Confirmation des lycéens des établissements catholiques de Lille 2017

  • Mise en ligne : 28/01/2017
Sans titre-3

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Samedi 28 janvier 2017

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

       

    Quand on entend proclamer les béatitudes, dans cet évangile de saint Matthieu particulièrement, on est traversé peut-être d’un double sentiment. Le premier c’est celui du bonheur, celui de la joie intérieure, parce qu’il est question du bonheur, vraiment - « Heureux ! » répété huit fois plus une – ce bonheur que Jésus promet à l’humanité tout entière si elle consent à écouter la Parole qui vient de Dieu. Et on est traversé aussi par cet autre sentiment qui est de se dire « ça n’est pas pour moi, c’est trop fort pour moi, c’est trop difficile, ce bonheur. Comment peut-on espérer, pour être heureux, d’être pauvre, doux, pacifique, miséricordieux, simple et pur, animé d'un désir, d’une soif qu’on n’éteint pas de la justice, pour tous les hommes, capable d’être témoin jusqu’au don de soi même,  de se laisser persécuter à cause de cela ? » On se dit : « Ce bonheur est trop dur, ce bonheur est trop exigeant, peut-être n’est-il pas fait pour moi, ce sont de belles paroles, mais des paroles inaccessibles ! »

  Alors je ne vais pas dérouler la liste que nous connaissons bien, que, si nous la connaissons bien, nous pouvons nous la répéter par cœur, régulièrement. Si  nous ne la connaissons pas assez nous pouvons nous la recopier, à la main, tranquillement, pas simplement aller la chercher sur internet pour la copier-coller dans un document, mais prendre le temps de la méditer en la recopiant, de ses blanches mains ! Je ne fais pas la liste.

  Mais aujourd’hui les lectures, les autres lectures, invitent à insister sur la première, les pauvres, la pauvreté. En effet dans le petit passage du prophète Sophonie nous avons entendu cela : « Vous les humbles du pays », « je ne laisserai qu’un peuple petit et pauvre ». Ou saint Paul qui dit aux Corinthiens : « Parmi vous il n’y a pas de gens de grande naissance », « ce qui n’est rien dans le monde, Dieu l’a choisi pour révéler sa gloire ; ce qui est sans origine, ce qui est modeste, Dieu l’a choisi ». Et l’histoire a montré combien de fois que des hommes et des femmes ont été choisis pour être des témoins de l’évangile et des messagers de Dieu ; il les avait pris parmi les plus simples, les plus pauvres, les plus oubliés et les plus reclus et mis à l’écart. La pauvreté dont il s’agit n’est pas d’abord une pauvreté financière, une pauvreté économique – elle peut l’être, bien sûr – mais elle est une pauvreté que d’autres peuvent vivre aussi, dans n’importe quelles circonstances.

  Il me semble que vous, confirmands, dans les lettres que vous m’avez écrites, vous dites la joie, le bonheur, la reconnaissance que vous avez d’avoir bénéficié dans votre existence, jusqu’à présent de belles conditions non pas simplement économiques et de bien-être mais des belles conditions d’un bonheur qui vous est offert, d’un soutien familial, amical, d’une paix qui se vit, et la certitude d’être aimés. Voilà peut-être ce qui peut être l’origine d’une démarche spirituelle qui nous tourne vers Dieu dans la simplicité et même la pauvreté du cœur : reconnaître tout simplement que ce que vous avez, et surtout ce que vous êtes, ce qui a fait les conditions de votre existence dont vous savez qu’elle est plutôt heureuse, cela ne vient pas de vous, cela ne vous appartient pas, cela ne trouve pas son origine en vous, et d’une certaine façon même pas dans vos proches. Mais c’est reçu comme un don ! Ça n’était pas un dû à votre naissance, mais c’est un don qui vous a été fait de grandir dans une situation de bien-être et de confort, et dans une situation où l’on se sait aimé, où l’on se sait être appelé à grandir, parce qu’il y a de la confiance autour de nous, il y a de l’affection, du désir de faire grandir. Cela vous a été donné et vous en êtes reconnaissants. Cela est une attitude spirituellement profonde : reconnaître que tout vient de quelqu’un d’autre. Pour être chrétiens, commençons donc et commencez donc par être émerveillés et reconnaissants ! Voilà une véritable attitude de pauvreté spirituelle qui se dit et qui dit : « Je ne suis moi-même pas grand-chose, sauf à cause de l’amour dont je suis entouré. Je ne suis moi-même rien, je ne suis pas une personnalité, je ne suis pas un homme de grande réputation, ou une femme, un jeune, promis à un brillant avenir, je suis d’abord aimé ! Je suis d’abord quelque chose et quelqu’un parce que je suis reconnu aimé, entouré, de l’amour de mes proches, et très profondément de l’amour de Celui qui peut tout, de l’amour de Celui qui donne tout, de l’amour de Dieu qui se rend proche de chacun d’entre nous, de l’amour de Dieu qui s’approche par Jésus-Christ qui se donne aux autres. Voilà à quoi vous êtes invités : commencez par l’émerveillement de vivre en raison de l’amour ; commencez par la reconnaissance bienfaisante : si vous valez quelque chose, si nous valons tous quelque chose, c’est en raison de l’amour qui nous est donné gratuitement, sans raison. Nous sommes aimés, et voilà la grande vérité.

