Messe de Toussaint

  • Mise en ligne : 02/11/2017
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1er nov : homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Mercredi 1er novembre 2017

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 

 Vous aurez peut-être remarqué dans ces trois lectures que nous venons de proclamer, donc d’entendre, la prééminence du verbe voir. L’évangéliste saint Jean a une vision dans l’Apocalypse dont nous venons de lire un passage. Et puis le même Jean, dans la deuxième lecture évoque ce que nous avons à voir : c’est le fait que nous sommes enfants de Dieu, « Voyez le grand amour que Dieu nous a donné ». Et puis encore dans l’évangile Jésus voit les foules qui se pressent autour de lui, et en les voyant il se met à annoncer le monde qui nous est promis et qui commence dès maintenant par la vie selon les béatitudes. C’est important de regarder le monde dans lequel nous sommes avec le regard aimant de Dieu, qui permet d’avoir cette vision complètement transformée.

Dans l’Apocalypse la vision c’est celle d’un monde dans lequel il y a un chant permanent de louanges, en direction du Seigneur, c’est celle d’un monde où il y a une foule immense, innombrable, d’élus, c’est celle d’un monde qui est tout en gloire et dans lequel on est capable avec espérance et persévérance d’accéder, et que l’on peut annoncer avec fidélité. Voilà l’image qui nous est d’abord donnée. « Je vis » ce monde et il ne faut pas oublier que saint Jean s’exprime devant un tout petit peuple de chrétiens, persécutés, en difficulté, à cause de leur foi. Et lui, dans la foi, il leur dit : « N’ayez pas peur ! Avancez-vous avec assurance, vers ce monde qui vous est promis, vers ce monde renouvelé ! »

Ce monde renouvelé, c’est celui en effet des béatitudes. Un monde qui n’est pas marqué par la puissance et la domination, mais au contraire par la pauvreté et la simplicité de vie, par la recherche de la paix et le désir de la miséricorde, par la capacité de compatir, la compassion envers ceux qui souffrent, et le désir fidèle d’annoncer la justice, c’est-à-dire le respect de tous, tel que Dieu le veut. Et encore avec la même persévérance d’annoncer ce monde et Celui qui nous veut dans ce monde avec assurance et sans craindre d’être contesté, d’être éventuellement incompris, mis de côté. Voilà, ce monde-là, ce monde de la paix, ce monde vers lequel nous nous avançons.

Et enfin la vision que saint Jean développe elle s’appuie – c’est la deuxième lecture - sur le fait que nous ne voyons pas encore clairement mais que nous sommes enfants de Dieu, fils du même Père, frères les uns des autres et destinés à être vraiment l’humanité unique que Dieu désire.
Cela ne se voit pas très bien. On pourrait au contraire croire, en comprenant, en saisissant l’immédiateté de l’actualité, que les hommes sont plutôt opposés les uns aux autres, en conflit permanent, en compétition violente. Mais à y bien regarder, ils sont faits pour marcher sur le même chemin. Ils sont faits pour être ouverts au même avenir, ils sont faits pour être capables de réconciliation, de miséricorde et de compassion, puisqu’ils sont faits de la même nature, puisqu’ils sont faits en réponse au même appel du Seigneur. Voilà vers quoi nous nous avançons.

Mais c’est en vision ; il faut le voir pour le croire. Il faut être capable de se tourner vers le Seigneur pour comprendre cela. Ce monde vers lequel nous nous avançons avec assurance, et avec joie, nous le portons dans la foi, au milieu d’un monde qui ne le comprend pas comme cela. Et nous sommes donc invités à ne pas perdre cette espérance, nous sommes invités à ne pas perdre cette confiance que c’est ce monde-là qui gagnera, le monde non de la puissance et de la domination, mais de la simplicité et de la compassion, de la douceur… « Heureux les cœurs purs ! » dit Jésus, « car ils verront Dieu ». Ceux qui ont le regard capable de voir le monde de cette façon-là, ils ont le regard pur. Ils ont le regard transformé. Ils sont déjà dans la transfiguration du monde. Ils ne croient pas que le monde dans lequel ils vivent soit un monde définitivement condamné à la violence, au désespoir et à l’insuffisance. C’est un monde de la confiance !

