Ordination presbytérale de Matthieu AINE

  • Mise en ligne : 01/04/2012
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Dimanche 24 juin 2012, en la fête de la nativité de saint Jean Baptiste, homélie de Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille, en la cathédrale Notre-Dame-de-la-Treille.

LITURGIE DE LA PAROLE : Isaïe, 49, 1-6 ; Psaume 138 ; Actes des Apôtres, 13, 22-26, Evangile selon saint Luc, 1, 57-66.80

Ce que l’on va dire maintenant, ce que vais dire, et ce qui va se vivre ensuite concerne au premier chef Matthieu qui est là devant nous. Il ne va pas le découvrir bien sûr, sa formation l’y a préparé. Mais il est certainement bon qu’il l’entende aujourd’hui au seuil de cette vie donnée pour toujours au Seigneur, et à vous, et à nous. « Jusqu’aux extrémités de la terre », est-il dit dans Isaïe dont nous avons entendu un passage tout à l’heure : « ce message s’adresse à nous », dit l’apôtre dans le livre des Actes des apôtres. Il parlait d’abord aux Juifs et à ceux que l’on appelait les craignant-Dieu, c’est-à-dire ceux qui n’étant pas complètement intégrés dans la communauté, s’approchaient d’elle. Donc c’est pour lui, pour nous, prêtres, diacres, évêques, pour vous qui êtes ici, et pour tous ceux qui profiteront du ministère de Matthieu à l’avenir.

Il s’agit d’abord de se souvenir de tout ce qui est dit d’un prêtre. Aujourd’hui une seule ordination pour le diocèse de Lille, et d’autres ordinations dans les diocèses voisins comme je l’ai dit…. Ce qui est dit d’un prêtre s’entend de tous les prêtres ensemble. Lorsque l’on parle « du » prêtre il ne peut s’agir à la vérité que du sacerdoce unique du Christ Sauveur, unique prêtre de la nouvelle alliance. Et le ministère de prêtre s’inclut dans celui-là.

Il est vrai qu’on a parfois eu l’habitude de parler « du » prêtre, de la sainteté du prêtre, du ministère du prêtre. Le Concile de Trente, il est vrai, dans son époque a eu besoin de donner de la solidité au ministère de prêtre dans des circonstances où il fallait le relever après des siècles probablement un peu difficiles où l’on se préparait insuffisamment à recevoir cette charge. Et le concile de Trente a permis l’institution progressive des séminaires pour le faire. Et il a voulu donner solidité au ministère de prêtre, sachant que l’avenir proche, et qui a duré jusqu’à une époque pas si lointaine, devait préparer des hommes avec un bagage, j’allais dire un paquetage, individuel, qui les prépare à être, de façon permanente et très personnelle, dans la mission, la mission à l’intérieur – il s’agissait essentiellement de villages ruraux, mais cela marchait également dans les villes où chaque paroisse était considérée comme quasiment un village – et puis dans la mission de l’extérieur, c’est-à-dire au loin, en dehors des limites de notre Europe. Et pour cela, aussi bien la mission de l’intérieur que la mission de l’extérieur il fallait faire des hommes qui soient capables d’être à eux-mêmes toute la mission… Ils risquaient bien d’être isolés, non pas solitaires, mais isolés..

Le Concile de Vatican II, dans notre époque, a été plus sensible à la diversité, la variété de l’univers dans lequel nous sommes, et il a désiré accentuer sur la communion du presbyterium, la communion à l’intérieur de l’ordre des prêtres avec leur évêque, pour manifester l’unité de l’Eglise et être porteur de l’annonce de l’unique salut, être capable de percevoir la diversité et la variété de notre monde, de notre univers et vivre la communion. La communion du presbyterium figure l’unité de l’Eglise et de la grande famille humaine.

Ainsi donc c’est par référence à l’unique Sauveur, pour être ses ambassadeurs que les prêtres sont envoyés en mission à la fois chacun là où il est, mais dans une communion forte avec l’Eglise diocésaine à laquelle il est attaché et au ministère de l’évêque qui l’envoie.

