça ne commence pas trois mois ou un an avant le mariage, ça commence dès l’enfance, lorsque l’enfant grandit et qu’il peut percevoir tout ce qui se cache dans l’amour conjugal et parental. Alors il fait déjà cette expérience qui le prépare à accueillir, le temps venu, l’amour qu’il vivra. L’enfant, l’adolescent, le jeune adulte continuent ainsi de se préparer au mariage avant même d’y penser très précisément soi-même. Et le pape ajoute que même les premières années du mariage doivent être accompagnées, accompagnées par l’Église, accompagnées par ceux qui aiment ceux qui se sont mariés, parce que les fragilités sont réelles, que les expériences ont besoin d’être approfondies.

  Le pape aussi dans sa lettre n’ignore pas les crises, les crises de la vie familiale, les crises de l’amour, et il veut les présenter non pas comme cela se dit, se vit trop souvent dans notre monde, comme des échecs de l’amour, mais comme des épreuves de l’amour, comme des moments où il est possible, comme des moments où il est désirable de prendre le temps de l’écoute et le temps de la parole pour fortifier l’amour qui traverse – c’est naturel – des moments difficiles.

 Le pape aussi évoque les peines de la vie familiale, les douleurs, les souffrances, les deuils, tout cela qui évidemment peut aussi arrêter dans l’épreuve la vie de l’amour, et laisser penser que l’amour s’est retiré à cause de cela. Je lis cela souvent dans les lettres des jeunes qui demandent la confirmation. Ils ont le sentiment que l’amour n’existe plus puisqu’ils ont perdu leur grand père, leur grand-mère…

     Alors sans ignorer ni les joies ni les peines de la vie il est nécessaire de percevoir que la vie des familles est ce tissu dans lequel Dieu se mêle, se fait découvrir. Il passe par tous ces événements de nos existences puisqu’il est lui-même un homme au milieu de nous. Il passe par tous ces événements de l’existence, il les comprend, il les enregistre, il les vit avec nous dans la durée et dans la patience. Voilà ce à quoi Dieu s’est engagé.

 Et voilà comment nous pouvons le suivre. Le pape conclut sa longue et belle lettre au sujet de l’éducation, il dit : « dans le monde d’anxiété et de vitesse technologique il y a un devoir important des familles d’éduquer à la patience »  parce que rien ne se fait y compris la maturation de l’amour excessif de Dieu dans notre monde et pour nous, rien ne se fait, rien n’entre dans notre cœur, rien ne peut se transformer en nous sans cette patience que Dieu le premier exerce et qu’il nous invite à vivre avec lui.

  Voilà ce qu’en ce jour de la nativité du Seigneur, devant la crèche, nous pouvons demander, nous pouvons déposer devant le Seigneur : toutes nos impatiences ! nous pouvons déposer devant le Seigneur toutes nos peines, nous pouvons déposer devant le Seigneur tout ce qui fait nos vies personnelles et nos vies familiales et lui dire : « Seigneur, toi qui connais la longueur de nos jours, la lenteur de nos transformations, les aléas de nos existences, toi qui les as vécus, toute une vie, jusqu’à te donner toi-même, tu sais comment il faut accueillir l’amour pour qu’il grandisse, qu’il s’épanouisse, et que nous ne perdions pas courage dans la vie que tu nous proposes, que tu nous donnes, et dans laquelle tu nous aimes infiniment. »

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