Fête de la Toussaint 2016

  • Mise en ligne : 01/11/2016
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Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

    En suivant la grande vision de l’évangéliste dans l’Apocalypse que nous avons entendue tout à l’heure, la grande vision d’une foule innombrable du peuple de Dieu, de ceux que Dieu a choisis, nous pouvons nous demander quelle image de la sainteté l’Eglise nous offre en ce temps.
Je rassemble, non pas de façon arbitraire, mais d’une façon que l’on comprendra bien, quatre visages proches de nous d’une certaine façon.

     Le premier, celui de Mère Teresa de Calcutta, canonisée au début du mois de septembre de cette année. Cette femme est évidemment bien connue pour sa révolte engagée contre la misère des trottoirs de Calcutta. Elle était également bien connue pour le développement considérable de la congrégation qu’elle a fondée pour la seconder dans ce travail caritatif auprès des pauvres de la Terre entière et notamment des mourants, de ceux qui disparaissent à nos regards sans qu’on ait fait attention à eux. Elle est également connue depuis sa mort et l’ouverture de ses carnets intimes pour la nuit de la foi qu’elle a vécue probablement pendant un demi siècle ; non pas qu’elle ait perdu la foi et la confiance en Dieu, mais Dieu semble t-il ne l’a pas gratifiée pendant tout ce temps de signes sensibles en retour de son attachement à Lui, de signes sensibles qui peuvent soutenir la foi, qui soutiennent probablement la nôtre. Vivre pendant cinquante ans cette nuit de la foi ne l’a pas empêchée de continuer son service fidèle auprès de ceux en qui elle voyait le visage du Christ… Sainte Teresa de Calcutta.

    Sainte Elisabeth de la Trinité – j’ai eu la joie de participer à sa canonisation il y a quinze jours à Rome – comment peut-elle nous marquer ? Cette humble carmélite du carmel de Dijon morte il y a cent-dix ans, le 9 novembre, dans la solitude du carmel, comment peut-elle nous marquer ? Elle a entendu dès son plus jeune âge, au fond de son cœur, la certitude que Dieu habite en elle, comme en chacun d’entre nous. A cause de son immense amour, de son « grand amour » disait saint Jean dans la deuxième lecture tout à l’heure, - saint Paul, qu’Elisabeth citait beaucoup, dit son « trop grand amour » - le trop grand amour de Dieu qui fait qu’il habite en nous… Elisabeth dès son enfance et son adolescence a voulu vivre dans la Trinité sainte, dans l’amour du Père et du Fils, et de l’Esprit. Se sentant habitée par eux, elle voulait habiter chez eux. Et elle a découvert cela à la fois dans les joies familiales et amicales qu’elle vivait très fortement, mais aussi à partir de l’âge de vingt-et-un ans et pendant cinq ans, puisqu’elle est morte à vingt-six ans, dans la solitude du carmel, et enfin dans la douleur et la souffrance de sa maladie alors incurable qui l’a conduite à une vie si brève. Son « trop grand amour » elle a voulu le partager. Et dans une époque, il y a un peu plus de cent ans, si fortement marquée par l’anticléricalisme qui voulait rayer Dieu de la carte humaine, elle montre avec incandescence la présence de Dieu toujours maintenue dans le cœur des hommes et au milieu de l’humanité. Ses écrits découverts après sa mort ont révélé cela, mais déjà l’immense correspondance qu’elle entretenait de son vivant. La présence de Dieu au milieu de l’humanité, quoi qu’il arrive.

    Lors de cette même canonisation du 16 octobre dernier, un autre Français, Salomon Leclercq, frère des Ecoles chrétiennes, né au milieu du XVIIIème siècle à Boulogne sur Mer, un proche géographique pour nous. Frère des Ecoles chrétiennes, il a été victime de la Révolution française et fait partie de ceux qu’on appelle les martyrs des Carmes, les martyrs de septembre 1792. Mais ça n’est pas pour cela qu’il a été canonisé. C’est en raison de sa fidélité aux tâches éducatives auxquelles il s’est dévoué comme frère des Ecoles chrétiennes, et de son amitié pour les enfants et les jeunes qu’il a servis, qui s’est révélée dans la guérison inexpliquée, miraculeuse qu’il a obtenue pour une enfant, il y a une dizaine d’années au Venezuela, une enfant mordue par un serpent, et toute la communauté chrétienne autour d’elle a prié Salomon Leclercq dont elle possédait une image dans la chapelle paroissiale. Et il a obtenu pour elle cette guérison qui a été reconnue. C’est vraiment un service des enfants et des jeunes qui est là honoré par l’Eglise, et reconnu comme tel.

    Et enfin j’ajoute, on le comprendra bien, le Père Jacques Hamel qui a donné sa vie à la fin du mois de juillet près de Rouen sous les coups d’agresseurs violents. Si le pape a autorisé que l’on fasse une exception et que l’on puisse commencer à introduire sa cause de béatification en raison du martyr de la foi qu’il est, ce n’est pas pour venger sa mort, ce n’est pas pour faire un acte politique, disons, mais c’est pour signifier que la mort de cet homme est venue au terme d’une vie de fidélité simple dans le service du peuple de Dieu, soixante ans environ de vie de prêtre au service tout simple des paroisses du diocèse de Rouen, comme vicaire, comme curé, et après soixante quinze ans comme prêtre auxiliaire. Le service rendu par ce prêtre ressemblant au service de tant d’autres prêtres, qui au début de leur existence adulte donnent leur vie pour le Seigneur, pour leurs frères, pour les paroissiens ordinaires et pour tous ceux qui croisent leur chemin, qu’ils soient ou non croyants, qu’ils soient ou non pratiquants, qu’ils soient ou non catholiques ou chrétiens, tous ceux qui ont besoin d’être aidés, écoutés, accompagnés, aimés. Et c’est ce service simple, ce don de soi jusqu’au bout, humble, modeste, inaperçu, qui est célébré dans ce processus de béatification peut-être pour lui.

     Voilà des modèles qui nous sont donnés. Ont-ils eu raison, ces hommes et ces femmes de faire confiance au Seigneur ? Vous le sentez bien, oui ! Parce que l’épanouissement de leur vie est passé par ces chemins qu’ils ont suivis du don d’eux-mêmes, du don total, du don maintenu fidèlement tout au long de la vie. C’était l’épanouissement de leur vie, c’était leur joie qu’ils ont partagée très fortement dans toute circonstance.
  Mais pourquoi l’Eglise nous propose t’elle ces modèles, pourquoi nous les donne t’elle en exemples ? Parce qu’ils peuvent être pour nous des chemins ! Des chemins par lesquels nous entrons nous-mêmes aussi dans le don, dans le don de nous-mêmes, et dans la joie que le don est capable de produire en nous. L’Eglise nous les propose comme des modèles et des chemins.
  Elle nous les propose aussi comme des intercesseurs. Nous pouvons faire confiance au Seigneur qui leur a fait confiance. Nous pouvons faire confiance à ces hommes et à ces femmes qui ont fait confiance au Seigneur. Ils ont fait beaucoup pendant leur vie terrestre, et, nous le croyons, ils continuent d’être actifs et priants auprès du Seigneur en faveur du monde, en faveur de leurs frères, en faveur de nous-mêmes. Nous le disons parce que nous avons foi en cela, nous croyons comme le dit l’Ecriture dans le livre de Ben Sira à propos du prophète Elisée, «  de son vivant il a fait des prodiges, après sa mort des œuvres merveilleuses ». (Si 48, 14)

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