Jour de Noël 2015

  • Mise en ligne : 25/12/2015
crechecathedrale2015

Vendredi 25 décembre 2015, homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille, en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

     Dieu est un grand marcheur !

Vous avez entendu tout à l’heure en première lecture tirée du livre d’Isaïe : « Comme ils sont beaux les pas du messager, celui qui apporte la bonne nouvelle de la paix ». Alors ce n’est pas de Dieu lui-même qu’il s’agit ici, mais de son messager. Mais ça n’empêche pas que l’on peut dire de Dieu qu’il est un grand marcheur, parce qu’il est là tout au long du chemin du messager. C’est toute l’histoire biblique qu’il faut redéployer depuis Abraham. Abraham, vous le savez, c’est celui qui est appelé. D’abord, c’est un nomade, c‘est quelqu’un qui suit des chemins là où il trouve de quoi faire pâturer ses troupeaux ; et donc il suit le chemin des nomades ; mais il suit aussi le chemin de Dieu. Il a un mode de vie qui n’a plus rien à voir avec ceux que nous avons aujourd’hui, mais la nécessité économique le fait bouger. La nécessité aussi ou le désir de se tourner vers un Dieu qui soit solide et fiable, un Dieu qui tienne ses promesses, un Dieu qui lui donnera l’enfant de son désir. Et le voyageur pour des raisons économiques devient un pèlerin sur les chemins où il rencontre Dieu. Dieu lui dit : « Pars d’ici, va au loin dans le pays que je t’indiquerai, et là tu me trouveras aussi ». Le Dieu qui l’a appelé au début de son voyage était présent avec lui au cours de son voyage, et il était là au terme de son voyage, l’accueillant avec lui.

  Et c’est l’histoire aussi des fils de Jacob qui sont obligés, pour des raisons une fois encore économiques, de quitter leur pays où il y a la famine et de descendre en Egypte. Ces migrants économiques, ils ne sont pas abandonnés de Dieu pendant leur séjour en Egypte. Sauf que… ils sont devenus les esclaves des Egyptiens au cours des années où ils ont vécu chez eux, et il leur faut quelqu’un qui les sortira de là, quelqu’un qui fait confiance à Dieu, Moïse, qui va devenir un grand marcheur à la tête de son peuple, pour le sortir de l’esclavage. Les migrants économiques vont devenir des migrants politiques. Ils sortent de cette terre où ils ont pourtant vécu longtemps, avec heur et malheur, mais ils sortent, et sur ce chemin ils rencontrent la présence de Dieu au désert, qui les guide, qui veut les transformer, les convertir, les ouvrir à une confiance totale en lui. Ils font cette expérience : recevoir la Loi qui les fera vraiment grandir, qui fera d’eux un peuple, un peuple dévoué à son Seigneur malgré bien des infidélités. Et les voilà de nouveau, migrants politiques, transformés en pèlerins, pèlerins de Dieu ; Dieu qui était avec eux en terre d’Egypte va se montrer avec eux tout au long du chemin, et encore avec eux au terme du chemin, quand ils arrivent dans la Terre Promise.

   Dieu est donc bien là à chaque endroit où se trouvent les hommes, en chaque circonstance qu’ils vivent. Et elle est vraie, cette parole du Pape François dans la lettre d’ouverture de l’année jubilaire de la Miséricorde, quand il dit : « La miséricorde, c’est le mouvement par lequel Dieu rejoint l’homme. » Ça n’est pas simplement la miséricorde, l’oubli des fautes – à tout péché miséricorde -  c’est vraiment le cœur qui a de la misère devant la misère, le cœur qui a du cœur à cause de la misère que vivent les hommes, le cœur qui se tient à côté des hommes qui sont dans la misère et qui veut les toucher, les transformer, les faire bouger, les faire avancer. Elle est vraie, cette parole, la miséricorde, c’est le mouvement par lequel Dieu rejoint l’homme.

    Et ça n’est pas fini, tout au cours de l’histoire du salut, de l’histoire biblique. Ça va continuer, et nous le voyons : Joseph et Marie qui quittent leur Nazareth pour aller à Béthléem accueillir l’enfant que Marie porte en elle. Elle aurait pu rester là où elle était. Non, elle va, là où il doit naître, pour l’accueillir comme le Fils de Dieu. Et Dieu dès même avant sa naissance sur la terre devient un marcheur. Le Fils de Dieu qui ne va pas cesser de marcher sur la terre de Palestine pour aller rejoindre les hommes là où ils sont, tels qu’ils sont. Dès sa naissance – nous allons nous en souvenir dans les tout prochains jours à la fête des saints innocents – être obligé de fuir, et de nouveau en Egypte. Le voilà à peine né et déjà le Fils de Dieu est lui-même un voyageur et un marcheur.

