Confirmations des jeunes des établissemnts catholiques de Lille

  • Mise en ligne : 27/11/2017
Confirmation

25 nov : Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Samedi 25 novembre 2017, Fête du Christ-Roi

 Le jugement dernier - on appelle ainsi ce récit du chapitre vingt-cinquième de l’évangile selon saint Matthieu – n’est pas au tympan de notre cathédrale, mais souvent dessiné sur d’autres tympans on sait qu’il a fait peur à des générations de chrétiens qui se demandaient s’ils seraient du côté des bons – sauvés – ou des méchants, de ceux qui ignorent le salut du Christ, le salut de Dieu, à la résurrection finale. Il faut bien se rendre compte que ce n’est pas l’imaginaire d’aujourd’hui, et que cette vision-là n’est pas faite d’abord aujourd’hui pour faire peur à qui que ce soit.

  La question, c’est une question adressée à aujourd’hui. C’est une question adressée à nous qui vivons ce temps parce que nous savons probablement mieux qu’à aucune époque qu’il y a comme deux mondes qui sont déjà des enfers pour beaucoup, l’enfer de ceux qui sont dévastés par la pauvreté, la misère, l’indifférence, l’ignorance, la maltraitance, toutes sortes de violences, des angoisses devant les violences du monde d’aujourd’hui. Beaucoup de gens vivent dans cette peur-là sans qu’il soit nécessaire d’imaginer d’autres peurs pour l’éternité. Mais il y a, à côté de cela, un autre enfer, certainement, une autre difficulté de vivre, une autre souffrance de ceux qui ont trop, de ceux qui sont dominés par le stress, des rythmes de vie, des cadences, de la performance à rechercher toujours, de la course au profit, à l’argent, de la course qu’impose à la vie de beaucoup d’entre nous ce désir de toujours avoir plus. Là aussi il y a des gens qui s’épuisent. Là aussi on peut un jour découvrir qu’on est usé. On peut avoir besoin d’adrénaline pour tenir le coup mais à un moment donné on peut se sentir brûlé, défaillant, devenu inutile, ne sachant plus à quoi il sert de vivre et il est bien probable que ce monde-ci, cette misère-ci engendre la précédente, que la course à la performance va de pair avec l’exclusion d’un certain nombre dans nos sociétés, avec la mise à l’écart, avec la culture du déchet. Voilà ce monde qui pourrait déjà bien être pour un certain nombre d’entre les humains un enfer qu’il n’y a pas besoin d’imaginer parce qu’il existe.

   Mais il y a bien sûr une autre voie, la voie dans laquelle on se soucie du plus simple, du plus humble, du plus petit, du plus fragile, du plus modeste, de celui qui ne demande rien, de celui qui n’ose pas demander, de celui qui, lorsqu’on aura fait attention à lui, sera capable d’éclairer son regard d’un sourire et d’y faire percevoir le visage du Christ et l’aurore d’un monde différent. Vous savez, c’est l’histoire de ce chef d’une grande entreprise bien connue dans le monde, qui avait un frère schizophrène. Il lui téléphonait tous les jours, et lui faisait entendre au bout de son téléphone le chant d’un oiseau et le murmure d’un ruisseau pour lui faire souvenir que dans les grandeurs, les grandeurs économiques qu’il servait, il y avait un autre monde, il y avait la petitesse, la douceur, l’attention, le respect pour ce qui ne se voit pas, pour ce qui paraît peu, pour ce qui disparait du monde et de la scène médiatique. Et voilà que cet homme, ce chef d’entreprise bien connu a été capable de discerner dans la fragilité de ce frère le visage du Christ qu’il avait appris à connaître par l’évangile et par l’Eglise.

