Messe du jeudi Saint 2015

  • Mise en ligne : 02/04/2015
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Jeudi 2 avril 2015, homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille, en la Cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

Au Jeudi saint nous faisons le mémorial de deux gestes, de deux gestes d’importance semble-t-il égale : Nous faisons la mémoire de l’eucharistie, et la mémoire du lavement des pieds, la mémoire de l’institution de l’eucharistie, et, on pourrait dire, la mémoire de l’institution du lavement des pieds. L’eucharistie bien sûr d’abord comme un geste qui sauve dans le droit fil de toute l’histoire du peuple de Dieu, le geste prophétique de Moïse qui appelle le peuple de Dieu à sortir de l’esclavage, l’espérance donnée à ce peuple par Dieu lui-même, et l’espérance conduite par Moïse pour que le peuple retrouve le goût de la liberté et la certitude de l’avenir, qu’il continue de croire que le Seigneur s’occupe de lui, qu’il continue d’expérimenter qu’il peut avec la force qui vient de Lui, être sorti de l’esclavage.

  La mémoire – nous utilisons le mot de mémorial pour dire une mémoire vive et aujourd’hui encore féconde : nous célébrons ce moment exceptionnel, pour nous souvenir qu’aujourd’hui encore nous pouvons vivre avec l’espérance de l’avenir et le goût de la liberté. C’est dans ce fil que Jésus célèbre sa propre Pâque, son propre passage où sa vie est transfigurée, sa vie est transformée parce qu’il la donne, parce qu’il sait, parce qu’il a confiance en son Père qui désire que la liberté de tout homme soit ainsi acquise et que l’avenir de l’humanité ne soit pas compromis par nos échecs et nos refus. Si nous faisons ce mémorial, c’est-à-dire cette mémoire vive et féconde, c’est pour raviver en nous la certitude que cela peut nous arriver et que cela arrive à l’humanité tout entière.

  Nous faisons le mémorial aussi du geste, lui aussi prophétique, du lavement des pieds. C’est le geste par lequel Jésus montre que l’attention fraternelle à autrui sauve l’humanité. Si nous célébrons aujourd’hui en quelque sorte le mémorial de cette institution en refaisant ce geste – et celui qui préside la célébration le fait seul aujourd’hui pour manifester le geste de Jésus, mais il nous invite, Jésus, à nous le faire les uns aux autres. Et en effet, dans d’autres circonstances que celle du Jeudi Saint ou d’une célébration solennelle, ce geste du lavement des pieds peut être vécu par les chrétiens que nous sommes dans des circonstances variées. Il fait partie notamment de la tradition monastique. Chez les moines de la tradition bénédictine et cistercienne, il y a ce geste du lavement des pieds qui se fait à quelques occasions dans l’année, et les frères se lavent les pieds mutuellement. Ils peuvent au cours des siècles parfois en avoir perdu le sens, l’avoir laissé tomber dans la routine, mais régulièrement il revient, il fait partie de la règle de saint Benoît. Je l’ai quelquefois vécu moi-même au cours de célébrations de la parole dans lesquelles les uns les autres, en signe d’humilité et de fraternité, nous étions invités à le vivre. Je l’ai vécu tout particulièrement, et peut-être probablement quelques pèlerins parmi vous l’ont-ils vécu au monastère de l’Unité qui se trouve au pied du mur à Béthléem, qui sépare la Palestine de l’Etat d’Israël. Les sœurs bénédictines qui sont là, de tradition byzantine – quoiqu’elles soient presque toutes originaires d’occident, de chez nous, de France, pour une part -  elles prient et elles vivent ce geste du lavement des pieds à l’accueil des nouveaux pèlerins qui viennent chez elles faire un séjour, et elles le font dans un double sens, d’humilité – celui qui accueille s’agenouille devant celui qui est accueilli – et dans le sens évidemment très fort de la fraternité au-delà du mur qui sépare deux peuples sur cette terre.

 Aussi bien en vivant l’eucharistie qui nous introduit toujours dans le renouvellement de l’existence - son ouverture à l’avenir que Dieu nous prépare - qu’en célébrant ce geste du lavement des pieds qui nous invite à l’humilité, au pardon, à la fraternité, nous entrons dans le mystère le plus profond du Christ, qui vient aujourd’hui encore nous ouvrir l’avenir et nous rendre frères.