  Cela continue, cela continuera, pendant tout le temps de sa vie publique. Cela continuera après sa résurrection, puisque les premiers apôtres, les premiers missionnaires à leur tour seront transformés en voyageurs de la Parole de Dieu. Saint Paul et ses nombreux et grands voyages pour aller porter la Parole de Dieu dans tout le bassin méditerranéen, et tous les autres qui, à sa façon, vont implanter l’évangile, faire connaître le Christ, le transporter auprès de tous les hommes, de toutes les générations, dans tous les peuples de la terre. Voilà ce voyage auquel nous sommes conviés avec Dieu ! Il est marcheur, et nous sommes faits pour l’être, nous aussi, avec Lui. C’est cela que nous désignons par le mot de la mission, bien souvent. Et dans nos diocèses de Lille, Arras et Cambrai où nous avons vécu le synode provincial, nous savons que nous avons été invités à sortir de nous-mêmes, à sortir de nos communautés chrétiennes, à sortir de nos paroisses, à ouvrir les portes de nos églises pour que des gens puissent y rentrer, et aussi pour que nous puissions en sortir et aller à la rencontre, à la façon de Dieu, que nous soyons capables de rejoindre les hommes là où ils sont, de nous faire proches d’eux comme Dieu s’est fait proche de nous. Nous sommes invités à vivre cela. Parce que le pape, après avoir dit que la miséricorde, c’était le mouvement par lequel Dieu rejoint l’homme, dit que la miséricorde c‘est aussi le mouvement par lequel le cœur de chacun – entendez, de chacun d’entre nous – « regarde avec sincérité le frère qui est sur le chemin de la vie. » Et donc nous sommes invités à ressembler à Dieu,  lorsque nous bougeons, lorsque nous nous approchons des autres, lorsque nous faisons le même mouvement que Dieu pour aller à la rencontre des frères, les regarder avec sincérité, avec bienveillance, et leur porter la bonne nouvelle, le message de la paix, le message de la tendresse, le message du pardon, le message de l’espérance.

Quelques uns des événements que nous avons vécu dans le monde et dans l’Eglise ces derniers temps nous y invitent fortement, les différentes formes de violences qui affectent notre monde, y compris tout près de chez nous. Nous savons qu’au cœur de ces violences le message de la paix, le message du calme devant les épreuves, le message de l’espérance, le message de la puissance de l’amour et de la tendresse, le message du pardon sont bienvenus, nécessaires pour faire baisser la tension, pour faire baisser la pression dans la vie des hommes de notre temps. Pour cela il faudra que nous sortions de nous-mêmes pour apporter ce message de paix et de tendresse, de pardon, de calme dans les relations humaines. Que nous soyons capables de le faire : c’est de la part de Dieu et en ressemblant à Dieu que nous le ferons.

  Le synode des familles auquel j’ai participé avec grand bonheur à Rome au mois d’octobre a permis aussi je crois à l’Eglise de prendre conscience de ceci, qu’il faut que les familles, quelles qu’elles soient dans leurs imperfections, dans leurs difficultés d’être, se considèrent comme toutes participantes à l’élan qui constitue la grande famille humaine. Il n’y a pas de famille parfaite, il n’y a que des familles convoquées à faire grandir le goût de l’humanité, le goût de l’unité de la famille humaine, le goût de la fraternité. Toutes les familles sont invitées, et dans l’Eglise particulièrement, à prendre leur place pour être porteuse de ce témoignage, non pas fermées sur elles-mêmes, sur leur petit bonheur peut-être – il y a des petits bonheurs et qui ne sont pas illégitimes – mais pour être les porteuses d’un message, d’un message de bonté, d’un message de pardon, d’un message de réconciliation, d’un message d’accueil mutuel.

  Et puis il y a troisième occurrence à laquelle nous avons participé par la pensée, celle qui consiste à vouloir entretenir convenablement la Terre sur laquelle nous vivons, qui nous a été donnée, pour que nous puissions y vivre une vie belle. Le pape a donné cette très belle encyclique Laudato si' que nous avons pu lire cet été, et qui dit que la sobriété, la sobriété de vie, notre sobriété de vie, peut être heureuse et elle est faite pour nous ouvrir les uns aux autres, pour nous faire faire du chemin à la rencontre les uns des autres, elle nous impose de changer probablement quelques modes de vie, personnels, quelques modes de vie dans la société, pour ne pas détruire ce monde dans lequel nous vivons. Cette sobriété, nous pouvons ensemble faire un chemin avec les autres, pour qu’elle soit aussi un signe du bonheur qui nous vient de Dieu qui nous a rejoint au milieu de notre humanité.

 

mars 2019
avril 2019
mai 2019
juin 2019
juillet 2019
août 2019
septembre 2019
octobre 2019
novembre 2019
décembre 2019
janvier 2020
février 2020