Messe chrismale pour le diocèse de Cambrai, à Valenciennes

  • Mise en ligne : 27/03/2018
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Homélie de Mgr Laurent ULRICH, Archevêque de Lille

Messe chrismale à Valenciennes
pour le diocèse de Cambrai
lundi 26 mars 2018

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, Archevêque de Lille

Nous avons proclamé et chanté, en la fête des Rameaux hier : "Béni soit Celui qui vient au nom du Seigneur !" Et nous ajoutons aujourd'hui : Celui qui vient, c'est Celui qui est porté par l'Esprit du Seigneur et consacré par Lui pour faire du bien au milieu des hommes. Reprenons  la formule du prophète Isaïe, en énumérant ce qu'il fait, le Béni : porter la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs leur délivrance, aux prisonniers leur libération, proclamer une année de bienfaits à tous, un jour de vengeance (doit-on comprendre une revanche, une inversion de situation ?), consoler ceux qui sont en deuil, mettre de la joie là où il y a de la peine, du deuil et de l'affliction.

Cette liste est déjà longue, et elle évoque des situations bien connues des auditeurs du prophète qui ne savent que trop ce qu'ils ont souffert dans la déportation qu'ils supportent depuis des dizaines d'années, et dont le prophète leur annonce la fin imminente, avec le retour prochain sur leur terre. L'évangéliste atténue cette liste et l'adapte à un temps différent : les pauvres et les humbles existent toujours, ce sont ceux qui ne peuvent faire autre chose que d'attendre une lumière et un salut ; les captifs et les opprimés c'est le peuple qui subit une domination politique et des violences, mais aussi tous ceux qui vivent des situations décourageantes d'esclavages – ajouterait-on aujourd'hui les addictions qui pèsent sur tant de nos contemporains ? Quant aux aveugles qui n'ont pas le bonheur de goûter aux joies de la lumière, nous reconnaissons en eux tous ceux que Jésus approchera avec la volonté de les guérir, c'est-à-dire les accueillir, les protéger, les promouvoir et les intégrer pour reprendre les quatre mots du pape François au sujet des migrants et des réfugiés.

Nous qui sommes ici réunis dans la foi au Christ Sauveur, et dans la foi même du Fils qui se livre aux hommes en s'abandonnant à son Père, nous savons que nous sommes invités par Lui, et même convoqués à pratiquer ce qu'Il nous a appris à faire : nous approcher des pauvres et des humbles de la terre et rendre notre Église accueillante à eux, faire en sorte qu'ils y trouvent leur place ; lutter avec ceux qui s'acharnent contre le mal, l'injustice et l'oppression : chrétiens, vous êtes si nombreux à participer à des actions qui soulagent la misère ici et au loin qu'il est bien nécessaire de vous encourager, de vous soutenir pour que vous ne soyez pas submergés par tant de soucis et de combats parfois bien lourds ; enfin, les membres de l'Église que nous sommes, nous n'oublions pas les malades et tous ceux qui présentent des situations de fragilité pour qui les soins, et surtout la présence, l'accompagnement et l'amitié sont les biens les plus précieux.

 

Si nous sommes venus dans cette église et pour cette messe chrismale, c'est pour faire un pas de plus : non seulement agir comme le Christ le fait, à sa suite et à sa ressemblance, mais surtout entrer en Lui, nous abreuver au don qu'Il nous fait de Lui-même. C'est Lui qui est le libérateur définitif, c'est Lui qui est le plus beau consolateur. C'est Lui qui, en livrant tous ces combats, est notre force, c'est Lui qui est l'humble et le fragile qui s'en remet au Père et obtient tout de Lui. Et c'est Lui qui est le plus beau cadeau que nous puissions faire à ceux que nous aimons, à tous les frères et sœurs que nous rencontrons sur nos routes, en témoignant de Lui, en Le montrant par nos paroles et par nos actes. La vraie libération, la véritable consolation, la justice qui ne s'épuise jamais, c'est Lui : il est le signe le plus étonnant de l'amour du Père pour tous les hommes, il est le sacrement du Dieu de tout amour et de toute paix. En Lui, et dans les sacrements qu'Il nous offre aujourd'hui, nous vivons, nous aimons et nous témoignons.

