Messe de rentrée de l’Université Catholique de Lille

  • Mise en ligne : 14/09/2017
Universite Catho

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille, chancelier de l’Université

Mémoire de saint jean Chrysostome

Mercredi 13 septembre 2017
 

Liturgie de la Parole :
1ère lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Ephésiens, 4, 1-7.11-13
Evangile de Jésus Christ selon saint Marc, 4, 1-10.13-20

              Jésus adresse à ses disciples cette interrogation, il leur dit : « Vous ne comprenez pas, vous ne comprenez pas ce que signifie la parabole, vous ne comprenez pas ce qui se passe, vous ne comprenez pas les événements que nous sommes en train de vivre ! » Nous sommes au premier quart de l’évangile de saint Marc et déjà Jésus a eu, en annonçant la parole, à lutter. Il a été en butte d’abord à ce qui touche la vie de tout homme, la maladie, - il a déjà guéri un certain nombre de gens, dans cet évangile – et il sait que l’évangile, l’annonce de l’évangile, peut se heurter à la contradiction du mal, qui touche l’homme, qui empêche, qui l’enferme, qui le paralyse. Jésus a eu aussi déjà à lutter contre la paralysie, l’hypocrisie et la méfiance permanente de ceux qu’on appelle les scribes et les pharisiens, de ceux qui disent : « Oui, oui, tout ça est bien, mais méfiance, prudence, il faut rester à distance, ce qu’il dit n’est pas si sûr, ce qu’il dit mérite d’être critiqué, ce qu’il dit mérite d’être regardé à la loupe ». Et puis Jésus lui aussi a eu à lutter contre sa propre famille qui dit : « Qui c’est celui-là, qu’est-ce qu’il fait, qu’est-ce qu’il veut, il est de chez nous, vraiment ? Est-ce qu’il sait vraiment où il va ? »

  Voilà, Jésus a déjà fait l’expérience que l’annonce de la parole se heurte à ces types d’opposition, de contradictions et la parabole est une explication de la situation. C’est une façon de lire la situation d’affrontement permanent de la parole de Dieu aux réalités de ce monde, des réalités brutes, brutales, des réalités plus subtiles, celles qui se logent dans notre cœur et qui se tiennent à distance de la parole de réconciliation, de la parole de salut, de la parole de bonheur, de la béatitude qui est annoncée dans l’évangile.

  Quand saint Marc raconte cela, il raconte aussi les difficultés que les premières communautés chrétiennes, la communauté de Rome à laquelle il écrit, sont affrontées, est affrontée. Marc sait très bien que ce qui s’est passé pour Jésus se passe aussi pour les communautés chrétiennes quand elles veulent annoncer l’évangile. Et à l’intérieur des communautés chrétiennes comme à l’extérieur il y a des obstacles qui, également, mettent de l’opposition à l’annonce de l’évangile, qui le rendent difficile. Il y a dans le cœur des hommes qui écoutent à la fois la difficulté qui vient des épreuves qu’ils subissent, mais aussi la méfiance que nourrit leur propre cœur, les interrogations et les scepticismes que leur cœur est capable de développer devant l’annonce d’une bonne nouvelle. Chrysostome, quand il prêche sur cette parabole, je l’ai plutôt trouvé dans saint Matthieu, évoque le fait que ceux qui, ayant entendu la parole de Dieu la refusent, s’empêchent de comprendre ce qui leur arrive et résistent, dit-il. L’évangile fait en effet apparaître, quand il est annoncé en vérité, des résistances qui sont au cœur de l’humanité, au cœur du cœur de l’homme, au cœur de l’expérience qu’il vit ; l’évangile quand il entre dans le cœur de l’homme crée certainement cette possibilité de rejet, parce qu’il vient pour transformer le cœur, il vient pour transformer l’humanité, et la résistance au changement, bien sûr, intervient dans cette expérience de l’annonce de l’évangile.


   Je voudrais mettre ceci en relation avec l’actualité qui concerne l’Eglise et les jeunes. Et je m’adresse à des jeunes mais aussi à des enseignants, à des adultes formateurs, à des enseignants-chercheurs et à tous les cadres de cette Université que vous représentez ce soir.

  L’Eglise invite, s’invite par la voix du pape à réfléchir dans l’année qui vient, jusqu’à octobre 2018 et au-delà sur les jeunes, la foi, et le discernement vocationnel, c’est-à-dire la capacité pour des jeunes à discerner et à être aidés dans le discernement sur leur propre vie, sur ce qui les construira.

  Nous avons commencé d’interroger des jeunes sur ce sujet. Ils ont déjà été plusieurs centaines à donner d’une façon ou d’une autre un avis sur ce projet du pape François de réunir un synode à Rome dans un an sur ce sujet et ils ont exprimé d’une part leur grand désir de construire leur vie sur des fondements solides, sur leur grand désir d’aller comme disait le professeur Pillay1 hier d’aller au-delà de la simple information jusqu’à la connaissance, et au-delà de la connaissance jusqu’à la sagesse. C’est-à-dire utiliser tout ce qui est nécessaire pour construire une humanité, pour construire un homme, une femme, et être capable à la fois de recueillir tout ce qu’on apprend, d’exercer sur lui l’esprit critique et de cela sortir une façon d’être homme, une façon d’être au monde qui construise ce monde et qui lui apporte une bonne nouvelle, qui le fasse grandir, et c’est la prétention même de l’évangile.

  Donc les jeunes que nous avons consulté disent : « Voilà, nous désirons vraiment marcher, ne pas être simplement des gens qui ingurgitent des informations pour éventuellement devenir des consommateurs, mais des gens qui gardent une liberté.»  Mais, disent-ils, devant la multiplicité des choix qui se présentent devant nous, est-ce que nous saurons construire cela ? Et vous pensez peut-être à la semence qui tombe dans les épines. Il y a tellement de possibilités diverses pour étouffer une parole de bonheur, une parole de salut, une parole de vérité, une parole de vie… Il y a tellement de sollicitations que l’on peut être arrêté. Et donc implicitement ils adressent à leur entourage cet appel d’être des témoins qui aident à vivre sur un chemin de construction de soi-même et de l’humanité au milieu de laquelle on se trouve.

  C’est donc cet appel que je répercute devant vous, enseignants de cette université catholique et tous ceux qui contribuent à la formation des jeunes qui sont dans cette Université, que vous puissiez être des témoins, des témoins solides, des témoins dialoguant, des témoins écoutant et parlant, capables d’indiquer non pas le « chemin qu’il faut suivre », mais d’indiquer des éléments de discernement pour grandir, pour marcher, pour construire et pour faire vivre, au-delà de l’information, la connaissance et au-delà de la connaissance, la sagesse, pour le monde dans lequel nous sommes.

  Il s’agit de ne pas se refermer sur les mirages de la vitesse, de la première place, de l’argent ou de la consommation. Voilà les invitations que nous entendons. Une université catholique est certainement bien placée pour aider ce cheminement des plus jeunes. Je fais le vœu que l’enseignement que nous recevons de cette parole d’évangile nous marque et nous mette sur le chemin d’une vie partagée avec les plus jeunes, qui les aide à construire leur propre existence et le monde dans lequel ils s’engagent.


1 Le professeur Pillay est recteur de Hope University Liverpool, université partenaire de la nôtre.

 

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