Messe chrismale 2012

  • Mise en ligne : 03/04/2012
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Mardi 3 avril 2012, homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille, en la Cathédrale Notre-Dame de la Treille

De même que la pluie et la neige n'arrosent pas la terre sans produire leur effet, sans rapporter les fruits de la croissance végétale, de même ma parole, dit le Seigneur, ne vous touchera pas sans produire elle-même son fruit au milieu de vous. C'est la promesse du prophète Isaïe qui sait bien que Dieu n'abandonne pas son peuple, ne le laisse pas aller dans des situations d'exil, ne le laisse pas errer inutilement. Il est toujours accroché à son peuple, et son peuple, transformé, habité, travaillé par sa parole, sera changé. C'est l'espérance ancienne du peuple de Dieu que nous apprend le prophète.
Voilà que nous entendons que cette parole du prophète, elle est faite pour être, sous nos yeux, sous nos yeux étonnés peut-être, mais sous nos yeux quand même, féconde ! Cette parole de l'Ecriture, dit Jésus, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit ! Mais cette parole de l'Ecriture, comme dit Jésus, rappelant Isaïe aussi dit : « L'esprit du Seigneur est sur moi, il m'a envoyé apporter la bonne nouvelle, la libération aux captifs, l'attention du Seigneur aux pauvres, rendre la vue aux aveugles ».
C'est donc aujourd'hui que cette parole s'accomplit et nous voyons bien que les œuvres de charité, pour dire d'un mot simple de la charité du Christ, s'accomplissent .dans le peuple de Dieu et au milieu de cette humanité. Il y a tant d'hommes et de femmes dont vous êtes, qui sont travaillés par la parole de Dieu et par l'Esprit de Dieu, pour aller apporter aux pauvres de la terre et ceux qui sont les plus proches de chacun d'entre nous la bonne nouvelle du salut. Et toutes les pauvretés sont ici concernées, et les pauvres, c'est aussi nous-mêmes avec ceux auprès de qui nous vivons.
Aujourd'hui même cette parole s'accomplit : nous l'entendons, nous la voyons porter ses fruits dans la vie -les merveilles au milieu des détresses- dans notre peuple et dans notre humanité. Nous en sommes témoins, nous sommes tout particulièrement invités à regarder cela en ces années où nous nous préparons au centenaire de notre diocèse et où nous préparons pour l'année prochaine le rassemblement Diaconia 2013.

Comment sommes-nous invités à regarder cela ? C'est la Lettre aux Hébreux, le passage que nous avons entendu, qui nous suscite, qui nous réveille et qui nous dit : « Approchons-nous du Seigneur, veillons les uns sur les autres , n'abandonnons pas nos assemblées !» Comment faut-il entendre cela ? Comme une invitation à vivre l'Eglise dans laquelle nous sommes, de laquelle nous sommes membres, à vivre l'Eglise malgré ses imperfections comme un signe réel, un signe donné de la vocation de l'humanité à être rassemblée en une seule et grande famille.
Il est clair que dans le monde d'aujourd'hui, la grande tentation qui peut nous assaillir et qui assaille notre humanité peut s'appeler la glorification de l'individu. Je ne le dis pas pour stigmatiser une évolution sociale mais pour repérer comment il y a en chacun de nous, et dans notre société, ce risque. Bien sûr que le désir d'autonomie poussé jusqu'où il est poussé aujourd'hui a une grande valeur. Il s'agit que chacun puisse être conduit à la responsabilité réelle de sa propre existence. Et cela est très beau, que chacun, dans le monde d'aujourd'hui, puisse se reconnaître comme quelqu'un qui a pouvoir et autorité sur sa propre vie.
Mais qui ne voit que la charité fraternelle, l'entraide, la veille des uns sur les autres, c'est aussi quelque chose à quoi nous sommes appelés et nous ne pouvons pas simplement espérer que le progrès de l'humanité, ce soit une individualisation poussée à l'extrême. Non, le progrès de l'humanité, c'est que chaque personne puisse se sentir considérée pour elle-même, mais aussi comme faisant partie d'un bel ensemble qui construit une humanité fraternelle. Bien sûr que cela peut être pour nous l'aboutissement d'un rêve très ancien que de bénéficier de la technologie moderne qui nous permet d'être atteignables partout où nous sommes : le téléphone mobile, et les écrans partout, et les automobiles d'ailleurs, qui nous permettent d'aller et de venir librement ! Mais est-ce que cela a construit dans notre présent davantage de relations entre les hommes ? Est-ce que nous avons trouvé à travers le monde dans lequel nous sommes plongés, le monde virtuel, est-ce que nous avons trouvé davantage de vis-à-vis avec qui parler ? Est-ce que nous avons trouvé des hommes et des femmes pour être nos interlocuteurs ? Est-ce que les plus pauvres de notre humanité trouvent des hommes et des femmes pour être leurs interlocuteurs ?
Nous savons bien, nous comprenons, nous sentons que, bien sûr, c'est très beau d'exalter ainsi la figure de l'homme personnel, de l'homme individuel, mais que chacun ne peut pas pousser jusqu'à l'extrême le désir absolu d'être maître de sa propre vie et le désir absolu d'être complètement autonome en ignorant le reste de la construction sociale, en ignorant l'aboutissement d'une réalisation qui n'est pas simplement le résultat de ce qu'il a cherché lui tout seul. Nous ne pouvons pas chercher seulement notre épanouissement personnel au détriment de la construction de la communauté fraternelle.
Voilà pourquoi je crois que nous pouvons entendre le message qui nous est donné aujourd'hui par la parole de Dieu comme un appel à vivre l'Eglise comme ce signe, certes imparfait ce que nous reconnaissons parce que nous savons nos défaillances, parce que nous savons même nos infidélités aux autres, à Dieu, parce que nous savons notre péché, nos limites mais le signe quand même donné au monde du désir que Dieu a pour nous de rassembler l'humanité en sa grâce, dans l'unité d'une immense famille qui rend gloire à Dieu. Ainsi est l'Eglise, telle que le Christ la veut, telle que le Christ la donne. Elle est ce signe que Dieu ne cherche pas le salut des hommes chacun séparément des autres, mais de tous ensemble, comme dit le Concile Vatican II.

