Messe d'ouverture de la 2e année du Centenaire du diocèse de Lille

  • Mise en ligne : 08/12/2011
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Jeudi 8 décembre 2011, homélie de Mgr ULRICH, archevêque de Lille, en la fête de l’Immaculée Conception, à la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

Quel beau dialogue , quel beau dialogue nous venons d’entendre, et c’est un dialogue de salut , même si la Vierge Marie se trouve elle-même déjà comme nous l’avons dit dans l’oraison, et du fait de sa conception immaculée, sauvée par l’action de son fils pas encore né. Voilà que nous comprenons ce qui se passe dans un dialogue de salut. Ca n’est d’ailleurs pas le tout premier de cet évangile, qui est pourtant à la presque première page de l’évangile de saint Luc. L’évangile de saint Luc commence d’abord par : « Mon cher Théophile, c’est pour toi que j’ai écrit cet évangile ». C’est déjà une attitude de dialogue… Et ensuite c’est la rencontre, l’annonce de la naissance du Baptiste, la rencontre que Zacharie fait avec l’ange du Seigneur. Et voilà maintenant cet échange entre Marie et l’ange du Seigneur.

Que dit ce dialogue ? D’abord : « L’ange du Seigneur fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée appelée Nazareth à une femme promise en mariage, et le nom de la jeune fille était Marie ». L’ange du Seigneur . La relation que Marie commence à vivre avec son Seigneur est une relation environnée de l’amour même de Dieu. Déjà elle sait qu’elle peut être, dans la prière, dans le don d’elle-même, dans l’écoute de la parole de Dieu qu’elle pratique, ce que signalent, à travers toute la tradition iconographique, des statues que l’on appelle « l’éducation de la Vierge » avec sa mère qui lui apprend la relation avec Dieu : Marie est déjà environnée de l’amour du Seigneur. Elle l’identifie déjà, non pas encore dans la parole, mais par son attitude. Puis cet ange lui dit : « Tu es bénie, la grâce du Seigneur est avec toi, tu es comblée de grâces ». Voici que c’est dans cette parole échangée que Marie comprend que rien ne peut se faire sans être une relation de parole, d’écoute. « Comblée de grâces », capable, non par tes mérites, parce que pour l’instant tu n’as encore rien fait, mais tout simplement parce que tu es aimée, tout simplement parce que ce que te dit le Seigneur, c’est que tu peux avancer dans l’existence avec confiance.

Marie le dit, elle est troublée, et l’ange lui dit : « Ne crains pas » , ne crains pas d’écouter, ne crains pas de parler non plus, ne crains pas parce que tu as été choisie. Vous avez tous en tête, nous avons tous en tête ce « N’ayez pas peur » de Jean-Paul II au début de son pontificat. « N’ayez pas peur d’ouvrir la porte au Christ, ce « N’ayez pas peur » repris aussi au début de son pontificat par Benoît XVI, cela veut dire : Ne crains pas d’entrer en relation avec celui qui est tout pour toi, ne crains pas d’écouter ! Bien sûr, nous pouvons être à l’égard de nous-mêmes de temps en temps, même souvent, dans des attitudes d’angoisse, plus ou moins, ne sachant où nous devons aller, ne trouvant pas toujours notre identité, notre raison d’être, notre raison de vivre à certains moments de nos existences ; et puis le monde dans lequel nous sommes peut-être un monde troublant, un monde qui suscite pour nous la peur, eh bien l’ange du Seigneur qui dit l’amour du Seigneur, dit à Marie : « Ne crains pas », parce que tu es entourée d’amour, habitée par l’amour ; il y a en toi, autour de toi, dans toutes tes relations une présence divine, une présence d’amour, une présence qui t’accompagne, et qui est la raison profonde pour laquelle tu ne peux avoir peur ni de toi-même, ni du monde qui t’environne, ni de l’avenir que tu vas vivre, « car tu as trouvé grâce auprès de Dieu, tu vas concevoir et enfanter un fils, qui s’appellera Jésus et il sera appelé le Fils du Très-Haut et il sera grand, son règne sera un règne de paix ».

