Messe de rentrée des étudiants et jeunes professionnels

  • Mise en ligne : 28/09/2017
evenement etudiant

27 sept : Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Mercredi 27 septembre 2019

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

Dans l’évangile d’aujourd’hui nous entendons quatre notes, quatre remarques, quatre façons que Jésus décerne à ses douze, aux apôtres, quand il les envoie en mission.

     D’abord simplicité de vie, ensuite force dans la confiance en Dieu, qui supplée aux imprévus, et puis ensuite la douceur quand il y a du refus, et enfin les guérisons.

     La simplicité de vie : Jésus dit : « Partez sans bâton, sans tunique de rechange, etc ». Ça signifie une chose qui est encore bien actuelle. N’imaginons pas que nous allons évangéliser, ou plus exactement que ce sont les moyens que nous utilisons qui évangélisent. On peut être tenté par les technologies nouvelles et penser qu’elles vont évangéliser. Evidemment il ne faut pas faire fi des technologies nouvelles, l’Eglise, l’évangile se sont toujours servi des outils de l’époque, et moi-même je me sers simplement d’un micro pour me faire entendre. Il n’y a rien de compliqué à cela. Mais ce ne sont pas ces technologies qui font le travail. C’est évidemment la simplicité de vie et d’exemple qui sont porteurs au mieux de la parole dont nous sommes capables. C’est parce que nous vivons le plus simplement possible que notre témoignage peut être reçu. Il n’est pas l’effet d’une technique, mais simplement il demande que notre vie s’accorde à ce que nous disons et à ce dont nous témoignons.

     Deuxièmement la force de la confiance dans l’œuvre de Dieu, qui supplée aux imprévus. Il dit : « Allez, allez dans les villes et les villages et entrez dans les maisons où on vous recevra ». Rien de plus. Il suffit d’être là avec ceux qui sont là. Il suffit d’être présents dans les quartiers, dans les écoles, dans les universités, dans les entreprises. Il suffit d’être là, parfois de parler, parfois d’écouter. Je dis «  parfois de parler » parce que le pape Benoît XVI avait dit cela dans une de ses encycliques, très belle, il disait : « le chrétien sait quand il faut parler et quand il faut se taire ». Il y a des moments où ce n’est pas le moment de parler, mais le témoignage passe autrement que par la parole. Il suffit d’être là avec les gens qui sont là.

       Ensuite la douceur, quand intervient le refus. Il dit : « Secouez la poussière de vos pieds », ça veut dire : « Partez », et dites : c’est dommage, restez entre vous, mais c’est dommage ; vous ne voulez pas écouter notre parole, parole qui vient d’ailleurs, elle vous ferait du bien ». Mais évitez, évidemment, tous les gestes qui seraient des gestes irréparables et qui empêcheraient une autre rencontre ultérieure. Il ne s’agit pas d’appeler le feu du ciel. A un autre endroit de l’évangile il dit à ses apôtres : «  Non,  nous n’appellerons pas le feu du ciel sur ces villes qui nous ont refusés » parce qu’il faut toujours la possibilité qu’une autre rencontre avec lui soit possible, un autre jour, à une autre occasion.

      Enfin les guérisons. Cela veut dire que la parole de Dieu, l’annonce de l’évangile, est faite pour lutter contre le mal, qui obstrue les vies humaines. Et il s’agit évidemment de participer par l’évangélisation, par l’annonce de la parole de Dieu à la transformation du monde et au recul, autant qu’il est possible, du mal qui empêche la vie.

         Voilà ces quatre indications de Jésus pour l’annonce de l’évangile. Elles valent toujours. Il est clair que la dernière, elle s’applique à merveille à saint Vincent de Paul que nous fêtons aujourd’hui. A partir du moment où il a compris que c’était dans la confiance absolue en Dieu qu’il fallait qu’il se situe pour être un vrai témoin, alors sa vie a fait des merveilles. Sa vie a été remplie de miracles qui ont été faits au bénéfice des hommes et des femmes qui luttaient, qui souffraient dans la vie. Il a été un consolateur extraordinaire et un accompagnateur incroyable, parce qu’il avait suivi, on peut dire à la lettre, les quatre prescriptions que je viens de dire.