C'est pourquoi nous attachons tant d'importance à bénir, puis à distribuer à chaque fois que cela sera nécessaire cette huile des malades qui est là devant nous. En présence de votre évêque qui lutte courageusement contre la maladie, et que vous soutenez de vos pensées, de votre prière, de votre reconnaissance amicale, vous comprenez que ce qu'il vous donne de meilleur depuis plus de dix-sept ans c'est son amour du Christ qui s'incarne dans son amour pour vous. Cette huile ne remplace pas les médicaments et traitements médicaux, mais elle montre que la source de toute confiance, y compris dans la médecine, se trouve dans le Christ.

C'est pourquoi aussi nous, les évêques de France, chacun d'entre nous personnellement, Mgr Garnier comme moi-même, nous nous sommes engagés dans la déclaration sur la fin de vie. Cette déclaration est un service de la fraternité qui voudrait bien que notre société ne cède pas à l'attrait illusoire d'une autonomie absolue de chacun à l'égard de lui-même ; personne de nous n'est tout seul dans la vie, et heureusement. Nous sommes, hommes et femmes, des êtres de relation, nous ne vivons vraiment que lorsque nous nous savons aimés, entourés, désirés. Notre vie est une histoire où se tissent des relations et ce serait une mauvaise nouvelle de croire que chacun doit pouvoir maîtriser son destin comme s'il était seul au monde, comme si le choix de sa fin n'affectait que lui-même. L'accompagnement et les soins palliatifs, voilà où se trouve la dignité de l'homme qui compte sur la fraternité de soignants et des amis pour vivre jusqu'au bout. Dans notre appel, nous écrivons ceci, en particulier : "la vulnérabilité des personnes – jeunes et moins jeunes – en situation de dépendance appelle non un geste de mort, mais un accompagnement solidaire."


Alors nous savons aussi, et nous expérimentons que l'huile des catéchumènes et le Saint-Chrême font des baptisés que nous sommes des témoins porteurs du Christ et de son Esprit. Ces huiles saintes impriment en nous et expriment la force du Christ qui change les cœurs doucement et durablement. Elles nous constituent en un peuple dont la vocation est la fidélité, la fraternité, le service et l'ouverture au salut que Dieu veut nous offrir. Quelle que soit la forme de notre rassemblement, paroisse ou association, nous sommes l'Église ; et votre évêque vous l'exprime si souvent, et encore dans le dernier numéro de la revue diocésaine, il s'agit que tout groupe d'Église tende à devenir une "fraternité de disciples missionnaires." Quelle belle vocation nous venons nourrir dans cette célébration et dans tous les moments de cette semaine sainte !

Et c'est aussi comme cela que nous comprenons le ministère des prêtres qui vont renouveler, devant vous et avec les diacres, les engagements de leur ordination. Ils sont des entraîneurs et des arbitres, vous dit votre évêque ; des serviteurs qui prient, qui encouragent, qui écoutent, qui stimulent la foi et l'espérance en ces temps que n'épargnent pas les difficultés. Ils cherchent chaque jour à s'unir à l'offrande du Christ, désirant lui ressembler, renonçant à eux-mêmes pour vous servir. Ils annoncent la parole de Dieu et vous invitent à le faire, à votre façon et suivant vos propres responsabilités dans l'Église et dans la vie de la société ; ils apportent aux fidèles la vie sacramentelle qui les soutient en les convertissant à la charité persévérante du Christ.

 

Dans la vie de l'Église où ne manquent pas les insuffisances et les faiblesses de ses membres et de ses ministres, tout est porté par le don du Christ qui se poursuit dans ses sacrements et dans ses serviteurs. Nous avons la grâce d'en être d'heureux bénéficiaires, et, si nous y consentons, des témoins, des porteurs malhabiles mais joyeux. Dieu veuille qu'il en soit ainsi pour chacun de nous, chaque jour de cette année !

 

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