Jour de Noël 2011

  • Mise en ligne : 25/12/2011
Cysoing 001

Dimanche 25 décembre, homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille, en la cathédrale Notre-Dame de la Treille.

Il nous est peut-être difficile d’imaginer, de faire un effort d’imagination pour penser au messager qui va porter la bonne nouvelle en courant sur les montagnes parce qu’aujourd’hui le messager est électronique et qu’il se signale par des bips qui ne nous font plus tellement réagir, il faut bien l’avouer. Il ne nous est peut-être pas plus facile d’imaginer le guetteur, celui qui veille sur la sécurité des gens en haut de son beffroi et qui surveille tout alentour les risques militaires ou les risques d’incendie qui couve et qui se propage. Dans le temps de ma jeunesse, j’ai connu il y a quarante ans un prêtre qui était né au clocher d’une église, c'est-à-dire que son père était carillonneur, il était veilleur, guetteur, et l’appartement qu’ils habitaient était tout en haut du clocher, tout en haut de la tour de guet, de garde. Aujourd’hui ça n’existe plus, nous imaginons cela avec difficulté. Et des caméras cachées, électroniques encore une fois signalent les déviants, les gens au comportement bizarre et inquiétant. Voilà pour des images anciennes, des images actuelles. Et Jean-Baptiste… Lui il est le veilleur, il est le guetteur, il est le messager, il est le témoin de la lumière, le témoin de la beauté, le témoin de la bonté de Dieu, le témoin de la parole, la parole décisive sur Dieu et sur l’homme. Jean ne fait que passer.
Jésus, lui, est la lumière. Jésus, lui est la parole, la parole décisive sur Dieu et sur l’homme. Jésus est venu pour endosser cette condition humaine, pour vivre les alea de notre histoire personnelle et collective, pour se soumettre humblement aux contradictions les plus éprouvantes de toute vie humaine, pour accepter les méprises à son sujet, c'est-à-dire qu’il accepte de ne pas être reconnu pour ce qu’il est, il accepte de n’être pas compris comme le Fils de Dieu, il accepte d’être perçu comme un homme ordinaire que l’on peut maltraiter, bafouer, mépriser, comme on l’a vu pour lui, dans sa propre histoire au temps de Nazareth, de Jérusalem, comme on l’a vu depuis deux mille ans et encore aujourd’hui pour son corps qui est l’Eglise ; il y a de la violence, il y a du mépris exercés depuis toujours, depuis deux mille ans contre l’Eglise et les chrétiens. C’est à cela qu’il a accepté de se soumettre sans rien dire, sans opposer de résistance, sans créer de violence autour de lui, mais en la recevant jusqu’à être conduit dans la mort.
Voilà le mystère même qui culmine aujourd’hui : Dieu accepte cela, Dieu accepte de se faire l’un de nous, et cela veut dire exactement ceci : être capable de vivre l’ordinaire d’une vie, être capable de subir les violences d’une vie, être capable de ne pas être aimé, être capable de ne pas être connu et pourtant annoncer le destin fabuleux, formidable, de l’humanité qui est faite pour être glorifiée, pour être transformée, pour être porteuse de vie.
Le Christ, en venant dans le monde, dit le oui définitif sur Dieu et sur l’homme, le oui à Dieu, le oui à l’homme qui le fait entrer dans le royaume de Dieu. Dieu entre dans l’humanité pour que nous entrions dans sa divinité, dans sa vie.
Je voudrais vous citer une parole merveilleuse de Vatican II tirée de la constitution sur la Révélation divine, Dei Verbum. Là, nous découvrons ceci : « « Il a plu – il a plu ! – à Dieu de se révéler en personne, ça veut dire dans une personne, par la personne de Jésus, par la personne visible et reconnaissable de cet homme-là, il a plu à Dieu de se révéler en personne et de faire connaître le mystère de sa volonté. C’est un effet de sa sagesse et de sa bonté » dit le concile. « Par cette révélation, continue-t-il, le Dieu invisible, dans son amour surabondant a choisi de s’adresser aux hommes comme à des amis, il s’entretient avec eux pour les inviter et les admettre à partager sa propre vie. » Voilà, résumée, en une ou deux phrases extraordinaires toute l’histoire du salut, voilà redite de façon étonnante la mission, plus exactement la vocation qui est la nôtre. Nous accueillons cet homme comme le Fils de Dieu venu partager notre humanité pour nous montrer le dessein étonnant de Dieu, sa volonté qui est de faire qu’à notre tour nous soyons entraînés vers lui.
« Il a plu à Dieu de s’adresser aux hommes comme à des amis » ! Entendez-vous cela ? En se mélangeant à nous, Dieu accepte de parler avec nous, de nous écoute et de nous dire quelque chose. Il l’a fait depuis toujours, et c’est la grande histoire d’Israël, la grande histoire de la Révélation, la grande histoire des prophètes qui de siècle en siècle rappellent aux hommes que Dieu est tellement humain qu’il est capable de s’adresser à eux par leur intermédiaire et de leur rappeler la justice, la bonté, la vérité, la droiture.
Et maintenant cette histoire culmine dans cette rencontre que nous faisons de cet homme qui naît à la crèche, et il nous est donné de pouvoir entrer dans le dialogue avec lui puisque nous pouvons nous approcher de lui et le reconnaître dans la crèche, puisque nous pouvons nous approcher de lui et l’entendre dans l’évangile, puisque nous pouvons nous approcher de lui et le recevoir dans les sacrements, puisque nous pouvons faire corps avec lui dans l’Eglise que nous formons à l’instant et tous les jours, puisque nous pouvons le reconnaître dans tout homme que nous aimons et que nous servons. Il s’est mêlé à nous en endossant notre humanité et il nous fait la grâce de nous mêler à lui par tous les signes qu’il nous donne de son existence, de sa présence, de son amour surabondant et de l’image qu’il est de Dieu le Père.
Voilà ce que nous vivons, voilà ce que nous sommes appelés à faire grandir dans notre propre vie à la suite de cette rencontre étonnante de la crèche. Voilà pourquoi, dans sa première encyclique « Deus caritas est » le pape Benoit XVI pouvait dire : dans le fait d’être chrétien, il n’y a pas d’abord l’adhésion à une idée ni à une conviction éthique, morale, - à des convictions nous pensons, nous avons des valeurs – dans le fait d’être chrétien il n’y a pas d’abord l’adhésion à une idée ou à des convictions, mais il y a la rencontre avec une personne qui est le Christ.
C’est cela que nous vivons jour après jour, c’est cela que nous découvrons dans la crèche, c’est cela que nous découvrons dans l’eucharistie que nous allons vivre, c’est cela que nous découvrons dans la commune humanité que nous partageons avec nos frères et nos sœurs que nous aimons et que nous voudrions entraîner eux aussi à la suite du Christ dans cette rencontre étonnante.

+ Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

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