20ème dimanche de l'année A

  • Mise en ligne : 20/08/2017
Citation 20 aout

Homélie de Mgr Laurent ULRICH, archevêque de Lille

Cathédrale Notre-Dame de la Treille

Dimanche 20 août
 

    Dans la première lecture tirée du livre d’Isaïe il s’agit d’étrangers qui se sont agrégés d’une certaine façon au peuple juif. Vous savez que l’histoire du peuple juif a toujours été très mouvementée et à certains moments les juifs se sont plutôt repliés sur leur foi et sur leur communauté. Et puis à la suite de l’exil à Babylone ils se sont aperçus qu’ils rencontraient des hommes et des femmes qui, n’étant pas d’origine juive, s’approchaient d’eux quand même et étaient bien intéressés par la foi en ce Dieu auquel ils croyaient. Et il y avait donc au milieu du peuple juif des étrangers qui avaient mis plus ou moins publiquement, plus ou moins secrètement, leur confiance dans le Dieu des juifs, et se disaient : « Celui-ci peut faire quelque chose pour nous » et les juifs se demandaient si ceux là pouvaient être plus ou moins intégrés à la communauté des croyants. La réponse du prophète Isaïe est positive. Il dit : « les étrangers qui se sont attachés au Seigneur, ceux qui suivent sa Loi  -  et sa loi c’est droit et justice, c’est de dire la paix entre les hommes, le respect mutuel -  et qui rendent un culte au Seigneur, qui le prient avec justesse, avec confiance, avec désir de lui obéir, ceux-là Dieu veut les emmener dans sa maison, sur sa montagne, parce qu’il a fait de sa maison une maison de prière pour tous les peuples. » Et donc dès le prophète Isaïe, au retour de l’exil à Babylone, au VIème siècle, il y a des voix qui disent : « on peut, non pas peut-être devenir juif fils de juifs, mais on peut accepter ceux qui veulent regarder vers le Seigneur avec une vraie foi et un vrai désir de servir Dieu et les autres. »
  Cette question rejaillit dans l’évangile que nous avons entendu. La Cananéenne, c’est une femme d’origine païenne ; les Cananéens, c’étaient les premiers habitants du territoire ; une femme d’origine païenne. Mais elle fréquente les juifs et elle appelle Jésus « Fils de David ». Donc elle connaît, elle sait, et elle se dit : « Et moi, est-ce que j’aurai droit aussi au salut que le Dieu des juifs procure à ceux qui croient en Lui ? » Surtout que pour elle le salut est très concret, c’est la guérison de sa fille. C’est la guérison de sa fille possédée du démon, d’un démon. Sa fille malade de quelque façon que ce soit, peut-être malade psychique…en tout cas, elle est mal, et elle se dit : « si cet homme-là, fils de David, qui semble un maître dans le peuple d’Israël, si cet homme-là pouvait la sauver, alors j’aurais le signe que je peux être sauvée moi aussi ; j’aurais le signe que je peux faire partie des croyants »… Vous avez vu la remarque de Jésus qui dit : « Ah non, je n’ai été envoyé qu’aux fils, aux enfants de la maison d’Israël » Et elle, elle dit : « Je ne demande pas à faire partie des enfants de la maison d’Israël, je demande juste à recueillir quelques miettes des bienfaits que Dieu procure à ceux qui croient en Lui. » C’est comme si l’évangéliste saint Matthieu mettait dans la bouche de Jésus un propos très dur, comme si Jésus avait un propos qui s’approche de tous ceux qui veulent rejeter les autres, mais la réponse de la femme désarme même Jésus et il dit : « Comment résister à cette foi qui se manifeste chez cette femme qui n’est pourtant pas de notre peuple ? »

  Alors la question continue dans la deuxième lecture. Saint Paul dit : « alors en arrivant les étrangers qui maintenant constituent peu à peu l’Eglise, ceux d’origine païenne, est-ce qu’ils vont chasser les juifs de l’Eglise ? » La réponse de Paul est magnifique. Il dit : « d’abord c’est vous les païens qui avez refusé Dieu, vous ne le connaissiez pas, vous étiez à l’écart. Maintenant vous êtes entrés dans l’Eglise et à cause de ça les juifs ont l’air de vous rejeter et de rejeter Dieu parce qu’Il ouvre la porte à tout le monde, mais en réalité nous sommes tous sur pied d’égalité, Dieu nous fait éprouver, les uns et les autres le refus possible de Dieu, parce que c’est Lui qui nous sauve, c’est Lui qui nous accueille, c’est Lui qui nous appelle, c’est Lui qui a décidé de nous sauver, alors nous sommes tous à égalité, nous sommes tous capables de refuser Dieu, mais nous sommes tous capables d’accueillir son appel, d’accueillir sa parole, de grandir dans l’acceptation de ce qu’Il veut pour nous. Il veut vraiment nous sauver tous. Mais c’est Lui qui le décide, et donc les croyants, ce sont ceux qui acceptent de faire alliance avec Dieu, ce sont ceux qui acceptent de vivre en confiance avec Dieu, ce sont ceux qui pratiquent le droit et la justice, c’est-à-dire le respect de tous, et la confiance au Seigneur dans leur attitude quotidienne, dans leur prière, dans leur remise d’eux à Dieu ».

   Alors c’est le moment - c’est assez rare qu’on puisse le faire à partir des lectures - de rappeler ce que l’Eglise catholique au Concile de Vatican II dit de la relation avec le peuple juif. Après des siècles d’antisémitisme – on voit bien que cet antisémitisme, il a commencé certainement il y a très longtemps dans l’histoire chrétienne -, après des siècles d’antisémitisme l’Eglise au Concile Vatican II dit : « Rappelez-vous premièrement, Dieu fait le don du salut à tous les hommes, aux juifs comme aux païens, et ce don du salut, il est irrévocable. Dieu n’a pas révoqué l’alliance avec les juifs sous prétexte de la faire passer à nous. Les dons de Dieu sont irrévocables. Et donc le don que Dieu a fait aux juifs continue d’être valable. D’où il est nécessaire, c’est le deuxième enseignement de l’Eglise catholique au Concile Vatican II, que les catholiques et les chrétiens d’une façon générale, apprennent à connaître davantage les juifs et le judaïsme parce que dans le judaïsme et dans le comportement des juifs à l’égard de Dieu il y a quelque chose qui nous regarde nous. Aussi nous chrétiens nous avons à apprendre d’eux. Alors ça n’est pas forcément très fréquent que nous soyons en relation avec les juifs – dans notre pays ils ne sont pas majorité de telle sorte que nous en rencontrions partout, mais il y en a avec lesquels nous pouvons nouer des contacts et en tout cas nous pouvons développer notre connaissance du judaïsme. Troisième chose que l’Eglise dit très fortement : « toute trace d’antisémitisme doit être bannie du comportement et de la parole des chrétiens ». Et enfin juifs et chrétiens ensemble ne doivent jamais oublier que leur vocation commune, c’est en effet de rendre grâce à Dieu pour le don qu’Il fait à tous les hommes, et donc de lutter contre toutes les discriminations, contre tous les racismes et antisémitisme, de promouvoir les minorités raciales ou religieuses et de les protéger et de lutter ensemble pour la paix et la concorde dans le monde. Voilà la vocation que nous pouvons servir en commun, entrons les uns et les autres davantage dans l’amour du don de Dieu à tous les hommes et notamment dans celui que Dieu a fait au début au peuple d’Israël !

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