  Et c’est un combat de choisir cette voie-là ! C’est un combat contre soi-même, et contre les apparences de ce monde pour que nous soyons capables, tous les jours de ne pas céder aux attraits et aux illusions d’un monde qui se croit puissant, et au contraire pour faire droit à la simplicité, à l’humilité, au bonheur d’être ensemble, à l’acceptation de la fragilité de la vie, au bonheur de servir les plus humbles, les plus simples, les plus pauvres. C’est un combat de savoir reconnaître, à travers la rencontre des autres, à travers la rencontre de chacun d’entre nous parce que nous sommes tous capables d’être des humbles, d’être des simples, d’être des fraternels, c’est un combat de savoir reconnaître le visage du Christ à travers la rencontre des autres…

   C’est un combat qui demande la force de l’Esprit de Dieu. Cet Esprit qui vous habite, vous confirmands, qui vous habite, vous tous ici, qui se révèle non pas peut-être à tous, qui se rend visible par son action qui transforme les cœurs. Mais il nous donne de la force, cet Esprit, pour garder le chemin de la rencontre des autres, le chemin de la rencontre la plus fraternelle possible. Il nous donne de la force, et il nous donne des moyens.

  Les moyens, vous le savez, vous les avez expérimentés au cours de votre préparation. Les moyens, c’est l’écoute de la Parole de Dieu qui permet de reconnaître le Christ dans celui que je côtoie, qui permet de reconnaître le visage du Christ dans la rencontre de ceux que je côtoie, qui permet d’identifier que dans la vie de tous les jours le Seigneur se révèle, se montre attentif à travers chacun d’entre nous, à travers les autres, à travers leurs gestes, à travers leur courage, à travers leur simplicité, à travers leur amitié.

  La parole de l’évangile, oui, mais il faut aussi de la force pour la laisser s’imposer dans notre existence. Il y faut de la paix intérieure, il y faut du recueillement, il y faut des temps de silence, et vous en avez vécu, des temps d’arrêt, des temps où l’on est prêt à écouter, des temps qu’on ne remplit pas sans arrêt d’activités, de suractivité, d’occupations, des temps où on se laisse la possibilité de prier, d’adorer. Vous l’avez fait au cours d’une nuit mémorable, pour beaucoup d’entre vous… Le temps d’adorer ! le temps de laisser venir, le temps de laisser entrer la parole de l’évangile dans votre cœur.

  Le Seigneur et son Esprit donnent aussi d’autres moyens : c’est l’Eglise que nous formons. Parce que nous ne sommes pas tout seuls pour affronter les situations que j’ai décrites, et pour affronter par un combat intérieur le désir de laisser grandir en nous cette recherche du Seigneur, du bonheur simple et de la fraternité vraie. L’Eglise qui, nous réunissant nous donne cette possibilité de croire ensemble que nous pouvons marcher sur un chemin, et que nous ne serons pas seuls, que nous ne serons pas isolés, dans cette démarche qui nous transforme.

  Le Seigneur nous donne encore d’autres signes, et c’est aujourd’hui ce sacrement de la confirmation. Et c’était hier le sacrement de la réconciliation, le sacrement du pardon, qui libère, parce qu’il permet d’exprimer ce qu’il y a de plus profond en nous, de le porter devant le Seigneur, de lui demander de laver notre cœur de tout ce qui l’empêche de combattre dans ce sens. Le Seigneur nous donne le sacrement de l’eucharistie qui est le don de lui-même qui nous pousse à être nous-mêmes des dons pour les autres.

 Alors, je veux le croire, entre un monde qui laisse de côté tant de frères, et qui abîme les autres parce qu’ils finissent par se croire puissants, et un monde qui accueille la fragilité du don de Dieu et de l’existence, et de l’amour, et de la fraternité, il y a une voie possible que l’Esprit de Dieu veut nous donner pour que nous la suivions. Je vous souhaite à vous qui recevez le sacrement de confirmation, de bien percevoir comment vous pouvez devenir vraiment des instruments de Dieu qui désire une vie simple, ouverte, heureuse, remplie de joie, et capable de chanter sa louange dans le service des autres.

 

LITURGIE DE LA PAROLE

Première lecture : Ez 34, 11-12.15-17
« Toi, mon troupeau, voici que je vais juger entre brebis et brebis »

Psaume 22,
« Le Seigneur est mon berger, rien ne saurait me manquer»

Deuxième lecture : 1 Co 15, 20-26.28
« Il remettra le pouvoir royal à Dieu le Père, et ainsi, Dieu sera tout en tous »

Evangile : Mt, 25, 31-46
« Il siégera sur son trône de gloire et séparera les hommes les uns des autres »

 

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