Envoi en mission des animateurs en pastorale et les chefs d'établissement de l'Enseignement catholique

  • Mise en ligne : 19/09/2015
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Samedi 19 septembre 2015, homélie de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

Voilà la parabole du semeur. Elle est si connue ! On peut en tirer beaucoup d’enseignements. On peut d’abord retenir les éléments. Les éléments c’est : une foule, pour commencer, et des disciples, que les porteurs de lumières à l’instant, devaient figurer ; c’est les gens qui viennent de chaque ville – c’est important de le dire, de partout on peut venir à l’écoute de Jésus. On n’a pas dit que tout le monde venait, mais qu’il en vient de partout ! C’est donc une foule, des disciples, des gens qui viennent de chaque ville, une interpellation, « que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! », ce sont des gens qui écoutent sans vraiment comprendre, qui voient des choses sans vraiment les identifier, ni les saisir pour ce qu’elles signifient, et c’est l’ensemble d’une histoire. Bref, dans cette version de saint Luc, à la différence de celle de saint Matthieu, le texte est très ramassé, onze versets dans saint Luc, vingt-trois dans saint Matthieu, pour raconter la même histoire. On dirait que saint Luc est pressé d’aller au plus significatif, de ne pas s’encombrer de détails, pour aller vers ce qu’il veut signifier le mieux. Et qu’est-ce qui est le plus significatif, pour lui ?

C’est que le semeur est sorti pour semer la semence. Trois fois le mot. Trois fois le mot « semer », « semence », « semeur » ; la même racine pour dire vraiment qu’il y a une action, constante, de ce semeur. Il ne se perd pas en route, il sait ce qu’il a à faire, il sait pourquoi il est sorti. Il n’est pas sorti pour bavarder, il n’est pas sorti pour perdre son temps, il est sorti pour semer !

Deuxièmement, il est sorti !  Sorti de chez lui, et il n’est pas allé pour rien, mais il est allé pour ensemencer partout, en tous lieux. Bien sûr qu’il sait, parce qu’il a l’expérience, qu’il y a des terres qui ne porteront pas beaucoup de fruit, sinon pas du tout. Mais il ne se contente pas d’aller semer là où ça marche bien, il ne fait pas de calcul de rentabilité, il cherche à semer, parce que c’est ça pour quoi il est sorti, j’allais dire parce que c’est ça son métier. Il est sorti pour ensemencer toute terre possible. Et donc il y a de la semence qui lève ! Et voilà, semble-t-il, ce que Luc veut nous faire comprendre. Le semeur n’est pas sorti sans qu’il y ait du résultat, et il sait qu’il y aura de la semence qui va lever.

Et puis, troisième chose, il faut s’expliquer, puisqu’il y a des gens qui ne comprennent pas. L’exhortation de Jésus, « que celui qui a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » elle est immédiatement mise en œuvre. Il sait très bien Jésus, qu’il y a des gens qui ne comprennent pas, qu’il y a des gens qui n’écoutent pas, qu’il y a des gens qui ne voient pas le plus important dans l’existence, qui passent à côté, qui ont besoin qu’on leur fasse des dessins, qui ont besoin que l’on interprète, qui ont besoin que l’on traduise, qui ont besoin qu’on fasse de la pédagogie, et que l’on y revienne sans cesse, inlassablement, infatigablement. Voilà les éléments.

Bien sûr il est clair qu’il y a des terres de capacité diverse. Bien sûr qu’il y a des gens qui écoutent et qui disent : « Ah, c’est intéressant, ce que vous dites » mais ne restent pas pour écouter la suite ou pour approfondir. Il y a des gens qui sont tout enflammés quand on parle et qui disent : « Ah que c’est magnifique et que j’aurais envie… » ; mais, il leur manque peut-être beaucoup de choses pour que l’effort soit poursuivi. Et puis il y a des gens qui certainement se mettent en route, mais tellement de soucis les assaillent qu’il n’est pas possible dans leur vie que la parole ait de l’écho. Cela est vrai. Mais cela n’empêche pas ce que nous avons à faire. On le rappelait au début de cette célébration, nous sommes en ce temps où dans nos trois Eglises de Lille, Arras et Cambrai, nous allons promulguer les actes du synode provincial, et nous allons redire cela avec force : Il faut sortir !

Sortir de nos habitudes, sortir de nos cercles, sortir de nos peurs ; sortir de nos raisonnements à courte vue, qui nous empêchent de regarder, de voir, de comprendre et d’agir. A la manière de Jésus nous sommes invités à ce mouvement là. Et vous qui recevez mission aujourd’hui, vous êtes là pour aider l’Eglise à rester éveillée à cette mission inlassable. Vous êtes là pour semer la semence partout. Nous ne pouvons pas nous résoudre à ne la semer que là où ça marche. Nous ne pouvons pas nous contenter d’entretenir ceux qui reçoivent, semble-t-il, plus facilement que d’autres, la Parole. Nous sommes au contraire invités à aller partout où il nous est possible pour que la Parole puisse être entendue. Bien sûr, il y aura des insuccès qui nous feront de la peine, bien sûr il y aura des insuffisances qui nous blesseront, bien sûr il y aura des enfouissements de la Parole de Dieu sans que ça ait l’air de produire quoi que ce soit, et nous aurons peut-être de la culpabilité de n’avoir pas réussi. Mais c’est l’œuvre de Dieu qui s’accomplit, et nous sommes appelés à être des collaborateurs de l’œuvre de Dieu qui s’accomplit, et donc nous n’avons pas à choisir les lieux et les temps, mais sans cesse à faire que notre vie, notre parole, notre exemple, notre écoute, soient capables de susciter les conditions les meilleures pour que la Parole puisse être accueillie et pour qu’elle puisse porter du fruit. Il nous faut sortir !

Alors vous qui êtes comme les disciples, vous à qui le Seigneur prend le temps, si vous acceptez de le prendre avec lui, de redire la Parole, de la réexpliquer, de la traduire, de vous emmener avec sa pédagogie vers la compréhension la plus profonde de ce qui peut se passer dans le cœur de l’homme quand il accueille la Parole de Dieu, vous qui êtes comme des disciples à qui le Seigneur enseigne sans cesse, soyez non seulement de ceux qui vont semer partout, en tous lieux, quel que soit le résultat qu’on peut attendre, mais soyez aussi de ceux qui à la suite de Jésus savent prendre le temps de traduire, de redire, de réécouter, de faire de la pédagogie, de montrer par la vie et par l’exemple, par la parole et par le témoignage que la Parole de Dieu est capable de grandir et de produire du fruit un jour ou l’autre dans toute votre vie. Regardez et contemplez l’œuvre de Dieu qui grandit sous vos yeux, c’est parfois petit, c’est parfois humble, c’est parfois inaperçu, comme de jeunes pousses, mais c’est le travail que Dieu fait et auquel il nous invite à être au travail avec lui, et pour lequel il nous invite à être des gens qui contemplent et rendent grâce !


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