Ni juge ni soumise 

  • Mise en ligne : 21/03/2018
Unknown

Trois ans durant, les réalisateurs de l’émission-culte Strip-Tease ont suivi à Bruxelles la juge Anne Gruwez au cours d'enquêtes criminelles, d’auditions, de visites de scènes de crime.

Ni juge ni soumise 

Date de sortie 7 février 2018
Durée 1h39
Réalisé par Jean LIBON, Yves HINANT
Avec Anne GRUWEZ
Genre Strip-tease
Nationalité Belgique/France

Trois ans durant, les réalisateurs de l’émission-culte Strip-Tease ont suivi à Bruxelles la juge Anne Gruwez au cours d'enquêtes criminelles, d’auditions, de visites de scènes de crime.

 

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Quelques années après l’arrêt de Strip-Tease, « l’émission qui vous déshabille » resurgit sous forme de long-métrage, pourvu des mêmes ingrédients qui ont fait le succès de la recette : un personnage haut en couleur (Anne Gruwez, déjà rencontrée dans un épisode), une équipe de tournage invisible, une absence totale de commentaire, une impudeur revendiquée. Comme à chaque fois, la réalité dépasse la fiction, la laissant loin derrière. Comme à chaque fois, on s’esclaffe, on hallucine, on s’indigne, on se frappe le front. Au fil des « clients » qui défilent dans son bureau bruxellois, Madame la juge nous apparaît tour à tour hilarante, attachante, compatissante, implacable, glaciale voire odieuse, parfois vulgaire – et dans tous les cas professionnelle aguerrie. Et il en faut, du caractère, quand les multiples entretiens comme l’enquête « fil rouge » (une affaire non élucidée remontant aux années nonante) vous éclaboussent du plus médiocre au plus sordide des recoins de nos sociétés. Si l’intérêt documentaire de telles scènes est indéniable, l’éthique de leur capture pose question. « Ce n’est pas du cinéma, c’est pire » nous prévient l’accroche – et les avertissements de la commission de classification ne sont pas superflus. Sur le grand écran, foin du floutage : les prévenus s’y expriment à visage découvert, et la caméra n’a aucune pudeur pour le corps exhumé d’un suspect soumis à prélèvements ADN. Cadavre dérisoire qui subit, à bien y regarder, une triple profanation : celle, légale, de l’enquête judiciaire ; celle découlant des commentaires d’un humour plus que douteux de la magistrate en verve (à qui on peut concéder, comme pour les médecins, l’excuse d’une nécessaire mise à distance) ; celle, gratuite, de la prise de vue complaisante. Certes, l’outrance est assumée depuis longtemps par les deux réalisateurs – le visionnage des coffrets de l’émission suffit à s’en convaincre. Dans ce cas précis, cela ne la rend pas moins condamnable.

 

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