Jeudi Saint 2012

  • Mise en ligne : 05/04/2012
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Jeudi 5 avril 2012, homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille, en la Cathédrale Notre-Dame de la Treille

C'est à chacun de nous que le Seigneur adresse ce soir cette question : « comprenez-vous ce que je viens de faire ? » il s'agit pour nous d'entrer dans le mystère du Seigneur qui est là, donnant sa vie pour nous. Alors nous répondons à cette question : « Oui, Seigneur, j'ai compris. J'ai compris qu'il fallait servir' ; j'ai compris qu'il fallait s'abaisser, j'ai compris qu'il fallait être serviteur les uns des autres, j'ai compris qu'il fallait vivre dans l'humilité. Je crois que nous ajoutons aussi : « Mais, Seigneur, je vois bien que je n'en suis pas capable ! C'est difficile de vivre dans le service des autres en permanence. C'est difficile de vivre dans l'humilité en permanence, de s'oublier, de s'abaisser, de se mettre devant les autres comme des serviteurs. Seigneur, je n'y arrive pas, je ne sais pas le faire. Ou bien alors, je crois que je vais y arriver, je crois que j'en suis capable ». Mais cela ressemble alors à de l'orgueil. C'est un peu une impasse dans laquelle nous semblons nous trouver.

Je vous invite à méditer sur le passage du livre de l'Exode. Nous avons été invités, au cours de cette première lecture à redire ensemble un refrain : « C'est le passage du Seigneur ! ». Et cela, je crois, nous indique quelle est la voie sur laquelle marche le Seigneur devant nous. Quand les Hébreux comprennent : « C'est le passage du Seigneur », que sont-ils en train de vivre ? Une libération ! Ils sortent de l'esclavage d'Egypte, ils passent de la servitude à la liberté, des ténèbres à la lumière, de l'enfermement à la délivrance, ils sont libérés ! Sauvés ! Ils disent : « C'est le passage du Seigneur qui nous a fait faire cela ! C'est parce que le Seigneur s'est mis au milieu de nous, qu'il nous a tirés de l'esclavage ». C'est parce que le Seigneur nous a appelés en se rendant proche de nous, en nous écoutant, qu'avec lui, nous avons pu passer des ténèbres à la lumière, de la servitude à la liberté, de l'enfermement à l'ouverture, de la mort à la vie !

C'est bien cela qui se passe dans la scène d'évangile de ce soir. Nous ne sommes pas libérés par nos forces. Nous ne sommes pas libérés dans l'orgueil de ceux qui réussissent à sortir des situations difficiles et à s'imposer, stoïquement des comportements des comportements, certes, de service - mais des comportements satisfaits de soi-même. Non, nous sommes libérés parce que le Christ a donné sa vie. Nous sommes libérés parce qu'il est venu nous chercher. Nous sommes délivrés parce qu'il est passé de la mort à la vie. Nous sommes transformés dans la foi qu'il met en nous. Nous sommes lavés dans l'eau du baptême. Nous sommes sauvés dans le baptême que nous avons reçu de lui, ou que quelques-uns peut-être parmi nous recevrons ces jours-ci. Cela veut dire que c'est en nous mettant tout simplement à la suite de Jésus, en sachant qu'il a suivi ce chemin jusqu'au bout et qu'il est venu passer au milieu de nous pour nous prendre et nous faire avancer. Il nous lave les pieds et il nous invite à marcher avec lui.

Je peux le dire autrement. Si vous étiez là avant-hier, à l'occasion de la messe chrismale dans cette cathédrale, vous m'avez entendu dire « Que l'Eglise soit signe de l'unité de la grande famille humaine, qu'elle soit servante de cette unité, de la paix à travers l'humanité, c'est sa vocation ! ». Mais cela ne veut pas dire qu'elle se prenne pour un modèle. Cela ne veut pas dire qu'elle soit elle-même une réussite, dans la vie du monde de tous les jours, pour pouvoir se faire leçon devant l'humanité en disant nous sommes une belle Eglise, remplie du désir de l'unité et de la paix et nous vous montrons la voie'. Non, l'Eglise sait bien qu'en elle, il y a nous : des pécheurs, nous qui ne sommes pas capables de vivre le pardon, la miséricorde, le service, l'humilité. Bien sûr que nous le cherchons, mais nous savons que c'est difficile et que nous n'y réussissons pas toujours. Donc, c'est la vocation de l'Eglise, mais cela ne veut pas dire qu'elle soit un modèle, qu'elle se prenne pour un modèle. Elle en est le signe.

Et comment en est-elle le signe ? Et comment chacun de nous nous pouvons en être le signe ? En accueillant les événements de nos existences comme des passages du Seigneur, en accueillant même saint Paul dit cela dans une de ses lettres - les situations humiliantes et angoissantes comme des moments par lesquels nous passons avec le Christ des ténèbres à la lumière, de la servitude à la liberté, de l'enferment à l'ouverture… Alors nous sommes invités à considérer autrement les événements de nos vies, y compris les événements humiliants et angoissants. Alors nous sommes invités à comprendre autrement les événements qui traversent la vie de l'Eglise et qui la bousculent, qui l'insécurisent, qui l'angoissent et qui l'humilient. Ce sont des moments à travers lesquels le Christ la prend par la main et l'emmène de la mort à la vie.

Alors nous pouvons dire, comme le psaume : « Comment rendrai-je au Seigneur tout le bien qu'il m'a fait ? Ne suis-je pas ton serviteur, moi, dont tu brisas les chaînes ? » C'est notre action de grâce en ce soir où Jésus lave les pieds de ses disciples et, en offrant le repas de la dernière Cène, donne sa vie au monde.

+ Mgr Laurent ULRICH