Messe d'envoi en mission des chefs d’établissements catholique et des animateurs en pastorales

  • Mise en ligne : 19/09/2017
Envoi en mission

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

   Peut-être ne voyez-vous pas un grand rapport entre ces trois lectures et le geste que nous allons faire tout à l’heure d’envoyer en mission des serviteurs de l’évangile ? Mais il n’est pas très difficile quand même de mettre cet enseignement et cette pratique que nous allons avoir, ensemble.

   Dans le livre de Ben Sira – deux cents ans avant Jésus à peu près – « le Sage » commence par dire : « ce n’est pas la peine d’accumuler la rancune, la haine, la colère, contre son frère, Dieu se venge ! » Aujourd’hui, peut-être instruits par les sciences humaines nous disons : « celui qui laisse la vengeance, la colère habiter son cœur se fait du mal à lui-même  et il s’inflige à lui-même cette vengeance, il se fait du mal». Mais le Sage, Ben Sira, va beaucoup plus loin, et pour aller au bout du texte dit : « Souviens-toi de l’alliance du très Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas ! » C’est beaucoup plus important que la première sagesse, «  ne te fais pas de mal avec la colère et la rancune », c’est : « quand tu vois, quand tu connais l’alliance de Dieu, alliance extraordinaire, alliance incroyable, quand tu connais cette alliance de Dieu avec les hommes, pourquoi perds-tu ton âme dans des broutilles de conflit avec ton frère ? Oublie cela, tu es tellement aimé, qu’il ne vaut vraiment pas la peine de se disputer avec ton frère ni de garder au fond de toi colère et rancune ! » Il y a une disproportion entre l’amour de Dieu révélé, connu, et nos petites affaires de haine recuite… Une disproportion !

 Saint Paul ajoute une note à ceci. Dans les premières communautés chrétiennes, spécialement dans la communauté de Rome vers laquelle il se rend, il entend dire qu’il y a des chrétiens qui, probablement habités par des pratiques ritualistes très fortes, suivent des prescriptions alimentaires religieuses, d’autres qui ont des pratiques qui mettent à part certains jours, pour des raisons religieuses, et d’autres qui se moquent de tout cela, et qui disent, « c’est des enfantillages », et ils se moquent des premiers, et Paul leur dit : « que vous fassiez comme ceci, que vous fassiez comme cela, c’est finalement un détail à côté du salut que Dieu est venu nous apporter en Jésus. Nous ne vivons pas pour nous-mêmes mais pour le Seigneur, et donc les prescriptions que suivent les uns, ou l’oubli des prescriptions de ce type, de second ordre, que ne suivent pas les autres en se moquant des premiers, cela n’a pas d’importance, eu égard à l’immensité du don de Dieu en Jésus ! Nous ne vivons pas pour nous-mêmes, nous vivons pour le Seigneur qui a donné sa vie pour nous. Il y a une disproportion entre le salut que Dieu apporte à l’humanité en Jésus et les sottises auxquelles nous nous attachons, en profitant pour nous moquer les uns des autres.

  C’est le moment de citer la phrase de saint Augustin, que vous connaissez déjà certainement, relayée par saint Bernard, par saint François de Sales et bien d’autres, «  la mesure d’aimer Dieu c’est de l’aimer sans mesure » ! Ça veut dire : «  Lui Il nous aime sans mesure » Et nous, notre façon d’être, notre façon de l’aimer, ne se comptabilise pas dans des détails de pratique ou dans des détails de conflits fraternels.

 

   L’évangile insiste beaucoup là-dessus. Trois petites notes que je mets en avant de cet évangile.

 La première c’est que c’est la conclusion, au chapitre 18 de saint Matthieu du grand discours que Jésus a adressé à ses disciples comme première communauté. Et l’évangéliste a rassemblé en quelques chapitres des conseils ou les ordres que Jésus donne à ses disciples quand ils forment une communauté, pour qu’ils soient vraiment des frères. Donc il s’adresse à nous, qui sommes ici ! A nous qui sommes en communauté chrétienne aujourd’hui, à nous qui sommes la communauté de ses disciples. C’est donc pour nous-mêmes que cet évangile est écrit. Nous ne pouvons pas passer à côté !