Nous n’en rêvons pas, nous le croyons déjà présent dans le monde d’aujourd’hui. Et nous le croyons présent dans le monde d’aujourd’hui, c’est-à-dire que nous nous savons appelés à le faire vivre ainsi. Il se trouve que la vision de saint Jean dans l’Apocalypse est une vision d‘une grande liturgie. D’une liturgie qui réunit le monde entier, qui réunit d’abord les croyants, qui réunit ceux qui voient ce monde-là, mais qui est faite pour les réunir tous dans l’amour de Dieu. Cela donne à nos liturgies, même quand elles sont beaucoup plus modestes que ce que nous entrevoyons dans l’Apocalypse de grandiose, peut-être un peu effarant à nos yeux, ce monde-là nous commençons de le vivre dans nos liturgies même modestes et beaucoup plus simples. La lecture de l’Apocalypse tout à l’heure, soulignée par les phrases de l’orgue, nous l’a montré. Nous sommes déjà transformés, et c’est pour vivre dans la fidélité le chemin qui nous est proposé. Que nos liturgies de tous les dimanches, et celle d’aujourd’hui en particulier, relancent pour nous cette espérance et cette capacité de voir le monde sous le regard de Dieu et le monde tel que Dieu l’aime. Nous sommes enfants de Dieu, cela ne paraît pas encore clairement, mais un jour cela sera tout-à-fait visible à tous, telle est notre espérance, celle que nous célébrons en cette fête de Toussaint.

 

 

 


 

Solennité de la Toussaint, 1er novembre 2017

LITURGIE DE LA PAROLE

 

1ère lecture du livre de l’Apocalypse de saint Jean, 7, 2-4.9-14

Moi, Jean, j’ai vu un ange qui montait du côté où le soleil se lève, avec le sceau qui imprime la marque du Dieu vivant ; d’une voix forte, il cria aux quatre anges qui avaient reçu le pouvoir de faire du mal à la terre et à la mer : « Ne faites pas de mal à la terre, ni à la mer, ni aux arbres, avant que nous ayons marqué du sceau le front des serviteurs de notre Dieu. » Et j’entendis le nombre de ceux qui étaient marqués du sceau : ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des fils d’Israël. Après cela, j’ai vu : et voici une foule immense, que nul ne pouvait dénombrer, une foule de toutes nations, tribus, peuples et langues. Ils se tenaient debout devant le Trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches, avec des palmes à la main. Et ils s’écriaient d’une voix forte : « Le salut appartient à notre Dieu qui siège sur le Trône et à lAgneau ! » Tous les anges se tenaient debout autour du Trône, autour des Anciens et des quatre Vivants ; se jetant devant le Trône, face contre terre, ils se prosternèrent devant Dieu. Et ils disaient : « Amen ! Louange, gloire, sagesse et action de grâce, honneur, puissance et force à notre Dieu, pour les siècles des siècles ! Amen ! » L’un des Anciens prit alors la parole et me dit : « Ces gens vêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d’où viennent-ils ? » Je lui répondis : « Mon seigneur, toi, tu le sais. » Il me dit : « Ceux-là viennent de la grande épreuve ; ils ont lavé leurs robes, ils les ont blanchies par le sang de l’Agneau. »

 

Psaume 23, Voici le peuple de ceux qui recherchent ta face, Seigneur !

 

2ème lecture de la 1ère lettre de saint Jean, 3, 1-3

 Bien-aimés, voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu– et nous le sommes. Voici pourquoi le monde ne nous connaît pas : c’est qu’il n’a pas connu Dieu. Bien-aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, mais ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est. Et quiconque met en lui une telle espérance se rend pur comme lui-même est pur.

 

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu, 5, 1-12a

 En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait. Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage. Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu. Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »

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