Messe chrismale 2015

  • Mise en ligne : 31/03/2015
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Mardi 31 mars 2015, homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille lors de la messe Chrismale, Cathédrale Notre-Dame de la Treille.

Vous avez entendu que dans la lettre aux Hébreux, c’est-à-dire dans les premières générations de chrétiens, on est déjà obligé de rappeler aux chrétiens qu’ils doivent ne pas oublier d’ «aller à l’assemblée », comme certains en ont déjà pris l’habitude, dit ce chapitre 10 de la lettre aux Hébreux. Dès les premières générations il faut dire aux chrétiens : « N’oubliez pas de venir à l’assemblée ! », « N’oubliez pas de venir à l’Eglise, n’oubliez pas de rejoindre l’assemblée chrétienne ! »

  Le psalmiste dont nous avons entendu le chant tout à l’heure disait « une chose me touche, une chose que je désire, c’est d’habiter ta maison, Seigneur ». « Habiter la maison du Seigneur », est-ce que c’est venir dans le Temple, y passer sa journée, est-ce que c’est venir à la synagogue écouter la parole de Dieu, est-ce que c’est venir à l’église ?

   Le Seigneur par la voix de son prophète dans le livre d’Isaïe, alors que les Hébreux peuple de Dieu espéraient revenir de la captivité de Babylone et attendaient le retour dans le Temple, le Seigneur dit : « Mes pensées ne sont pas vos pensées. Il vous faut revenir à moi, mais il y a loin entre ce que vous vous désirez et ce que moi je souhaite pour vous ».
 Bien sûr, aller à l’assemblée, retrouver le peuple qui s’assemble pour rendre grâce à Dieu, ne suffit pas.

   Mais pourtant dans l’évangile, nous voyons Jésus au milieu de l’assemblée dans la synagogue, respecter la pratique de ses coreligionnaires,  et être au milieu d’eux le jour du sabbat, pour le culte, pour l’écoute de la parole et pour la commenter.

     Et donc il faut bien aller au Temple, à la synagogue, dans l’église rejoindre l’assemblée. Mais cela ne suffit pas ! Il s’agit d’être à l’écoute de la Parole de Dieu : « Mes pensées ne sont pas vos pensées ». Il s’agit de se souvenir comme dans la lettre aux Hébreux que le véritable sanctuaire c’est Jésus lui-même qui se donne par son sang. A travers le geste de rejoindre l’assemblée il ne faut pas oublier que le plus important c’est de percevoir le Christ qui est présent, mais qui se donne.

  Et bien sûr dans l’évangile nous avons entendu que la Parole de Dieu, celle que proclame Jésus au milieu du peuple, c’est la parole qui annonce la vraie libération des hommes, la vraie liberté que lui réalise. Il réalise la promesse que Dieu a faite à son peuple de le rendre libre. Voilà ce qui nous est proposé comme chemin : Venir à l’assemblée pour écouter la parole de Dieu et pour la mettre en pratique. Dans le monde tel qu’il est ! Dans le monde qui nous entoure, dans le monde que nous connaissons …

  Ce monde nous savons qu’il est traversé de désirs bien paradoxaux. De désirs bien contradictoires qu’il ne nous est pas toujours simple d’identifier. J’en veux pour preuve en ce moment, dans notre société française et au-delà probablement, le débat auquel nous sommes sommés de participer sur la laïcité. Ce débat n’a pas l’air de nous concerner directement parce que manifestement il est fait en direction de la présence de l’islam dans notre société, mais il rejaillit sur nous. Mais il rejaillit sur l’ensemble des croyants qui se sentent mis à l’écart, qui se sentent montrés du doigt bien sûr. Mais ce débat, le plus important c’est qu’il trahit des désirs paradoxaux. Bien sûr tout le monde a le désir de répondre à la quête de sens qui habite son existence, et tout le monde a le désir je crois d’entendre des paroles qui disent quelque chose du sens de la vie, de la liberté, de la recherche du bonheur, et en même temps on sent que ces aspirations là ne peuvent pas s’exprimer, trouvent difficilement leur chemin dans la société où nous sommes, et nous le regrettons, et nous nous disons : « Comme il est dommage que l’on nous pousse à ne pas pouvoir proposer, sans imposer, des chemins de liberté, des chemins de paix, des chemins qui permettent aux hommes d’avancer véritablement, qui permettent aux hommes de trouver un sens à leur existence ». Eh bien je crois, au milieu de ces aspirations que nous devons bien comprendre comme paradoxales, contradictoires, que nous pouvons quand même donner notre témoignage.  