C’est dans cet état d’esprit que nous pouvons écouter cette parole que nous les prêtres, du moins, et peut-être quelques autres personnes parmi vous, ont pu lire dans l’office des lectures du bréviaire en ce jour de la fête de saint Jean-Baptiste. Le commentaire, l’homélie de saint Augustin dit : « Jean-Baptiste est la voix – la voix qui parle – mais la parole, c’est la Seigneur ». Ce qui veut dire que nous sommes des instruments, que Jean le Baptiste est un instrument au service de la parole qui vient de Dieu, de la parole à laquelle il faut donner chair, elle l’a déjà, mais il faut lui donner compréhension, il faut lui permettre d’être entendue. La parole, c’est celle de Dieu, c’est celle du Christ Sauveur, l’unique parole adressée à tous. Jean le Baptiste est le précurseur. Les prêtres que nous sommes, nous ne nous prenons pas pour Jean le Baptiste, nous savons bien qu’il n’y a qu’un seul précurseur, mais, par analogie, nous savons que nous sommes comme des révélateurs de cette parole. Jean le Baptiste est souvent montré avec ce doigt qui montre le Sauveur. Et d’une certaine façon il nous faut nous aussi tendre le doigt pour révéler que le Christ est déjà présent au milieu de nous, dans la vie des hommes et des femmes que nous rencontrons. Nous pouvons être ceux qui pratiquent avec les hommes et les femmes qui constituent le peuple immense de Dieu, qui pratiquent cette sorte de révision de vie, de relecture avec l’évangile, d’attention spirituelle portée à la vie de chacun, pour que nous puissions découvrir ensemble, que le Seigneur était déjà là, que le Seigneur est passé avant nous dans le coeur des homme, mais il faut s’arrêter pour l’écouter, le regarder, le voir agir et se préparer à reconnaître son amour infini, permanent, et nous-mêmes entrer avec action de grâce dans la contemplation de cet amour pour le rendre autant que notre faiblesse humaine nous permet de le faire.

Voici donc les prêtres posés là, au milieu, non seulement de l’Eglise, mais de l’humanité qu’ils rencontrent, qu’ils aiment, qu’ils veulent voir grandir, ils sont là pour révéler un amour déjà présent. Voilà ce que nous essayons de vivre et de faire vivre.

C’est la troisième chose que je voudrais dire cette après-midi à l’occasion de cette ordination de Matthieu. C’est le décret du Concile Vatican II sur les prêtres qui le dit, ne serait-ce que dans son titre, «Ministère et vie des prêtres».

Il ne s’agit pas simplement que le ministère des prêtres soit reconnaissable dans les actes publics de leur action, dans l’annonce de la Parole de Dieu, dans la prière liturgique ou la prière intime, qui est aussi visible comme on nous l’a dit tout à l’heure pour présenter Matthieu, dans la célébration de l’eucharistie et des autres sacrements, dans le service quotidien des hommes et des communautés chrétiennes. Tout cela, c’est du visible ; et on peut se dire bien sûr le ministère des prêtres s’accomplit dans ces actes-là, prioritairement, mais pas seulement. Il n’est pas seulement l’exercice d’actes publics, prévus, rituels, plus ou moins, il s’accomplit dans le don d’eux-mêmes, dans toute leur vie, du matin au soir et jusqu’au terme de l’existence. Les prêtres ainés qui ne participent plus forcément directement, ou de moins en moins, en raison de l’âge à ce service ministériel le savent bien : leurs actes sont de moins en moins visibles de toute une assemblée ; les prêtres malades aussi le savent, leur ministère passe par leur vie, et non pas tant par les actes qu’eux peuvent voir encore. C’est donc jusqu’au terme que la vie est donnée. Et c’est tous les jours à travers une multitude de choses que l’on ne voit pas, mais que l’on peut sentir. Leur vie est ainsi transformée par les actes de leur ministère. Leur vie tout d’un coup devient à elle-même, par elle-même un signe du don qu’ils ont fait à Dieu et à leurs frères. Voilà pourquoi nous croyons très profondément que l’engagement d’aujourd’hui est un engagement fort et significatif pour toute l’Eglise parce qu’il est fait pour nous entraîner tous dans cette conversion qui fait que les actes de notre ministère ne le résument pas, mais toute notre vie veut le signifier. Nous prions en invoquant tous les saints du ciel, tous ceux qui un jour ont donné leur vie pour qu’il en soit ainsi dans la vie de Matthieu et dans la nôtre de plus en plus !

+ Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Lille

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