Messe en l'honneur des prêtres jubilaires du diocèse

  • Mise en ligne : 25/09/2017
Mains pretre

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Samedi 23 septembre à 11h
Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 Cette fois-ci ça n’est pas dans le premier chapitre de l’Evangile de saint Jean, ni dans la première lettre de saint Jean, mais c’est dans la première à Timothée que nous entendons, que nous lisons cette affirmation : « Dieu, aucun homme ne l’a jamais vu, nul ne peut le voir. » Cette affirmation si étonnante au milieu de nos livres bibliques qui sont faits pour attester la présence du Seigneur, la présence de Dieu au milieu de l’humanité, ça n’est pas d’abord une affirmation métaphysique, ça n’est pas une spéculation, c’est une expérience des croyants, dans le monde. Autour de nous nous mesurons combien cette lumière de la foi qui nous éclaire – dans la nuit ! -  cette lumière est inaccessible à beaucoup de nos contemporains, à beaucoup de ceux que nous rencontrons et aimons. C’est une expérience douloureuse certainement pour les croyants que nous sommes, pour ceux qui ont mis leur vie au service de l’évangile et du Dieu vivant, de comprendre, d’expérimenter chaque jour qu’il y a autour d’eux, autour de nous, des hommes et des femmes qui ignorent tout de ce Dieu qui nous aime et auquel nous avons consacré notre vie. C’est une douleur que ce Dieu soit inaccessible, que cette lumière soit invisible, que cette source de vie soit inatteignable, et que notre expérience de croyants soit à beaucoup illisible. C’est dans ce monde-là que notre témoignage prend sa valeur et sa réalité.

   Nous nous appuyons pour vivre et pour croire sur le témoignage des apôtres. Nous savons comment il s’est répandu au long des siècles et sur la terre entière, progressivement. Nous nous appuyons sur ce témoignage dont nous savons qu’il s’est transmis, qu’il se transmettra, même si, au cours de l’histoire, des zones entières qui avaient été évangélisées ont perdu cette lumière de la foi. Mais nous savons que l’Esprit de Dieu travaille au cœur de cette réalité là.

  Nous nous appuyons surtout – et c’était dans la première lecture – sur le témoignage même de Jésus. Le témoignage des Apôtres rapporte le témoignage de Jésus. Devant Pilate, dit l’apôtre, devant la mort, Jésus dit sa foi, son espérance, sa confiance en Dieu son Père, qui est toujours avec lui, qui travaille sans cesse, et qui conduit Jésus et l’humanité tout entière à la vie, à la lumière, à la résurrection. Nous nous appuyons sur ce témoignage. Et nous le faisons jour après jour, en regardant, en contemplant le Christ crucifié, puisque c’est dans la croix qu’il donne ce témoignage de la confiance en Dieu, ce témoignage de l’espérance indéfectible au-delà des nuits du doute et de la mort. Nous nous appuyons sur le témoignage du Christ que nous regardons en croix parce qu’en même temps nous savons que le crucifié est ressuscité, et que le ressuscité, c’était ce crucifié là.

    L’évangile que nous venons de lire au chapitre vingt-et-unième de saint Jean, c’est un évangile de résurrection. Pierre découvre celui en qui il a mis sa confiance vivant après la mort. Pierre entend alors au cœur de son expérience d’un homme si fortement attaché à Jésus, croyant en Jésus, il découvre au cœur de cette expérience la question de Jésus « M’aimes-tu ? » Il la prend certainement comme une mise en cause de lui, une mise en cause de son abandon au moment de la croix. Mais sa réponse est surtout une réponse d’amour : « Tu sais tout, tu sais bien que je t’aime ! » Voilà ce que Pierre répond. Au milieu du doute, au milieu de la nuit, la lumière la plus forte, c’est un acte d’amour, c’est une réponse apportée à l’amour de Jésus pour lui, c’est une réponse qui sonne comme un cri. Un cri d’amour. Une réponse dont on peut dire qu’elle est comme excessive, étonnante, elle nous remue. Et c’est la réponse qu’avec nos faiblesses, nous, prêtres et diacres, ici présents, les jubilaires tout particulièrement mais les autres qui leur sont associés et nous tous aussi, c’est la réponse que nous faisons, c’est un cri d’amour au Seigneur.

