Fête de l’Immaculée Conception 2016

  • Mise en ligne : 08/12/2016
Sans titre-4

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

8 décembre 2016

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

 

   Nous chantons souvent à propos de Marie « la première en chemin… » Nous ne le chanterons pas ce soir je crois, mais c’est une belle méditation que nous pouvons faire pour comprendre le mystère que nous célébrons aujourd’hui qui est un mystère du Christ appliqué à la Vierge Marie, vécu par la Vierge Marie : comprendre ce qui se passe dans la vie de cette femme que nous pouvons suivre et imiter, dont nous disons qu’elle est la première en chemin. Nous sommes donc en chemin avec elle.

  Et la deuxième lecture nous a indiqué le sens du chemin. Le Père de Jésus le Christ Notre Seigneur - béni soit-il ! - il a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire, nous qui avons d’avance espéré dans le Christ. Nous qui avons d’avance espéré dans le Christ… Et donc la Vierge Marie est la première sur ce chemin. Ceux qui d’avance ont espéré dans le Christ… Elle, elle a été celle qui avant la naissance de Jésus a cru que par lui qu’elle allait mettre au monde, Dieu allait réaliser son dessein d’amour pour l’humanité. Elle a été la première, la devancière, comme aurait dit Charles Péguy, la devancière sur le chemin pour accueillir le don que Dieu fait à l’humanité tout entière de celui qui vient la sauver, et celui qui vient la sauver passe par le corps de la Vierge Marie. Et donc il faut pour cela qu’elle soit la première à croire, qu’elle soit la première à espérer, qu’elle soit la première à vivre aussi la charité que Dieu lui donne d’accueillir ce fils qui est le sien et qui est le Fils de Dieu. Il faut qu’elle ait dans la foi une vision claire, il faut qu’elle comprenne, qu’elle accepte, qu’elle accueille ce don extraordinaire en elle-même. Elle le fait sans aucun doute – avec une interrogation, certes, elle dit : « Comment cela se fera t-il ? » mais elle le fait sans aucun doute, dans la clarté de l’accueil qu’elle a pour la Parole de Dieu, elle croit, vraiment, qu’à Dieu rien n’est impossible.

 Certes nous croyons cela comme elle, avec probablement, avec certainement, plus de doutes, plus d’interrogations, plus d’incertitudes, plus d’hésitations. Dans l’accueil de cette parole, dans l’espérance qui s’installe en notre cœur de façon peut-être vacillante et dans la charité qui traduit cette foi et cette espérance, nous savons que nous sommes plus fragiles, plus faibles qu’elle dans la foi, dans l’espérance et dans la charité. Mais nous savons que nous sommes sur le chemin avec elle, et cela nous remplit d’une grande joie. Le modèle de foi, d’espérance et de charité que le Seigneur nous donne dans la Vierge Marie augmente la confiance que nous avons de pouvoir marcher sur ce chemin, de pouvoir rejoindre la grande foule des croyants qui est conduite par le Seigneur et au premier rang desquels se trouve la Vierge Marie. La première en chemin elle a d’avance espéré dans le dessein de Dieu et dans le Christ qu’elle permettait à l’humanité d’accueillir.

   Et saint Paul dit dans la lettre aux Ephésiens autre chose que nous avons entendu : « Dieu a voulu que nous vivions à la louange de sa gloire ». Voilà une expression peut-être un peu mystérieuse. Elle a été fortement méditée au long des siècles. Saint Paul ne l’avait pas écrite au hasard d’ailleurs, il la répète plusieurs fois, deux fois dans la lecture de ce soir et plusieurs autres fois dans ses lettres : « A la louange de sa gloire ». Nous avons la chance qu’elle a été méditée longuement et plusieurs fois par sainte Elisabeth de la Trinité récemment canonisée. Quelques semaines avant sa mort en 1906 elle a écrit un long commentaire de cette formule, et elle-même, Elisabeth, s’appelait, se surnommait elle-même « Louange de gloire ». Elle voulait être « louange de gloire » pour le Seigneur. Que voulait-elle dire à travers cela ? Elle l’explique, elle dit : « une ‘louange de gloire’ c’est une âme – le vocabulaire d’il y a cent ans peut nous étonner, dites : c’est quelqu’un qui demeure en Dieu dans un amour pur et désintéressé, qui ne se cherche pas dans la douceur de cet amour, qui ne se recherche pas dans la douceur de cet amour ! » Ne pas se rechercher soi-même, y compris dans la douceur de la prière et de l’amour, c’est un don formidable qui peut nous être fait. Nous savons que nous sommes bien capables de nous rechercher nous-mêmes, de chercher à présenter de nous une image avantageuse. Nous savons que nous sommes capables de désirer à notre façon le bonheur, que nous sommes capables de nous croire les auteurs des générosités que nous distribuons autour de nous, que nous sommes capables de ne pas tout attendre du don de Dieu qui transforme les existences, et de nous croire nous-mêmes un peu satisfaits des bienfaits que nous recevons et que nous donnons. Ne pas se rechercher y compris dans la douceur de l’amour que nous recevons c’est une grande grâce qui peut nous être faite.

 Ne pas se rechercher cela veut dire être tout accueillant, tout transparent à l’amour de Dieu de sorte que tout ce que nous faisons, nous le faisons parce que nous l’avons reçu. Et c’est cela que la Vierge Marie fait. Elle nous donne son fils parce qu’elle l’a accueilli d’un autre, de telle sorte que nous sommes invités à comprendre comment elle est encore une fois la première en chemin. Elle est une vraie ‘louange de gloire ‘ pour Dieu, une vraie ‘louange de gloire’ pour les autres, pour nous, pour nous entraîner à le devenir, nous faire accueillants à l’amour de Dieu pour l’offrir autour de nous.

 Alors nous pouvons chanter d’une autre façon la Vierge Marie et nous le ferons tout à l’heure « Regarde l’étoile, invoque Marie », alors tu verras le chemin sur lequel tu te trouves  Ce soir nous faisons mémoire des pèlerinages que nous avons vécus cette année ; peut-être que nous nous préparons au suivant. Ces pèlerinages sont l’image du chemin sur lequel nous devenons peu à peu ‘ louange de gloire ‘, tout ouverts à l’amour de Dieu, tout offerts à l’amour des autres. Que le Seigneur nous permette de comprendre notre propre vie comme ce chemin où nous nous laissons transformer ; que nous comprenions les pèlerinages que nous vivons comme l’image même de notre vie où nous nous laissons transformer par son amour.

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