S’ouvre alors, et c’est la caractéristique suivante du dialogue du salut, s’ouvre alors pour Marie l’avenir. L’avenir que l’on ne peut pas craindre parce qu’il va être comme l’est déjà le présent, habité du Seigneur et habité de celui qui apporte au monde le salut, de celui qui apporte au monde l’avenir, de celui qui apporte au monde le refus d’avoir peur. Parce que tout est don de Dieu, tout ce que nous vivons, tout ce qui nous est proposé est don de Dieu et c’est la raison fondamentale pour laquelle nous n’avons pas peur, ni du présent, ni de l’avenir, et on pourrait dire pas peur non plus que le passé nous encombre. Il nous est ouvert à nous avec le Christ un véritable avenir.
Mais la question rebondit : Marie dit : « Comment cela est-il possible puisque je suis vierge ? » Question normale dans le dialogue avec Dieu, parce que ce que Dieu nous demande peut nous paraître bien difficile à faire, bien difficile à vivre. En effet vous vous dites : « Suis-je capable ? Est-ce que je saurai porter ce que Dieu me demande ? Est-ce que je saurai endosser la vocation de témoin qui est la mienne, est-ce que je ne suis pas trop faible, trop petit, trop incapable, trop maladroit, trop mal cultivé, trop peu connaisseur de la parole de Dieu ? Est-ce que je saurai entrer en dialogue, est-ce que je saurai parler et écouter ceux avec lesquels je vais me trouver ? Est-ce que le monde dans lequel je me trouve va comprendre quelque chose à ce que l’évangile dit ? Est-ce que je ne suis pas un mauvais serviteur ? Est-ce que je ne suis pas insuffisant ? « Comment cela se fera-t-il ? » puisque je ne suis pas assez habité et de la parole de Dieu et du monde dans lequel je suis ? Comment cela se fera-t-il puisque autour de moi personne, semble-t-il, ne pense à Dieu, puisque personne n’imagine qu’il y a un avenir, puisque tout le monde semble complètement englouti par cette civilisation terrifiante de matérialisme, d’individualisme et de tous les ‘–ismes’ que nous sommes capables de repérer lorsque nous analysons le monde dans lequel nous sommes. Suis-je capable ? La réponse c’est : « Bien sûr ». Dieu se sert toujours des hommes tels qu’ils sont. D’ailleurs, ta cousine Elisabeth qui n’est pas plus grande que toi, dont la vie n’était promise, semble-t-il, à aucune fécondité, puisqu’elle était avancée en âge et qu’elle n’avait pas eu d’enfants, voici que sa vie, Dieu l’a regardée aussi, voici que sa vie, Dieu lui a donné une fécondité alors qu’elle ne l’attendait plus… Elisabeth ne méritait pas mieux que toi, mais elle a trouvé grâce aussi aux yeux de Dieu, elle a été aussi transformée par l’amour de Dieu et elle a cru à l’amour de Dieu, elle comme toi vous pouvez croire, et annoncer.

Peu à peu dans le dialogue de Marie avec son Seigneur les préventions tombent. Les difficultés ne s’évanouissent pas, mais elles sont portées dans l’amour du Seigneur et transformées, et voilà que Marie peut dire : « Voici la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon ta parole ! » ce qui veut dire : J’ai discuté, j’ai écouté, j’ai interrogé, mais c’est pour dire et pour comprendre que j‘étais en relation avec toi, mon Seigneur qui m’aime, et donc « me voici, je suis prête, je ne suis peut-être pas capable, mais je me donne à toi pour faire ce que tu attends de moi, pour écouter et pour parler, pour me lancer tout simplement dans cette parole échangée avec toi et avec mes frères. Maintenant je deviens ton serviteur et ta servante ; maintenant je ne suis pas devenue plus savante, je ne suis pas devenue plus capable, je n’ai pas appris tout le catéchisme par cœur pour être capable de répondre à toutes les questions embarrassantes qui peuvent m’être posées, mais j’ai confiance que tu seras avec moi tous les jours et que tu peux être avec moi tous les jours !