Voilà pourquoi nous pouvons vivre cette célébration diocésaine de la bénédiction des huiles des catéchumènes, des malades, de la consécration du saint-chrême comme l'un de ces signes. Les sacrements que nous vivons dans l'Eglise nous aident à vivre notre vocation d'hommes et de femmes répondant à l'appel de Dieu avec les autres pour figurer le grand moment du rassemblement que Dieu prépare.
Accueillons la vie de l'Eglise et la vie sacramentelle dans l'Eglise comme ce signe-là qui nous est donné à nous, pour que nous puissions le donner dans le monde où nous vivons. Accueillons les huiles des sacrements comme les signes de ce grand mouvement.
Et voilà pourquoi j'invite toute l'Eglise diocésaine à se préparer au centenaire de ce diocèse en se tendant notamment vers la célébration de Pentecôte 2013.
Le lundi de Pentecôte 2013, en pleine année du centenaire 2013, en pleine année de la foi, demandée par le Saint Père Benoît XVI à partir du mois d'octobre pour célébrer les 50 ans du Concile, en pleine année donc, le lundi de Pentecôte 20 mai 2013, je confirmerai tous ceux qui en auront fait la demande pour l'année prochaine, et je les confirmerai ensemble, dans un grand rassemblement diocésain.
Tous ceux qui feront la demande, les cinq ou six cents chaque année, mais aussi d'autres que vous aurez l'audace d'appeler parce que vous saurez qu'ils n'ont pas été jusqu'alors confirmés. De 15 à 85 ans peut-être, des candidats à la confirmation peuvent se présenter. Ils seront préparés dans des petits groupes que nous, les évêques, rencontrerons au cours de l'année, préparés avec un petit livret qui est en confection et qui sera disponible au mois de septembre, préparés pour vivre ensemble ce grand moment de rassemblement et ce grand moment d'accueil de la grâce de Dieu dans le sacrement de confirmation.
Et donc, quand je fais cette invitation à vous tous -il y a peut-être des personnes non confirmées parmi vous- je fais particulièrement l'invitation aux confirmés d'être porteurs de l'appel et du message que la confirmation est faite pour les baptisés qui veulent manifester à la suite du Christ le message, l'appel à l'unité, à la paix, à la réconciliation de l'humanité voulue par Dieu comme un signe de son grand désir d'amour à partager avec tous. Ce ne sera pas la fin de l'individualisme, mais la découverte que toute personne humaine est aimée de Dieu dans la fraternité que Dieu lui prépare.


+ Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille



LITURGIE DE LA PAROLE

1ère lecture du livre d'Isaïe, 55, 6-11
Cherchez le Seigneur tant qu'il se laisse trouver. Invoquez-le tant qu'il est proche. Que le méchant abandonne son chemin, et l'homme pervers, ses pensées! Qu'il revienne vers le Seigneur qui aura pitié de lui, vers notre Dieu qui est riche en pardon. Car mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins, déclare le Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. La pluie et la neige qui descendent des cieux n'y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l'avoir fécondée et l'avoir fait germer, pour donner la semence au semeur et le pain à celui qui mange ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce que je veux, sans avoir accompli sa mission.

Psaume 26, Le Seigneur est ma lumière et mon salut, de qui aurais-je crainte ?

2ème lecture de la Lettre aux Hébreux, 10, 19-25
Frères, c'est avec pleine assurance que nous pouvons entrer au sanctuaire du ciel grâce au sang de Jésus : nous avons là une voie nouvelle et vivante qu'il a inaugurée en pénétrant au-delà du rideau du Sanctuaire, c'est-à-dire de sa condition humaine. Et nous avons le grand prêtre par excellence, celui qui est établi sur la maison de Dieu. Avançons-nous donc vers Dieu avec un cœur sincère, et dans la certitude que donne la foi, le cœur purifié de ce qui souille notre conscience, le corps lavé par une eau pure. Continuons sans fléchir d'affirmer notre espérance, car il est fidèle, celui qui a promis. Soyons attentifs les uns aux autres pour nous stimuler à aimer et à bien agir. Ne délaissons pas nos assemblées, comme certains en ont pris l'habitude, mais encourageons-nous, d'autant plus que vous voyez s'approcher le Jour du Seigneur.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Luc, 4, 16
Jésus vint à Nazareth, où il avait grandi. Comme il en avait l'habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture. On lui présenta le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit : L'Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m'a consacré par l'onction. Il m'a envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, annoncer aux prisonniers qu'ils sont libres, et aux aveugles qu'ils verront la lumière, apporter aux opprimés la libération, annoncer une année de bienfaits accordée par le Seigneur. Jésus referma le livre, le rendit au servant et s'assit. Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui. Alors il se mit à leur dire : « Cette parole de l'Écriture, que vous venez d'entendre, c'est aujourd'hui qu'elle s'accomplit. »

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