Messe de rentrée de l’Université catholique en 2016

  • Mise en ligne : 28/09/2016
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Homélie de Mgr Laurent ULRICH

Cathédrale Notre-Dame de la Treille
mercredi 28 septembre 2016, 26è semaine du temps ordinaire

   Nous avons entendu un passage du livre de Job en première lecture. Le livre de Job est essentiellement narratif, même s’il y a sur les quarante chapitres au moins trente cinq chapitres de discours qui parfois laissent perdre le fil du récit. Le passage que nous avons entendu aujourd’hui nous dit la posture, comme on dit aujourd’hui, de Job, celui qui est injustement victime du malheur, celui dont le malheur ne se justifie pas. Celui-ci est présenté, dès le début du livre, comme un juste pour souligner le caractère inconsolable, inexplicable du mal qui l’atteint. Mais dans ce mal qui l’atteint, Job ne profère aucune parole mauvaise à l’égard de Dieu. Job est intrigué, étonné, et c’est le passage que nous avons entendu, devant Dieu, devant sa grandeur, quel est le secret de Job ? Le secret de Job, c’est d’avoir fait l’épreuve, dans son existence, de faire en ce moment l’épreuve dans son malheur, comme il a pu le faire dans son bonheur et dans sa réussite antécédente, l’épreuve de la présence du roc qui est en face de lui, qui est le Seigneur. Qu’il soit heureux ou qu’il soit malheureux, le Seigneur est là ! même si Job se dit : « peut-être qu’il ne m’écoute pas, mais il me répond quand même ». La phrase très étonnante de la fin du passage que nous venons d’entendre, « peut-être qu’il ne m’écoute pas, mais il me répond quand même… » Job fait l’expérience de la présence de ce roc incontournable, indéplaçable, mais certain, d’une présence.

  Dans son malheur il s’interroge : « peut-on accuser Dieu du malheur qui le frappe ? » Difficile de le faire, parce que Dieu a fait la création bonne. Mais peut-on imaginer que Dieu est sans rapport avec ce malheur qui frappe ? C’est difficile aussi, parce que Dieu fait toute chose. Et donc Job comprend dans sa fragilité, dans sa faiblesse, dans son malheur, Job comprend que le Seigneur est présent, avec lui, dans le combat qu’il mène contre le mal. Dieu est son allié. Dieu n’est pas l’allié du mal contre les hommes, c’est le contraire. Quand Dieu est l’allié du mal contre les hommes, c’est le destin, le « fatum » des divinités païennes. Non, le Dieu auquel Job fait confiance est celui qui le rend fort devant l’épreuve et celui qui lui permet de tenir. Il peut s’appuyer sur lui, il peut compter sur cette présence, qui ne disparaît jamais, cette présence dont il fait aujourd’hui l’expérience. Parce que ce Dieu auquel il fait confiance connaît la fragilité de l’homme, connaît la fragilité de Job, connaît la fragilité de ceux qui lui font confiance : il ne les écrase pas dans le malheur. Et l’homme, dans sa fragilité, est capable de faire confiance à celui qui combat avec lui contre le malheur. C’est un grand mystère, mais c’est un mystère d’une vraie présence : celui qui se reconnaît humblement fragile et faible, il peut mettre sa confiance dans celui qui est vraiment présent, et qui le soutient, et qui le fait vivre, et qui lui permet d’espérer, et qui le fait grandir. C’est parce qu’il se reconnaît humble et fragile qu’il peut lutter avec la force de celui qui le soutient dans le malheur et qui le fait vivre dans le bonheur.

Ceci dit en simple écho à la parole du professeur Lambert que nous avons entendue hier soir sur la fragilité et sur cette relation étonnante dans laquelle celui qui combat en se sachant fragile grandit avec celui qui le soutient et ne l’écrase pas.

 

   Sur ce chemin, qui croit à cette présence, voici que se présentent dans l’évangile trois disciples, trois personnes qui ont été appelées peut-être – c’est le cas du deuxième apparemment – ou qui ont été attirées – c’est le cas du premier et du troisième – et qui disent à Jésus : « Nous voulons te suivre ! » Le premier imagine que de suivre Jésus, c’est satisfaisant, c’est confortable. Mais Jésus lui dit, « non ce n’est pas un confort de me suivre, c’est un combat ! C’est une route sur laquelle il faudra être vigilant.» Le deuxième dit : « Permets-moi d’enterrer mon père ! ». Ça c’est un devoir humain, caractéristique. Jésus lui répond : même ce devoir là il passe derrière celui d’annoncer ce que j’ai à dire, d’annoncer ce que je vais vivre avec vous parce que cela concerne tous les hommes. Ne reste pas sur ce que tu as reçu, de la tradition, des pères, avance ! Et le troisième, il dit : « laisse-moi quitter les gens de ma maison », comme s’ils lui appartenaient, ces gens, comme si c’était sa propriété, comme si c’était son bien, son avoir, qu’il lui faut protéger, mettre de côté, pour l’avoir encore. Mais Jésus lui dit : « Avance, ne te retourne pas, accompagne-moi sur le chemin et tu verras où je vais, peu à peu, tu ne le sais pas maintenant, mais tu le découvriras en avançant. »

  Ainsi la présence forte de celui qui nous soutient, la présence du Christ avec lequel nous marchons, elle n’est ni un confort, ni une certitude appuyée sur le passé, ni une certitude appuyée sur l’avoir, mais la présence du Christ est une confiance, la présence du Christ est une expérience, la présence du Christ est une espérance, la présence du Christ c’est la présence d’une personne qui avance, qui marche, qui va sur un chemin, qui conduit vers le Père, qui est celui là même que Job avait trouvé, qui conduit vers le Père qui rend fort dans la faiblesse, qui rend sûr sur le chemin, qui rend assuré de marcher, de rencontrer des obstacles, de lutter contre le mal en nous et autour de nous. C’est une vocation, c’est un appel, c’est une belle assurance… Elle n’est pas toujours facile à vivre, mais c’est une expérience qui nous est proposée, qui vous est proposée à vous tous, à nous tous, notamment en ce début d’année, marqué de tant d’inquiétudes, comme nous l’avons dit au début de cette eucharistie. Augmentons en nous la confiance en Celui qui peut tout !

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