la fin de vie

La fin de vie – Une période à part entière de la vie !

Eglise de Lille magazine

Rencontre avec Stéphanie Lipka, aumônier d’hôpital

 

Accompagner ce moment particulier où l’autre est fragile, vulnérable, c’est être témoin qu’il y a de la vie en l’homme jusqu’au bout, quel que soit son état physique.
Les équipes de soignants mais aussi le personnel, les psychologues, ergothérapeutes, agents d’entretien…
Tous permettent que les derniers jours des patients hospitalisés soient vécus dans les conditions les plus humaines possibles. Cela passe par une prise en charge de la douleur et de tous les désagréments physiques liés à la maladie, mais également par une prise en charge globale : psychologique, morale, émotionnelle et spirituelle.

Notre mission en tant qu’aumôniers d’hôpitaux est d’accompagner les personnes en les accueillant pleinement. Nous devons apprendre à laisser toute la place à la personne malade pour exprimer sa souffrance, ses peurs, ses regrets ou parfois aussi sa joie à l’évocation de la visite d’un proche venu de loin. Accompagner, c’est aussi, souvent, «écouter le silence» de l’autre qui n’a plus la force de s’exprimer, et alors simplement, lui tenir la main.

La «terre sacrée» de l’autre

Entrer dans une chambre d’hôpital, se retrouver face à quelqu’un qui sait qu’il va mourir ou face à quelqu’un qui n’est déjà plus conscient, est comme entrer sur la terre sacrée de l’autre. Cela demande une grande humilité et une confiance en Dieu totale. Par notre présence, nous témoignons qu’une personne même diminuée a le droit d’exister et nous sommes signes d’un amour qui nous dépasse. Pour ces personnes, se sentir aimées jusqu’au bout par la relation, même courte, que nous vivons ensemble ajoute de la vie à leurs derniers moments sur terre. Nous sommes là au nom de l’Église, témoin de la présence du Seigneur et la prière est une aide précieuse. Ceci est particulièrement vrai quand dans les dernières heures de vie de la personne, nous aidons le malade et sa famille à prier ensemble une dernière fois.

Nous mettons alors la parole de Dieu au coeur de notre prière : quelques phrases tirées d’un psaume, un court passage d’Évangile. Et puis nous relisons la vie du malade. C’est une occasion souvent unique qui est donnée aux proches de s’adresser au mourant pour exprimer un merci, un pardon, pour évoquer l’amour vécu, reçu, donné… Un moment souvent court pour respecter la fatigue du patient mais d’une intensité forte et qui reste souvent gravé dans les mémoires des proches.
Généralement, ce temps se conclut par une bénédiction, une manière de «dire du bien» de la personne en la confiant à Dieu : «Que le Seigneur tourne vers toi son visage, qu’Il t’apporte la paix !».

C’est la richesse de la prière de l’Église qui permet d’insuffler un peu d’espérance dans un lieu qui en paraît dénué : «Moi, je ne t’oublierai pas car je t’ai gravé dans les paumes de mes mains» (Is 49,16). Accompagner la fi n «est une école de vie», comme en témoigne une soignante du service de soins palliatifs dans lequel j’interviens. «Les personnes malades ont souvent une très grande lucidité sur leur état et elles font souvent un travail formidable auprès de leurs proches pour les préparer à l’inéluctable. » Le courage dont elles font preuve dans les derniers instants force l’admiration des équipes. En fin de compte, « tu t’occupes des personnes et ce sont elles qui prennent soin de toi et te réconfortent ». Au contact des patients au seuil de la mort, nous découvrons un besoin de vérité et de transparence qui nous dépasse totalement. Un besoin qui traduit très certainement le désir profond de chaque homme de mourir dans la dignité.

Stéphanie Lipka,
aumônier d’hôpital