Me voici, qu’il me soit fait selon ta parole !» L’avenir est devant moi, l’avenir est devant nous. Voilà comment nous entrons dans cette deuxième année de préparation au centenaire de notre diocèse, en revisitant notre aptitude à dialoguer avec le Seigneur et à dialoguer avec nos frères. Nous le ferons de bien des façons, par ce temps de la visite de la Vierge du centenaire dans nos paroisses et dans toutes nos institutions catholiques ; nous le ferons, en dialoguant avec le reste de l’Eglise de France, dans la grande opération qui s’appelle « Diaconia 2013 » Servons la fraternité. Ce n’est pas le moment de la détailler, mais simplement de la citer. Nous le ferons aussi avec les mille voix qui feront le centenaire et qui chanteront la gloire de Dieu pendant l’année centenaire, l’année prochaine. Mais commençons par rassembler dès maintenant ces mille voix pour dire que nous avons l’oreille et la bouche pour témoigner de ce que le Seigneur est au milieu de nous. Nous n’avons pas à avoir peur ni du présent, ni de l’avenir, ni de ceux qui sont autour de nous, nous sommes simplement avec eux dans un dialogue confiant pour entrer dans l’admiration de ce que Dieu fait pour nous, pour en témoigner et pour nous accompagner les uns les autres sur ce chemin où nous sommes transformés et sauvés.


Fête de l’Immaculée Conception, 8 décembre 2011
LITURGIE DE LA PAROLE


1ère lecture du livre de la Genèse, 3, 9-15.20
Quand l’homme eut désobéi à Dieu, le Seigneur Dieu l’appela et lui dit : « Où es-tu donc ? » L'homme répondit : « Je t'ai entendu dans le jardin, j'ai pris peur parce que je suis nu, et je me suis caché. » Le Seigneur reprit : « Qui donc t'a dit que tu étais nu ? Je t'avais interdit de manger du fruit de l'arbre ; en aurais-tu mangé ? » L'homme répondit : « La femme que tu m'as donnée, c'est elle qui m'a donné du fruit de l'arbre, et j'en ai mangé. » Le Seigneur Dieu dit à la femme : « Qu'as-tu fait là ? » La femme répondit : « Le serpent m'a trompée, et j'ai mangé. » Alors le Seigneur Dieu dit au serpent : « Parce que tu as fait cela, tu seras maudit parmi tous les animaux et toutes les bêtes des champs. Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière tous les jours de ta vie. Je mettrai une hostilité entre la femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa descendance te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon. » L'homme appela sa femme Ève (c'est-à-dire : la vivante), parce qu'elle fut la mère de tous les vivants.

Psaume 97, Le Seigneur a fait pour toi des merveilles, Vierge Marie

2ème lecture de la lettre de saint Paul aux Ephésiens, 1, 3-6.11-12
Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ. Dans les cieux, il nous a comblés de sa bénédiction spirituelle en Jésus Christ. En lui, il nous a choisis avant la création du monde, pour que nous soyons, dans l'amour, saints et irréprochables sous son regard. Il nous a d'avance destinés à devenir pour lui des fils par Jésus Christ : voilà ce qu'il a voulu dans sa bienveillance, à la louange de sa gloire, de cette grâce dont il nous a comblés en son Fils bien-aimé. En lui, Dieu nous a d'avance destinés à devenir son peuple ; car lui, qui réalise tout ce qu'il a décidé, il a voulu que nous soyons ceux qui d'avance avaient espéré dans le Christ, à la louange de sa gloire.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc, 1, 26-38
L’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, à une jeune fille, une vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie. L'ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L'ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. » Marie dit à l'ange : « Comment cela va-t-il se faire, puisque je suis vierge ? » L'ange lui répondit : « L'Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint, et il sera appelé Fils de Dieu. Et voici qu'Élisabeth, ta cousine, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, alors qu'on l'appelait : 'la femme stérile'. Car rien n'est impossible à Dieu. » Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout se passe pour moi selon ta Parole. Alors l’ange la quitta.

 

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