  Deuxièmement entre les chiffres que vous avez entendus là aussi il y a une disproportion. Peu importe la taille, peu importe ce que cela représente, mais tout le monde voit la différence entre soixante millions et cent. La disproportion : soixante millions, il paraît, disent les exégètes, que c’était le revenu du roi Hérode pendant dix ans, donc on n’imagine pas un serviteur capable de rembourser une dette pareille. Cent, cent deniers, cent pièces d’argent, c’est le salaire de cent journées d’un ouvrier agricole. C’est beaucoup, un tiers d’année mais ça n’a rien à voir avec dix ans de revenus. Il y a une disproportion. C’est donc le même enseignement que nous entendons, entre ce que le Seigneur nous donne et d’une façon claire ce que nous devons à l’amour du Seigneur et ce que nous nous devons les uns aux autres… De cent à soixante millions, aucun rapport, disproportion.

  Et puis, troisième note, il y a des amis, des compagnons du premier serviteur qui devait soixante millions qui sont offusqués par sa conduite à l’égard de l’autre compagnon, l’autre serviteur. C’est-à-dire que la conduite qui consiste à rester sur des petites affaires entre nous eu égard à la grandeur du don de Dieu, cette conduite là est scandaleuse pour ceux qui nous regardent, elle est un contre-témoignage.

   Alors le message est clair. Mes amis, nous les évêques, vous les prêtres et les diacres, vous les laïcs qui allez recevoir mission, nous tous ensemble, nous avons une mission, et c’est la même, c’est faire connaître et faire comprendre la disproportion de l’amour de Dieu à l’égard de l’humanité et la petitesse de nos conflits en regard de ceux là, à l’intérieur des communautés chrétiennes, mais aussi, évidemment à l’extérieur. Si nous sommes porteurs de paix, porteurs surtout, et c’est notre grandeur, notre vocation et notre dignité, de la miséricorde de Dieu pour l’humanité tout entière, alors si nous sommes cela, nous remplissons notre rôle. Notre mission à nous tous c’est d’être témoins de la miséricorde et d’acheminer nos frères vers le pardon. Reconnaître que Dieu nous pardonne, reconnaître que Dieu nous fait grâce, reconnaître que Dieu nous entraîne sur un chemin de transformation de tout nous même, et de toute l’humanité, c’est une grande vocation parce que c’est une grande histoire.

 Bien sûr les prêtres sont faits pour accorder le pardon que Dieu donne et signifier sacramentellement sa miséricorde. Mais tous, tous les serviteurs du Christ, et principalement ceux qui ont reçu mission, sont faits pour acheminer les frères vers cette demande de pardon et vers cette considération de la miséricorde du Seigneur. Qu’il en soit ainsi parmi nous !


23ème dimanche ordinaire, 17 septembre 2017

Envoi en mission des agents pastoraux

LITURGIE DE LA PAROLE

1ère lecture du livre de Ben Sira le sage, 27, 30- 28, 7

Rancune et colère, voilà des choses abominables où le pécheur est passé maître.    Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ; celui-ci tiendra un compte rigoureux de ses péchés.    Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis.    Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme, comment peut-il demander à Dieu la guérison ?    S’il n’a pas de pitié pour un homme, son semblable, comment peut-il supplier pour ses péchés à lui ?    Lui qui est un pauvre mortel, il garde rancune ; qui donc lui pardonnera ses péchés ?    Pense à ton sort final et renonce à toute haine, pense à ton déclin et à ta mort, et demeure fidèle aux commandements.    Pense aux commandements et ne garde pas de rancune envers le prochain, pense à l’Alliance du Très-Haut et sois indulgent pour qui ne sait pas.

Psaume 102, Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour

2ème lecture de la lettre de saint Paul aux Romains, 14, 7-9

  Frères,    aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même :    si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur.    Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu, 18, 21-35

    Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander : « Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois ? »    Jésus lui répondit : « Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois.    Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs.    Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent).    Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette.    Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.’    Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette.  Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : ‘Rembourse ta dette !’    Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai.’    Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.    Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé.    Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : ‘Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié.    Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?’    Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait.    C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

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