     Nous essayons de vivre cela ensemble, en Eglise, avec vous. Nous essayons de faire grandir en vous tout ce qui pourrait vous amener sur le chemin du Christ et de la vérité pour votre vie. Nous essayons tout particulièrement de le faire en cette année où nous préparons – nous avons déjà préparé ensemble – le synode que le pape François a convoqué pour l’année prochaine, juste dans un an, sur, vous le savez, « les jeunes, la foi, et le discernement vocationnel ». Vous savez – peut-être que tout le monde ne le sait pas -  mais vous savez pour beaucoup qu’il y a eu déjà enquête, auprès de vous. Nous avons retenu un certain nombre de choses que vous avez dites. 

   Dans le compagnonnage avec vous nous avons entendu d’abord que vous désirez être de plus en plus formés à l’évangile et à la parole du Christ dont il faut témoigner dans le monde d’aujourd’hui. Et cela est évidemment très nécessaire. Il y a parmi vous des groupes de formation qui font grand effort, il y en a même qui se réunissent toutes les semaines je crois, et c’est important de se dire cela. Dans le monde d’aujourd’hui, complexe, multiculturel, multi religieux, il est nécessaire de pouvoir donner non pas de la puissance à son témoignage comme s’il s’agissait d’écraser les autres, mais de la force humaine et spirituelle, à ce témoignage de vie chrétienne, il a besoin d’être structuré, de se comprendre mieux, et de comprendre mieux le monde dans lequel nous vivons pour lui dire une parole qui soit adaptée aux oreilles d’aujourd’hui, et que cette parole puisse ouvrir les cœurs. Vous avez donc besoin de formation, je vous encourage beaucoup à cela. Je vous invite à suivre et à ne pas laisser de côté cet effort. Vous faites cet effort pour votre formation humaine, intellectuelle, professionnelle, faites-le aussi pour votre vie chrétienne. C’est important. Ne vous contentez pas de vous réunir entre chrétiens pour vous soutenir, aidez-vous les uns les autres à vous former.

     Vous désirez aussi beaucoup vous engager. Vous engager dans la vie de ce monde, vous engager dans la vie de cette Eglise-ci à laquelle vous appartenez, vous désirez prendre des responsabilités dans les paroisses, vous désirez construire avec les autres un monde beau et juste. Nous avons une belle charte de l’engagement pour aujourd’hui, c’est le pape François qui nous l’a donnée, parce que cela concerne vraiment le monde, avec son encyclique « Laudato si' ». Et elle dit combien la justice à l’égard des autres et le comportement respectueux de la nature dans laquelle nous vivons vont de pair. Nous ne pouvons pas accepter que l’homme domine les autres et la nature au point de la détruire. Et nous ne pouvons pas accepter non plus qu’une certaine déification de la nature soit proclamée au détriment de la vie humaine. Donc nous croyons, nous, que l’homme est fait pour vivre des relations justes avec les autres, et des relations justes avec le milieu naturel dans lequel il a été placé par le Créateur, et que le respect des uns et de l’autre, la nature, vont de pair. Et vous pouvez vous préparer à un véritable engagement dans ce sens au bénéfice du bien commun, au bénéfice de la société tout entière que nous formons, et ce sera un effet de votre foi et de votre témoignage dans ce monde.

     Et puis enfin, peut-être avec moins d’insistance, mais certainement quand même avec un désir profond, vous désirez être accompagnés sur le chemin du discernement de votre propre vocation personnelle. Les vocations sont multiples, la vocation baptismale s’accomplit de diverses manières, comme chrétien laïc, dans le mariage ou non, comme chrétien se mettant au service de l’évangélisation comme prêtre ou diacre, comme chrétien se consacrant tout entier au Seigneur dans la vie religieuse. Vous avez besoin de discerner ce qui donnera sens à votre existence, ce qui donnera force et direction, à la vie que vous voulez mener et vous avez besoin pour cela d’être accompagnés, et c’est à cela que nous voulons travailler avec vous.

  Voilà des lignes pour l’année qui vient. Voilà des lignes pour une vie qui désire être témoin de l’évangile à la manière des apôtres. Nous avons entendu la parole du Seigneur. Qu’elle entre en nous et qu’elle nous transforme tous, vous qui désirez être accompagnés, nous qui sommes là avec vous, au milieu de vous, pour cela.

 

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