  Je me permets de penser que dans les circonstances présentes de la vie de nos Eglises, de notre Eglise diocésaine, de nos Eglises des trois diocèses de la région, nous pouvons indiquer un chemin libre, et librement. Nous avons vécu ce synode provincial, et nous l’avons vécu comme un signe d’espérance qu’il est possible d’annoncer et de proposer la foi dans la société actuelle. Nous l’avons vécu avec cette espérance particulière. Ceux qui ont été membres du synode, qui sont membres du synode savent que dans notre assemblée de deux cents personnes – autant d’hommes que de femmes d’ailleurs – il y avait au milieu de nous l’évangile dans la maison diocésaine de Merville, l’évangile qui présidait à notre rassemblement, l’évangile qui trônait au milieu de nous pour que nous cherchions à entendre sa voix.

   Ceux qui ont fait l’expérience du synode savent aussi qu’ils ont cherché la volonté du Seigneur en s’écoutant les uns les autres. Chacun y mettait peut-être de la passion à défendre quelque chose à quoi il croyait et qu’il avait envie de faire avancer, mais chacun a fait l’effort d’être à l’écoute des autres, pour se laisser transformer. Nous avons grandi comme une assemblée qui désirait se mettre à l’écoute de la parole du Seigneur, et qui désirait ne pas garder pour elle-même ce qu’elle était en train de vivre.

 Parce que, dûment instruits notamment par  la parole du pape François, nous avons pensé que la vie de l’Eglise n’était faite que pour aller au dehors, pour aller vers ce que le pape François appelle les périphéries existentielles de notre monde, c’est-à-dire vers ceux qui n’ont pas entendu parler de l’évangile, vers ceux qui en ont peut-être entendu parler mais ne savent pas pourquoi il serait bon pour eux, vers ceux qui attendent des paroles de consolation, de paix, de justice, et de fraternité. Voilà ce que nous avons vécu dans ce synode qui va nous permettre, je l’espère, à nous, l’Eglise diocésaine, de nous laisser transformer, de laisser monter en nous le désir de partager l’évangile.

   Je crois qu’il y a une deuxième circonstance importante pour nous aujourd’hui qui manifeste la liberté de l’évangile mais dans notre vie et dans nos cœurs. C’est l’invitation que nous avons reçue à dédier cette année à la vie consacrée. Les consacrés, les religieux, les religieuses, le pape leur a écrit – il est lui-même un religieux jésuite – le pape leur a écrit le 21 novembre au moment d’ouvrir l’année de la vie consacrée, et il leur a dit : « Ce que vous vivez – ce que vous vivez ! – dans vos communautés religieuses, cela peut être signe, cela doit être signe, dans le monde où nous vivons. Signe du don de soi-même, alors que nous avons plutôt souvent des exemples d’accaparement de richesse pour soi, d’accaparement des projecteurs sur quelques idoles médiatiques. Non, la vie religieuse nous ouvre au don de soi. La vie religieuse, elle nous ouvre à la vie fraternelle, alors que nous savons que notre monde est traversé de violence et de division. La vie religieuse est faite pour manifester la gratuité, alors que dans ce monde tout se paie. La vie religieuse est faite pour manifester l’ouverture non seulement vers les périphéries existentielles, mais vers une vie qui trouve sa source ailleurs qu’en nous-mêmes.

 Voilà ce signe de la vie religieuse qui nous est donnée et que nous sommes heureux de célébrer tout au long de cette année  en y invitant de plus jeunes que nous à y penser pour que ce signe continue d’être donné, un signe de liberté, de beauté, de fraternité et d’ouverture.

 Que le Seigneur nous permette de saisir ces choses qui nous sont offertes, la vie de l’Eglise, la vie des consacrés. Que le Seigneur, à travers les huiles que je vais bénir, à travers le renouvellement des promesses des prêtres, nous rende vivants et présents à son appel pour que nous le transmettions tout autour de nous !