De chaque instant

  • Mise en ligne : 19/09/2018
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Les latinistes le savent : soin et souci sont un même mot. Si les élèves en soins infirmiers que nous suivons tout le long du film n’ont probablement jamais fait de latin, ils n’en appréhendent pas moins cette vérité dans leur pratique…

 

Date de sortie      29 août 2018
Durée                   1h45
Réalisé par           Nicolas Philibert
Avec                     Acteurs inconnus
Genre                   Documentaire
Origine                 Français

 

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Chaque année, des dizaines de milliers de jeunes gens, filles et garçons, se lancent dans des études en soins infirmiers. Entre cours théoriques, exercices pratiques et stages sur le terrain, ils devront acquérir un grand nombre de connaissances, maîtriser de nombreux gestes techniques et se préparer à endosser de lourdes responsabilités. Ce film retrace les hauts et les bas d’un apprentissage qui va les confronter très tôt, souvent très jeunes, à la fragilité humaine, à la souffrance, aux fêlures des âmes et des corps...

 

 

15968_2 15968_2  © lille.catholique.fr

Les latinistes le savent : soin et souci sont un même mot. Si les élèves en soins infirmiers que nous suivons tout le long du film n’ont probablement jamais fait de latin, ils n’en appréhendent pas moins cette vérité dans leur pratique… Cela se voit dès la scène d’ouverture, où chacun se frictionne consciencieusement mains et poignets de solution hydro-alcoolique. Seize ans après son remarqué Être et Avoir, Nicolas PHILIBERT s’intéresse de nouveau à l’apprentissage, dans un secteur hautement critique – et souvent critiqué, celui de la santé.
Son documentaire se divise en trois parties, chacune pourvue en épigraphe d’un vers du poète Yves BONNEFOY, seule note pédante d’un film très direct dans son humanité. Au début, nos héros sont encore à l’école : on rit de la bulle d’air récalcitrante dans la seringue, de la fesse du mannequin qu’il faut piquer d’un coup, « comme au jeu de fléchettes », de cette paire de jambes qu’il faut accoucher en l’absence de sage-femme (« c’est un garçon ! »), du jeu de rôle où l’on incarne pour ses condisciples la patiente hémiplégique comme le mari paniqué. Vient ensuite le temps des stages in situ, où les mannequins cèdent la place aux vrais patients – tous volontaires pour se laisser filmer. Enfin, les entretiens-bilan où l’on décante avec son référent les expériences vécues, les difficultés rencontrées, les obstacles surmontés (ou non) selon les services, les tuteurs plus ou moins attentionnés… On aura surtout mesuré la rencontre unique que constitue chaque patient. Émotion palpable quand on a accompagné les derniers instants d’un malade en phase terminale. Gorge noué quand on a pris pour soi les invectives d’un patient n’exprimant en réalité que son angoisse.
S’il ressort une chose de ce remarquable documentaire, c’est bien la dimension proprement vocationnelle d’un métier où la froide précision du geste technique doit se conjuguer à la nécessaire prévenance envers une personne souffrante, au corps livré entre les mains des praticiens. La vocation, ces hommes et ces femmes l’ont pour la plupart, ce qui devrait nous rassurer... N’étaient ces impératifs de rentabilité que le libéralisme actuel impose là où ils devraient être absolument sans objet, et partant, les souffrances des personnels ainsi empêchés d’exercer sereinement leur métier avec la rigueur requise.
Le réalisateur prend habilement le parti de ne pas aborder cette question de front, sachant que le spectateur l’aura en tête tout au long du film. Et l’une des formatrices de nous énoncer dès le départ ce principe : « l’indépendance professionnelle de l’infirmier est inaliénable ».


Christophe

 

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