 

    Alors ensuite, écoutez encore, pour être heureux à la façon dont Jésus le décrit dans les Béatitudes, et vous pourrez dérouler toutes les Béatitudes en commençant par celle-là, écoutez la parole du prophète Sophonie, le premier mot de la lecture que nous avons entendue tout à l’heure : « Cherchez Dieu ! ». « Cherchez Dieu ! » ça, c’est maintenant le programme de votre vie. A partir du moment où vous acceptez d’être émerveillés et de reconnaître que ce qui fait la profondeur de votre vie c’est d’être aimé, alors vous êtes disposés à chercher Dieu.

  Comment chercher Dieu ? L’Église depuis toujours nous propose de le faire de quelques façons très profondes, qui peuvent traverser toute une vie, de maintenant jusqu’à la fin de votre existence.

   Cherchez Dieu dans sa Parole d’abord. Cherchez Dieu dans l’évangile. Écoutez-le, prenez le temps de l’écouter, de le lire, de le partager avec d’autres chrétiens et de sentir que la Parole de Dieu vous accompagne tous les jours. Dans les bruits du monde il y a de multiples voix qui nous indiquent sans cesse des chemins à droite et à gauche, qui nous invitent à répondre à des appels à consommer, à augmenter notre puissance, à augmenter nos capacités personnelles, tout cela nous fait faire parfois des choix en zigzags, nous détourne d’une route droite. Vous avez découvert, pour un grand nombre d’entre vous, qui êtes allés à Taizé et peut-être dans d’autres endroits pour d’autres, vous avez découvert la profondeur et la valeur du silence dans la prière qui permet d’entendre au fond de soi comment résonne la Parole de Dieu. Faites grandir cela en vous ! C’est nécessaire, c’est justifié, parce que justement le monde dans lequel nous sommes risque de nous offrir des voies de traverse, des voies qui ne mènent nulle part, des voies qui parfois même nous perdent sur les chemins de l’envie, de la jalousie, du désir de posséder. Grandissez en écoutant la parole de Dieu.

    Cherchez Dieu aussi dans l’Église. Oh c’est vrai qu’aujourd’hui on nous invite sans cesse à chercher Dieu en nous-mêmes ou à chercher le bonheur en nous-mêmes et à valoriser au maximum notre individualité, détachée du bien des autres, détachée de la collectivité et de la communauté humaine. Que chacun suive son chemin, que chacun trouve son accomplissement, oui ! mais nous nous croyons que cela se fait à l’intérieur d’un corps vivant, à l’intérieur d’une Église vivante, à l’intérieur d’une solidarité avec d’autres hommes et d’autres femmes qui cherchent ensemble un chemin de bonheur, de paix, de pacification, de simplicité, et de droiture, de combat pour que tous vivent heureux. Vivez dans l’Église, elle compte sur vous. Elle est parfois décriée dans le monde d’aujourd’hui, elle est parfois ignorée. Même si nous sommes ici nombreux, même s’il y a deux milliards de chrétiens peut-être, et en tout cas plus d’un milliard de catholiques, l’Église est peut-être peu de chose dans le monde, et sa voix est parfois mise à l’écart. Mais nous, nous croyons que en elle, parce qu’elle est le corps du Christ, se développe une vraie fraternité et grandit un vrai peuple. Cherchez le Seigneur dans l’Église, avec l’Église !

  Cherchez le Seigneur aussi dans ce qu’offre l’Église et notamment les sacrements. Aujourd’hui vous recevez le sacrement de la confirmation. Vous avez déjà reçu au début de votre existence le baptême, ou un peu plus tard, vous recevez l’eucharistie à laquelle vous participez, soit très régulièrement, soit plus irrégulièrement, mais n’oubliez pas, le monde dans lequel nous sommes offre parfois des relations éphémères : le Christ, Lui, dans ses sacrements nous offre une relation durable, une relation inscrite au fond de notre cœur, et la vie des chrétiens dans les sacrements est une vie qui leur fait trouver cette relation durable, profonde avec leur Seigneur, avec celui qui les aime. Il leur donne la force au jour le jour, de tenir la droiture du chemin parce qu’Il se manifeste à eux régulièrement.

  Et enfin cherchez le Seigneur dans l’amitié avec les autres, dans le service des plus humbles, dans le service des plus pauvres, dans le service de ceux qui en ont le plus besoin. A Lourdes, pour un grand nombre d’entre vous, vous avez vécu cela, l’admiration dans la proximité de quelqu’un qui avait besoin de vous et de quelqu’un dont vous avez eu besoin aussi à cause de sa parole, à cause de son sourire, à cause de sa force dans l’épreuve. Vous avez découvert qu’avec un plus faible que soi on peut grandir, on peut éprouver de l’amour réciproque, on peut faire un chemin qui n’est pas ralenti par la démarche d’un plus faible, d’un plus handicapé, mais qui est devenu un chemin qui devient plus fort, plus beau, plus généreux, qui est plus droit finalement.

   Cherchez le Seigneur dans la Parole, dans l’Église, dans les sacrements, dans la présence aux autres et la façon de les servir : ainsi vous serez heureux comme le Christ vous invite à l’être.

   Cherchez le Seigneur en le demandant à l’Esprit Saint dont je vais vous marquer dans un instant !

 

LITURGIE DE LA PAROLE DU 4ème  DIMANCHE ORDINAIRE

1ère lecture du livre de Sophonie, 2,3. 3, 12-13

Psaume 145

2ème lecture de la 1ère lettre de saint Paul aux Corinthiens, 1, 26-31

Evangile de Jésus Christ selon saint Matthieu, 5, 1-12a, les Béatitudes

A vivre aussi
novembre 2017
décembre 2017
janvier 2018
février 2018
mars 2018
avril 2018
mai 2018
juin 2018
juillet 2018
août 2018
septembre 2018
octobre 2018