   Bien sûr cet amour pour le Seigneur se traduit, se répand, s’étend à l’amour des frères et des sœurs rencontrés sur le chemin. Nous aimons nos frères et nos sœurs à travers l’amour que nous portons à Jésus, nous aimons Jésus à travers l’amour que nous portons à nos frères et nos sœurs rencontrés tout au long des années de notre ministère, tout au long de notre vie de baptisés. Il n’y a pas d’autre réponse que celle-là : un cri d’amour !

   Nous savons que nous sommes faibles, et fragiles, que nous n’aimons pas nos frères avec assez d’attention quotidienne, que nous sommes capables aussi d’infidélités, d’insuffisance dans le pardon, d’insuffisance dans la façon d’accompagner, d’aider, d’être avec, mais nous mettons tout notre amour à cela. Et nous savons que nous nous engageons dans l’amour du Christ, et dans le service de nos frères, tout uniment, cela va ensemble. Nous connaissons nos faiblesses mais nous savons aussi l’amour qui nous lie au Christ et qui justifie tous nos engagements depuis le début et jusqu’à la fin de notre vie.

  Avant-hier c’était la fête de saint Matthieu ; nous avons lu dans les lectures du bréviaire le commentaire de Bède le Vénérable, qui a donné au pape François sa devise, « miserando atque eligendo », « Jésus le regarda avec un regard qui lui faisait miséricorde et qui le choisissait ». Nous sommes évidemment très reconnaissants au pape François d’avoir mis en valeur avec cette devise le regard miséricordieux de Jésus sur chacun d’entre nous avec lequel il nous a choisis pour le servir, pour l’aimer, pour l’aimer avec vous, nos frères, et tous ceux que nous avons rencontrés et rencontrerons. Qu’il nous soit donné d’y être fidèles !

 


Samedi 23 septembre 2017, dans l’action de grâce avec les jubilaires

LITURGIE DE LA PAROLE

1ère lecture de la 1ère lettre de saint Paul à Timothée, 6, 13-16

    Bien-aimé,  en présence de Dieu qui donne vie à tous les êtres, et en présence du Christ Jésus qui a témoigné devant Ponce Pilate par une belle affirmation, voici ce que je t’ordonne :    garde le commandement du Seigneur, en demeurant sans tache, irréprochable jusqu’à la Manifestation de notre Seigneur Jésus Christ.    Celui qui le fera paraître aux temps fixés, c’est Dieu, Souverain unique et bienheureux, Roi des rois et Seigneur des seigneurs ;    lui seul possède l’immortalité, habite une lumière inaccessible ; aucun homme ne l’a jamais vu, et nul ne peut le voir. À lui, honneur et puissance éternelle. Amen.

Acclamez le Seigneur, terre entière, servez le Seigneur

dans l’allégresse, venez à lui avec des chants de joie !

Reconnaissez que le Seigneur est Dieu : il nous a faits

 et nous sommes à lui, nous, son peuple, son troupeau.

Venez dans sa maison lui rendre grâce, dans sa demeure

chanter ses louanges ; rendez-lui grâce et bénissez son nom !

Oui, le Seigneur est bon, éternel est son amour,

sa fidélité demeure d’âge en âge.

Psaume 99, Allez vers le Seigneur parmi les chants d’allégresse

Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean, 21, 15-19

   Quand ils eurent mangé, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment, plus que ceux-ci ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes agneaux. » Il lui dit une deuxième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu vraiment ? » Il lui répond : « Oui, Seigneur ! Toi, tu le sais : je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le pasteur de mes brebis. » Il lui dit, pour la troisième fois : « Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? » Pierre fut peiné parce que, la troisième fois, Jésus lui demandait : « M’aimes-tu ? » Il lui répond : « Seigneur, toi, tu sais tout : tu sais bien que je t’aime. » Jésus lui dit : « Sois le berger de mes brebis. Amen, amen, je te le dis : quand tu étais jeune, tu mettais ta ceinture toi-même pour aller là où tu voulais ; quand tu seras vieux, tu étendras les mains, et c’est un autre qui te mettra ta ceinture, pour t’emmener là où tu ne voudrais pas aller. » Jésus disait cela pour signifier par quel genre de mort Pierre rendrait gloire à Dieu. Sur ces mots, il lui dit : « Suis-moi. »

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