Messe avec les prêtres et les diacres jubilaires 2017

  • Mise en ligne : 22/10/2016
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Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Samedi de la 29ème semaine du temps ordinaire

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 

     Voilà, nous aimons, je crois bien, trouver cet enseignement de Jésus à partir des faits de l’actualité, j’allais dire la plus quotidienne, malheureusement, brutalement quotidienne : la répression d’une sédition dont Jésus entendait parler, la répression violente ; et puis un accident du travail que nous n’avons pas bien de peine à imaginer… C’est malheureusement aussi dans le quotidien. Ce sont les événements rapportés dans les gazettes, mais aussi tout simplement le quotidien le plus simple, d’un vigneron avec un arbre fruitier qui ne produit pas de fruits.
  Et à partir de ces trois petits événements, ordinaire, l’enseignement de Jésus le plus profond qui soit ! Nous avons eu de façon très continue ces dernières semaines la lecture des chapitres 11, 12, 13 – on commence le chapitre 13 de saint Luc – donc des lectures ou presque tous les épisodes sont rapportés les uns derrière les autres et aujourd’hui, celui-ci qui est probablement plus central dans l’enseignement de Jésus qu’il n’y paraît : Jésus qui montre la figure du Père, non pas un dieu sadique qui cherche à emmener les hommes dans des coins obscurs pour les ramener à lui, les mettre dans des événements de la vie qu’ils ne maîtriseraient pas pour pouvoir mieux mettre la main sur eux… Non ! Dieu n’est pas comme ça ! Mais Dieu se laisse montrer à travers tous les événements de l’existence, ce qui n’est pas pareil. A travers tous les événements de l’existence Dieu est capable, discrètement, de montrer sa présence, son amour, son soutien, sa parole, son appel. Les événements de l’existence sont ce qu’ils sont, mais le Seigneur se montre généreux, présent, actif, aimant, et rempli d’espérance à notre égard. Parce qu’il est comme le vigneron,  et il écoute la parole du vigneron qui est son fils, et qui lui dit : « laisse cet arbre encore un an ! » C’est une parole remplie d’espérance. C’est la parole du fils, c’est la parole du vigneron au propriétaire de la vigne, qui vient vite couper court à toutes les insuffisances humaines à toutes les volontés inconséquentes, à tous les péchés, à toutes les erreurs, à tout manque de foi.
     C’est très beau d’entendre cette parole d’espérance pour nous qui sommes prêtres et diacres. Pendant les années de votre ministère aux uns et aux autres combien de fois cette parole n’a pas présidé à votre comportement ? Telle personne qui, dans le ministère que vous avez rempli, a gêné votre action, et vous vous êtes dit : « elle est là, elle fait ce qu’elle fait, ça m’embarrasse peut-être, mais est-ce que je vais empêcher ses élans ? » Ou bien les parents qui inscrivent leur enfant au baptême et qui promettent de lui faire faire le catéchisme, et qui ne le font pas ensuite, quelle patience il vous faut, quelle patience il nous faut pour espérer que quand même un jour ou l’autre cela se fera ! Ou bien telle équipe que vous avez accompagnée, et qui ne produisait pas tous les fruits que vous en espériez. Mais vous avez été quand même patients, espérant que quelque chose sortirait de ce travail d’équipe et de tout ce que vous avez essayé de faire grandir.

    Deuxième enseignement, celui de saint Paul aux Ephésiens. Le Seigneur, le Christ a donné, a fait des dons aux hommes : ce sont les apôtres, les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et tous ceux qui enseignent. La liste au long des siècles s’est allongée, parce que selon les besoins des époques, se sont rajoutés les moines, l’ordre des vierges, les diacres, la vie religieuse apostolique, les laïcs en mission, et tous les baptisés au service de l’annonce de l’évangile. Ça veut dire que tous ceux là coopèrent d’une façon ou d’une autre à la croissance du corps, à sa montée vers la tête, à son perfectionnement, pour atteindre la stature du Christ, dit l’apôtre.
  Dieu sait que c’est compliqué de faire vivre tout ce monde là ensemble, Dieu sait que c’est compliqué d’assurer les jointures, les transitions, Dieu sait que c’est compliqué de faire que tout le monde se supporte – et l’apôtre à d’autres endroits a bien des mots pour cela, en disant : « supportez-vous les uns les autres ! » Eh bien il se trouve que dans l’ordre de la patience dont parlait l’évangile, nous avons été sollicités et nous sommes sollicités, comme ministres de l’évangile, prêtres et diacres, avec cette espérance profonde que se construise le corps du Christ, avec cette espérance profonde que, quelles que soient les situations – il y a des manières de servir l’évangile qui sont apparues à certaines époques de l’histoire et qui ont disparu, des instituts, des institutions qui n’existent plus aujourd’hui, mais il y en a qui renaissent aussi comme le diaconat, après une longue éclipse – mais tout cela contribue à faire grandir le corps, mais cela ne peut contribuer à faire grandir le corps que dans l’espérance et la patience. Je crois bien que le ministère que vous remplissez, que nous remplissons, que je remplis avec vous, au milieu de vous, c’est ce ministère qui ne perd jamais de vue que c’est la croissance du corps tout entier que nous servons. Si nous avons un vrai service à continuer de rendre c’est avec patience et persévérance de faire percevoir, au corps tout entier, que – avec discernement, tout n’est pas acceptable dans tous les services qui se présentent – mais avec discernement nous faisons percevoir que le corps tout entier doit grandir pour arriver à la stature du Christ et que c’est lui qui nous fait grandir. Nous ne sommes que les serviteurs de cela, mais nous en sommes les serviteurs heureux. C’est parfois difficile. Vous êtes passés, nous sommes passés les uns et les autres au milieu de turbulences, de contradictions diverses, mais reste enracinée en nous cette profonde espérance qu’il a mise en nous, Lui, le Seigneur ; béni soit-il !

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